Dans le jardin de Jean-Michel Allard

Jean-Michel Allard est l’âme vivante du jardin de l’Alimentarium depuis plus de vingt ans.   | K. Di Matteo

Vevey
Depuis des décennies, le potager aux 300 espèces, qui accueille les visiteurs de l’Alimentarium, a son ange gardien. Ce laboratoire du vivant à ciel ouvert invite au voyage et exalte les sens.

Il n’est pas encore 10h et Jean-Michel Allard s’active dans le jardin extérieur de l’Alimentarium, avant que le musée n’ouvre ses portes aux visiteurs et classes d’école. L’habitant de Glion est l’âme vivante de cette ode à la biodiversité depuis plusieurs décennies. «C’est mon seul potager – généralement je travaille plutôt sur des jardins privatifs, mais il est suffisamment grand pour que je me fasse plaisir», plaisante ce grand gaillard aux origines belges, affairé dans le coin de terre des melons-ananas.

Sur deux des côtés du bâtiment veveysan, des centaines de mètres linéaires d’artichauts et menthes, arnicas et réglisses, chrysanthèmes et céleris, lentilles et basilics, tomates et céréales, pommes de terre et fraises, et on en passe, exhalent leurs parfums qui s’entremêlent pour nous souhaiter la bienvenue. «Et notamment la fleur de chocolat, qui fait passablement rêver les enfants», ajoute Jean-Michel. En tout, quelque 300 espèces de plantes, toutes comestibles ou presque, composent cette antichambre végétale des expositions intérieures consacrées à l’alimentation.

C’est dans cet éden que Jean-Michel bichonne ses protégés pour le plus grand bonheur du public, qui le lui rend bien. «Peut-être que les gens sont trop bien élevés pour me dire ce qu’ils n’aiment pas, mais je reçois en effet beaucoup de félicitations.»

Les guides et médiateurs culturels de l’Alimentarium lui en sont tout aussi reconnaissants, de même que les cuisiniers du restaurant. «Ils viennent de passer, je leur ai conseillé de prendre des artichauts. Par contre, pour les orties, c’est désormais trop tard pour en faire de la soupe, je vais gentiment les arracher.»

Le temps suspendu

Depuis combien d’années veille-t-il sur ce paradis? Il paraît presque l’avoir oublié. «Avant moi, mon patron Emile Collet, qui l’a créé à l’ouverture du musée en 1985, s’en est occupé pendant plus de 35 ans. Moi j’y travaille aussi depuis, quoi… 20 ans? Peut-être 30… on n’est plus à une décennie près», lance-t-il en souriant. «Et sauf commande spécifique liée à une visite thématique, c’est moi qui choisis ce que j’y mets.»

En 2022, le nouveau directeur Boris Wastiau décide même de supprimer certains espaces de détente extérieurs, afin de laisser plus de place au jardin. Un surplus de terrain de jeu bienvenu pour quelqu’un qui désire tenter des expériences. «Ce matin, j’ai amené pour la première fois de l’igname, je vais voir si ça marche. J’ai aussi tenté le taro et je rêve désespérément de planter du manioc, mais je n’ai pas encore trouvé le moyen de faire venir des boutures d’Afrique.»

Au fil de ses expérimentations (toutes en bio), Jean-Michel parvient généralement à ses fins, non sans quelques échecs ça et là. «J’avais créé un étang pour y cultiver du riz, je n’en ai eu qu’une seule fois. J’ai fini par abandonner. Il y a aussi le maca du Pérou, une sorte de navet. J’en sème depuis dix ans, je n’en ai jamais eu.»

Mais c’est une évidence, il s’amuse, Jean-Michel. Tellement même, qu’à 65 ans il semble avoir oublié qu’il est retraité depuis six mois. «Que voulez-vous… Quand on vous demande si vous aimeriez poursuivre une activité qui vous passionne, en ne venant que les jours de beau, en étant autonome dans un environnement splendide, et que votre travail est apprécié, que répondre, sinon oui?»

Des visites du potager sont organisées tous les dimanches à 11h d’avril à octobre.


www.alimentarium.org




GALERIE

Depuis son engagement sur les decks en 2020, Jean Juliachs n’a pas mis une seule fois les pieds dans l’eau. Les paris sont ouverts pour la saison 2026.  | N. Desarzens