De la Riviera aux océans, l’odyssée de Messikommer

Sur son bateau, «Bernard» à Brest, en compagnie de son héros Bernard Stamm.  | J.-G. Python 

Voile
Le jeune homme de Chardonne s’élance pour un tour du monde à l’ancienne, la Golden Globe Race, le 6 septembre aux Sables-d’Olonne. Portrait d’un aventurier-navigateur qui suit le sillage des pionniers du large.

À le voir déambuler dans le port du Moulin blanc de Brest, difficile d’imaginer que ce jeune trentenaire a grandi avec vue sur les Alpes et le Léman. Etienne Messikommer est comme un poisson dans l’eau dans cette Bretagne où il a posé son baluchon depuis près de trois ans. C’est ici que bat le pouls de la course au large. Que la mer ne s’invite pas que dans l’assiette, mais qu’elle nourrit les rêves les plus fous. Celui d’un gamin de Chardonne, qui s’est mis en tête de faire le tour du monde à la voile dans les mêmes conditions que celles du temps des pionniers. «Ce n’est pas un rêve d’enfant, mais un rêve de jeune adulte», explique celui qui a suivi des études aux Beaux-Arts de Zurich avant de changer de vie.

Diplôme en poche, il décide d’aller voir de l’autre côté de la terre si la vie y est plus belle. «Avant d’attraper le virus du large, j’avais d’abord attrapé celui du voyage terrestre», explique-t-il. Europe, Asie, Amérique, il bourlingue à tout va pendant des années. Avec son frère, parfois. Seul, souvent. «C’est en arrivant en Nouvelle-Zélande, à 27 ans, que mon champ d’exploration a changé d’élément», poursuit-il. De la terre à la mer, un nouvel univers s’ouvre à Etienne Messikommer. «J’ai véritablement entamé ma vie de marin en commençant par faire du bateau stop. Je me suis formé sur le tas comme équipier. Je posais plein de questions. Un an après mon arrivée aux antipodes, j’ai acheté mon premier bateau. Je l’ai entièrement retapé et j’ai alors vécu 4 ans et demi dans le Pacifique Sud en faisant des petits boulots et en partant à la découverte des archipels.»

Une sortie fondatrice

Le randonneur est devenu un marin chevronné. Un aventurier rêveur qui navigue sur les traces de Jacques Brel dans l’archipel des Marquises, mais aussi un compétiteur qui s’est révélé sur le tard et qui suit désormais le sillage des pionniers du grand large. «Quel chemin parcouru depuis ma première fois sur un bateau, sourit-il. J’avais 16 ans et c’était sur un petit catamaran de sport au large de Vevey. Des années plus tard, je me souviens encore de la révélation. Le vent, l’accélération. La liberté. Celle qui vous permet d’aller où vous voulez, quand vous voulez. Même si ce n’est que dix ans plus tard que j’ai vraiment pris le large, je pense que cette sortie sur le lac avait été fondatrice.»

Admirateur de Bernard Stamm et Christian Wahl, dont il suivait les courses, Etienne Messikommer ne s’imaginait pas forcément devenir un forçat de la mer. «C’est à la fin de mon périple dans les mers du Sud que mon projet de tour du monde a pris corps. Dans un coin de ma tête, j’avais toujours nourri cette envie de suivre les pionniers du large comme Bernard Moitessier et Robin Knox Johnston qui avaient pris part à la première course autour du monde en 1967.»

Après une première expérience victorieuse sur la Mini 5m80 (une transat en solitaire où chacun doit construire son bateau avant de partir), il achète alors un vieux monocoque pour s’attaquer au Golden Globe. Un an de chantier n’est pas de trop pour redonner une seconde jeunesse à «Bernard» et se présenter au départ du tour du monde à l’ancienne. Pas de téléphone, pas d’ordinateur, pas de liaison avec la terre.»

Juste un gamin de Chardonne et la mer.

Etienne Messikommer

Aventurier-navigateur

"J’ai véritablement entamé ma vie de marin en commençant par faire du bateau stop”

GALERIE