
Le cormoran pygmée a paradé pour la première fois aux Grangettes.| L. Maumary
Le très attendu rapport annuel Pro Natura Vaud sur l’état de l’ornithologie dans la réserve des Grangettes vient de sortir. Établi avec le soutien de la Confédération et du Canton, le document couvre la saison de reproduction 2024 sur l’ensemble du site marécageux. Les rapports annuels ne traitaient jusqu’à présent que de la partie orientale de manière exhaustive, en y ajoutant les espèces rares de la partie occidentale. Les recensements ont été effectués par Romain Dupraz (ouest) et Lionel Maumary (est), sur 6 km2.
«L’événement le plus marquant a été l’estivage, puis l’hivernage d’un groupe de cormorans pygmées, pour la première fois au bord du Léman», annoncent les auteurs du rapport. On en a compté jusqu’à 13. Trois d’entre eux ont séjourné et paradé aux Grangettes jusqu’au 7 avril, le dernier ayant été observé jusqu’au 21 avril 2024. «Les séjours prolongés de ces oiseaux laissent présager d’une installation durable à l’avenir, pouvant déboucher sur une nidification», notent les deux spécialistes.
Moins de succès en revanche avec certains volatiles. «38 couples de mouettes rieuses et 45 de sternes pierregarins ont tenté de nicher sur les radeaux. Ils ont dû faire face à la prédation des corneilles noires. Un couple de grèbes à cou noir a niché sans succès aux Saviez. En revanche, deux couples de blongios nains y sont parvenus dans la nouvelle lagune, ainsi qu’au Gros Brasset.»
Dans leurs conclusions, les auteurs révèlent que le grèbe à cou noir semble maintenant bien établi, comme la cisticole des joncs. La quatrième nidification de l’Eider à duvet sur l’îlot n’a malheureusement pas abouti. Le débroussaillage et le décapage de marais montrent leurs effets en attirant de nombreux oiseaux migrateurs. «Le héron pourpré pourrait bientôt s’établir comme nicheur. La présence hivernale régulière de la Bouscarle de Cetti pourrait être le prélude à une nidification future.»
Nouveaux étangs et renouées
Dans le cadre du plan de gestion des Grangettes, l’État de Vaud «va procéder à la création de trois étangs, deux bassières (ndlr: dépression qui retient l’eau de pluie dans une terre labourée) et au curage d’un canal, dans une zone actuellement non exploitée à Noville». Les emplacements ont été choisis en fonction des autres lieux de reproduction de batraciens existants. La taille et la profondeur permettront de consolider les espèces d’amphibiens présents à proximité.
Par ailleurs, au niveau communal, Noville, en partenariat avec l’Association pour la sauvegarde du Léman et Pro Natura, poursuit son engagement pour la préservation des rives du lac, en particulier aux Grangettes. Les autorités se sont fixé un objectif majeur: lutter contre les renouées, des plantes exotiques envahissantes qui menacent les écosystèmes locaux.
«Présentes sur les berges du Léman et ses affluents, ces espèces invasives empêchent le développement de la flore indigène. Leur prolifération constitue un enjeu environnemental reconnu à l’échelle européenne. Elles sont interdites en Suisse et en France. Des demi-journées de bénévolat sont organisées pour arracher ces plantes et redonner de l’espace à la nature (infos: www.lesgrangettes.ch).
