Dans la peau d’un jeune musher

Julien Martinella a grandi avec des huskies et a appris le rôle de musher aux côtés de sa mère, Violaine Girard Grau, multiple championne du monde de skijoering.  | L. Menétrey

Champéry
Julien Martinella est pilote d’attelage dans l’entreprise familiale. Leurs chiens de traîneaux, des huskies de Sibérie, évoluent selon une hiérarchie bien établie, telle une meute de loups. Reportage dans le val d’Illiez.

L’excitation du départ est palpable. Ici, à Champéry, à la ferme du Grand Paradis, les aboiements tonitruants des six huskies de Sibérie, trépignant d’impatience, retentissent dans l’air froid du matin.

Debout à l’arrière de l’engin, Julien Martinella donne le feu vert. «Devant!.. Haw!… Stop!» Le jeune homme de 25 ans guide ses compagnons à la voix. «Haw» pour tourner à gauche, «Gee» pour la droite, «Devant» ou «Stop»: des ordres venus tout droit de Laponie. Le traîneau glisse à toute allure dans la forêt de conifères. «Les peuples nomades profitaient de leur grande force de traction pour se déplacer en hiver dans la neige», raconte-t-il.

Julien Martinella est musher dans l’entreprise familiale Alpes’Huskies. L’activité de mushing – conduite d’un attelage de chiens de traineaux –  nécessite deux aptitudes clés selon lui: la patience et l’autorité. «Il faut savoir être ferme, ça permet d’éviter les bagarres», assure-t-il. Car les conflits existent. Les huskies, génétiquement proches du loup, vivent selon une hiérarchie bien précise. «Ce sont des chiens dits primitifs. C’est comme une meute. Pour renverser l’ordre établi, ils passent par l’affrontement, précise le Valdo-Valaisan. Ils ne sont pas très lourds et font entre 15 et 28 kg, mais leur rapport poids-puissance est phénoménal.» Le husky est une race infatigable: chaque jour, il parcourt au minimum 5-10 kilomètres. «Mais avec de bonnes conditions météo et un bon entraînement, ces chiens peuvent faire jusqu’à 100 kilomètres en tirant plus du double de leur poids», précise le musher. Et pas question de se reposer sur ses lauriers une fois la neige fondue. L’été, les chiens sont entraînés en kart sur l’herbe ou à vélo.

Un ordre bien défini

Pour ce qui est de l’attelage, l’ordre n’est jamais laissé au hasard. Chaque chien a un poste déterminé en fonction de ses compétences. En tête, les leaders donnent l’impulsion et le rythme au groupe. «Ce sont les plus intelligents, obéissants et les plus rapides qui vont guider les autres», relève Julien Martinella. Aujourd’hui, ce sont Artika et Odyssée qui sont à l’avant. Mais leader n’équivaut pas à chef de meute. «Le chef de meute, c’est celui qui va accepter ou non les nouveaux chiens, ou celui qui va manger en premier.» Ici, ce rôle revient à Buck, le «papi».

Ensuite, les swing dogs sont en soutien, en deuxième position. «Ils sont très obéissants. Ils vont entendre les ordres donnés aux leaders, et les aider à prendre les bonnes directions pour tout l’attelage.» Ici, on retrouve Noku, le chien de Julien. «Ils fonctionnent plutôt en collaboration et n’ont en principe pas de maître. Mais Noku est l’exception qui confirme la règle, car il m’a choisi!» Ce husky est le polyvalent de la meute, celui qui s’adapte à tous types d’activités. «Il a beaucoup de force, mais il est un peu trop joueur pour être devant. Il est un bon profil pour la thérapie avec les seniors en EMS ou pour les personnes en situation de handicap, car il est très doux dans le contact», poursuit le musher. Puis viennent les team dogs et enfin, les wheel dogs. Jouxtant le traîneau, ces derniers sont les plus puissants de la meute.

Aujourd’hui, Alpes’Huskies effectue notamment de l’élevage et dispose de 24 chiens. Étudiant en tourisme, Julien doit jongler entre les auditoires et les sorties à traîneaux. C’est dans le sillage de sa mère qu’il a fait ses premières armes. Plusieurs fois championne du monde de skijoering et ancienne commandante de police à Monthey, Violaine Girard Grau vient de rentrer d’une compétition en Allemagne.

À peine arrivée, elle et son conjoint s’affairent déjà à sortir les chiens du bus après une nuit sur la route. Mais pas le temps de traîner, l’heure file! Julien doit déjà mener un groupe d’Anglais sur la piste…

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