
La réconciliation franco-suisse autour de la raclette s’est faite, comme il se doit, en raclant quelques meules à la frontière de Saint-Gingolph, dans la bonne humeur, le long des 174 mètres de table. | J. Collet
Les 174 mètres de table transforment le bourg en un grand banquet. Des fanions aux couleurs de la Suisse et de la France flottent au-dessus des quelque 600 convives réunis par amour de la raclette. Sur le pont de pierre du Moulin, qui surplombe la douane franco-suisse, raclette et raclonette régalent les papilles des gourmands du jour. En ce dimanche de réconciliation, peu importe la méthode, pourvu que le fromage – valaisan, bien sûr – fonde dans l’assiette.
Batailles de records de raclette
Rappelons qu’en mars 2024, la première édition de la plus grande raclonette avait attiré 2’236 participants à Saint-Etienne, en France. Une année plus tard, ce 22 mars, la deuxième édition avait porté cette marque record à 2’522 convives. Quinze jours plus tard, le Valais redevenait détenteur du record du monde, à l’occasion de «The plus grande raclette of the world» à Martigny avec 4’893 amateurs et amatrices de ce plat emblématique.
«C’est facile de battre des records de quantité, mais c’est la qualité des produits qui crée l’enthousiasme et nourrit la convivialité», glisse Eddy Baillifard, tout sourire, entre deux séances photo avec des fidèles du fromage fondu. Aux côtés des demi-meules, le pape valaisan de la raclette et l’humoriste français Jason Chicandier sont les vedettes du jour.
À la table voisine de notre interview improvisée, Freddy et sa femme Suzanne nous interpellent. Abonnés au Riviera Chablais Hebdo, ils sont heureux de participer à cet événement festif. Raclette ou raclonette, les deux seniors se sont régalés, malgré une légère crainte au départ de n’avoir droit qu’à deux portions de raclette à la demi-meule. Heureusement, les poêlons français sont vite arrivés à table, et ils ont ainsi pu se délecter à volonté de l’indétrônable raclette du Valais AOP, cette fois en tranches.
Une journée de partage
Du côté français de la frontière, Chicandier est tout aussi sollicité par le public. Très chic dans son kilt, il prend la pose avec plusieurs groupes avant qu’on ne parvienne à l’attraper. «Je suis ravi d’être là», confie le bon vivant qui connaît bien le coin pour avoir joué plusieurs fois au Sunset Bar de Martigny. «Cet événement permet aux Français de découvrir la raclette suisse, plus goûteuse et plus réputée dans le monde, et aux Suisses de constater que les Français sont eux aussi férus de fromage fondu», analyse l’épicurien.
Devant les racleurs, Sandrine, Marie-Laure et Babette, habillées de tricolore, nous glissent avec bonne humeur: «C’est une première!» De quoi prendre des forces avant leur performance de Kangoo Jumps sur la place de l’église, où plusieurs animations musicales rythment la journée. «Les Suisses mangent leur raclette juste avec des patates», remarque une dame en quête de charcuterie savoyarde. «C’est une journée de partage», répond un racleur valaisan en lui tendant avec plaisir de quoi compléter son assiette.
Composés aux deux tiers de ressortissants français, les participants sont surtout venus entre amis. Le long des tables, tous les âges se côtoient dans une ambiance joyeuse, et les amitiés spontanées naissent au son des verres qui s’entrechoquent. C’est le cas de Christophe et sa bande de copains qui ont sympathisé avec leurs voisins de table, Dominique et David, originaires du canton du Jura. Ils se sont promis de se revoir.
Solidarité avec Blatten
Tandis que la fête bat son plein, l’organisateur de ce grand moment de convivialité n’a pas une minute à lui. «J’envoie les tartes à la pomme et je suis à vous», lance Maxime Balouzat. Le Lyonnais, comme la vingtaine de bénévoles mobilisés pour assurer le bon déroulement de la manifestation, arbore un petit foulard bleu estampillé «Les Festoyeurs», marque avec laquelle il développe des événements autour de la gastronomie.
«Ce qui me motive et me donne de l’énergie, c’est le sourire des gens. On fait des choses simples, avec des gens simples. Repartir épuisé, en me disant que tout le monde était heureux, c’est ça qui me porte», confie ce patron d’une agence événementielle.
Il ajoute que les 1’850 euros (1’726 francs) récoltés grâce à la tombola seront reversés aux habitants de Blatten. «Ce n’était pas prévu, mais on a été touchés par cette catastrophe», livre le Français. Environ 300 Valaisans se retrouvent sans toit, après l’effondrement du glacier du Birch sur leur village mercredi 28 mai. Un joli geste de solidarité qui illustre à merveille l’esprit de cette journée dédiée au terroir, au partage et à l’amitié.
