Ce passionné de photo redonne vie à un appareil du XIXe siècle

Le Chablaisien Nicolas Pirolet, ici avec son Da-1, espère pouvoir trouver un débouché commercial en France.  | R. Brousoz

Monthey
Nicolas Pirolet, qui tient un magasin au centre-ville, a conçu et fabriqué un boîtier à sténopé. Une ancienne technique de prise de vue qui invite à prendre son temps.

«Des photos, je préfère en faire moins, mais prendre le temps de les faire.» À une époque où chaque journée est saturée d’écrans et d’images, Nicolas Pirolet passe pour un doux rebelle. Depuis 2017, ce passionné de 38 ans est à la tête d’un magasin de photo niché au cœur de Monthey. «Je l’ai repris après avoir traversé un burn out dans mon ancien métier d’automaticien», confie-t-il.

Lui-même croqueur de paysages et de portraits, initié dès son jeune âge à l’argentique par son papa, cet habitant de Vérossaz s’est lancé dans une voie à rebrousse-temps. Et de fait, il vient de mettre au point un «appareil à sténopé», un type d’appareil photo rudimentaire dépourvu de lentille, dont les premières expériences remontent au XIXe siècle. 

Le principe? C’est celui de la «camera obscura», observé dès l’Antiquité. La lumière pénètre par un orifice microscopique pour venir fixer, comme par magie, l’image sur un support. Venu du grec, le mot «sténopé» signifie littéralement «ouverture étroite». 

«Regardez, c’est par ce trou de 0,3 millimètre que l’image passe», explique le Chablaisien en tenant la coque noire de sa création, le «Fotositec Da-1». «Je dois encore perfectionner le viseur.» Après quoi, la fabrication en série pourra démarrer, ici même à Monthey. «Un copain m’a prêté de l’argent pour pouvoir acquérir une imprimante 3D industrielle», sourit-il. Une dette qu’il peut d’ailleurs rembourser, grâce à un financement participatif lui ayant permis de récolter plus de 2’000 francs.   

Jusqu’à une heure de pose

Côté fonctionnement, oubliez batterie, carte mémoire ou câble USB. Il suffit de poser le boîtier sur un trépied, devant ce que l’on veut immortaliser. On dégage l’ouverture et on attend. «Le temps d’exposition est de 15 à 20 secondes en extérieur, et de 10 minutes à une heure en intérieur, précise Nicolas Pirolet. La profondeur de champ étant énorme, il n’y a pas besoin de mise au point.»

La suite, c’est dans une chambre noire que ça se passe. Le papier photosensible est extrait de l’appareil, puis trempé successivement dans trois bains chimiques: le révélateur, le bain d’arrêt et le fixateur. Ne reste plus qu’à suspendre le cliché pour qu’il sèche. Et pas besoin d’avoir une pièce spéciale à cet effet. «Une salle de bain éclairée à la lumière rouge peut parfaitement faire l’affaire.»  

«Je voulais faire redécouvrir l’histoire et la base de la photographie à tout le monde», explique le trentenaire, qui apprécie aussi le côté artisanal et artistique de cette technique. Depuis quatre ans, il propose déjà des kits de photo alternative. Comprenez des procédés de tirage autres qu’argentique et numérique. «La création de l’appareil était la suite logique.»

Objectif France

S’il a déjà pu trouver un débouché commercial en Suisse alémanique grâce à un revendeur zurichois, Nicolas Pirolet espère se faire une petite place sur le marché français. Son public cible? Principalement des photographes et des fans de «Do it yourself (DIY)», mouvement qui rassemble les personnes aimant faire les choses par elles-mêmes. Côté prix, il faudra débourser 165 francs pour acquérir cet appareil conçu et fabriqué dans le Chablais valaisan.

L’interview touche à sa fin. On dégaine notre smartphone, le moment est venu de photographier notre interlocuteur. On aurait bien voulu expérimenter le «Da-1», mais pour le coup, c’est notre agenda bien rempli qui n’est pas d’accord.

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