De Saussure et Maillart, la sororité aux confins du Léman

Miette et Kini en 1924 aux régates internationales d’Évian. En 1921, Ella Maillart fait escale à La Tour-de-Peilz lors du Tour du lac. | Album du CVVT – Musée du Léman

La Tour-de-Peilz
Cet été, le port boéland redonne vie à un pan moins connu de l’histoire de deux pionnières de la navigation, dont l’amitié a inspiré l’une des plus grandes exploratrices suisses.

Surtout connue pour ses aventures terrestres, Ella Maillart (1903-1997) a passé une partie de sa jeunesse sur l’eau, initiée à la voile par son amie d’enfance, Hermine de Saussure (1901-1984). 

Du 24 juillet au 27 septembre, l’exposition en plein air «Hermine Miette de Saussure et Ella Kini Maillart» aux Bains des hommes à la Tour-de-Peilz retracera leur aventure intime et maritime, du Léman à la mer Égée.

Une amitié intrépide

Les deux complices se rencontrent au Creux‑de‑Genthod (GE), où elles passent chacun de leurs étés. L’une est issue d’une famille calviniste aisée, l’autre d’un milieu cosmopolite plutôt modeste. Ensemble, elles forment le premier équipage féminin en eau douce et salée.  

Entre 1922 et 1924, elles écument les régates lémaniques à bord de Gipsy avant de gagner la Méditerranée sur Perlette, petit yacht acquis par l’héritage prématuré d’Hermine. Dès 1924, cap sur la mer Égée, où elles rallient notamment Marseille à Athènes. «Jamais encore un équipage féminin n’avait osé de telles expéditions», rappelle Carinne Bertola, autrice de l’ouvrage «Ella Maillart, navigatrice. Libre comme l’eau» (Éditions Glénat). Côte à côte, elles parcourent plus de 3’000 milles en mer.

Leurs aventures prennent fin en 1926 lorsque Hermine tombe enceinte. «Malgré leurs rêves, la maternité marquait encore la fin de bien des possibles à cette époque», poursuit Carinne Bertola. Six ans plus tard, elle donnera naissance à sa fille, l’actrice et militante féministe Delphine Seyrig.

En quête de liberté 

Dans la Genève des années 1920, la voile reste un bastion masculin. Les femmes y sont rares, mais Miette et Kini n’hésitent pas à prendre seules le large pour s’affranchir des injonctions.

Malgré un palmarès remarquable – première régate remportée à 14 ans, Coupe Marcet en 1922 et seule femme à barrer un voilier aux JO de Paris en 1924 – Ella se fait discrète sur son parcours maritime. «Ses projets ont été stoppés par la guerre dans les années 1930. Dès les années 1970, l’attention s’est portée sur ses explorations, dans le sillage de Nicolas Bouvier», explique l’ancienne conservatrice du Musée du Léman. Hermine, elle, refusera le Mérite maritime qui lui est décerné en 1930, la navigation étant devenue trop douloureuse à évoquer.

Pour Ella Maillart, «l’impossible recule devant celles qui avancent». Par leur audace et leur complicité, les deux navigatrices ont ainsi repoussé les frontières du possible. Un héritage que l’exposition entend bien raviver.

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Après les Bains des Pâquis (GE), l’exposition «Hermine Miette de Saussure & Ella Kini Maillart» (FR/EN) sera présentée au Bain des hommes à La Tour-de-Peilz jusqu’au 27 septembre. Vernissage le 24 juillet (18h).

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