Démystifier les idées reçues sur les reptiles

«Mieux connaître, mieux protéger»: le slogan résume bien l’objectif de briser les idées reçues autour des serpents.  | M.-L.  Dumauthioz – 24 heures.

Villeneuve
«Reptiles Expo» propose au public de découvrir 250 bestioles rarissimes jusqu’au 9 juin. Exclusivité suisse, la vipère araignée en surprendra probablement plus d’un.

Au cœur de la zone industrielle de Villeneuve, difficile d’imaginer que dans une vaste halle de 1’000 m², se cachent d’innombrables serpents. Sous les toits de «Reptiles Expo», plus de 250 animaux, dont 80 espèces différentes, sont répartis dans les terrariums. Tortues, caméléons et autres lézards côtoient les rampants. De quoi donner froid dans le dos aux herpétophobes, les phobiques des reptiles. 

Au matin du premier jour de l’exposition, seuls quelques passionnés sont venus scruter ces bestioles. Parmi les stars, on trouve une exclusivité, la vipère araignée (voir encadré), mais aussi le célèbre cobra royal, surnommé «Joséphine». «J’aime l’ironie de ce nom, qui sonne doux alors que c’est l’un des serpents les plus venimeux au monde», sourit Malory Siegenthaler, co-responsable de l’exposition et propriétaire de la majorité des animaux présents. Mais généralement, il s’abstient de les nommer, évitant tout anthropomorphisme.

À l’intérieur de son terrarium, le cobra, d’un jaune pâle habillé de motifs bruns, arpente sans hâte les branches d’arbres tout en agitant furtivement sa langue. Celle-ci, bifide, c’est-à-dire séparée en deux, représente son principal outil d’olfaction, lui permettant de relever les informations chimiques en suspension dans l’air. «Elle lui permet de savoir de quel côté aller, selon s’il y a plus d’odeurs à gauche ou à droite», ajoute le quadragénaire. Sur le panneau informatif, le symbole de venimosité est rouge, la plus haute catégorie. Ses crochets venimeux peuvent même transpercer la peau d’un éléphant.

Fausses croyances

Fasciné par les reptiles depuis son plus jeune âge, Malory Siegenthaler a acquis son premier serpent à 19 ans, un python albinos. «Ils nous permettent de garder une âme d’enfant», s’enthousiasme-t-il avant de souligner le slogan de l’exposition: «Mieux connaître, mieux protéger». Il illustre une volonté de déconstruire les idées reçues autour de ces bêtes suscitant l’aversion. 

«Trop de fausses croyances circulent. On pense qu’elles attaquent sans raison, alors qu’elles le font uniquement si elles se sentent menacées. Ou on croit qu’elles sont gluantes, mais pour la plupart, elles sont parfaitement sèches et chaudes, même parfois douces», explique le spécialiste indépendant. Il se rappelle d’un visiteur qui lui a confié un jour avoir tué une couleuvre dans son jardin. «Ça m’a donné la larme à l’œil d’entendre ça… On veut justement informer au mieux pour éviter que cela ne se reproduise.» Heureusement, les mentalités évoluent, et «de tels actes sont moins fréquents aujourd’hui qu’il y a 5-10 ans», assure Malory Siegenthaler.

Quid du bien-être animal?

Le co-organisateur ne le nie pas: exposer ces animaux peut avoir un certain impact sur eux. «Ils doivent faire preuve d’une capacité d’adaptation dans ce nouvel environnement. Mais ils s’habituent généralement très bien. Et si ce n’est pas le cas, on ne les prend plus.» Et Malory Siegenthaler d’ajouter: «C’est contradictoire de les exposer. C’est autant altruiste qu’égoïste. Mais actuellement, leur environnement naturel est tellement dégradé qu’il arrive que la captivité les sauve.» 

Sur les plaques informatives disposées sur les terrariums, un classement permet de connaître le degré de menace d’extinction de l’espèce. Le crotale de Mangshan est particulièrement concerné. «À cause de la destruction des habitats, tous les reptiles aujourd’hui sont en quelque sorte menacés», conclut le spécialiste.

Plus d’infos:
reptiles-expo.ch

« Tom & Jerry » cède sa place à la vipère araignée

Ancienne mascotte de l’exposition, le serpent à deux têtes «Tom & Jerry» n’est plus exposé, car en fin de vie. Il a été remplacé par la vipère araignée iranienne, une espèce rarissime qui serait uniquement visible dans un zoo en Tchéquie ou dans les falaises iraniennes. Derrière la vitre, les deux femelles, au corps écailleux beige tacheté de brun, se fondent parfaitement dans le décor rocheux, rendant leur détection presque impossible. Officiellement découverte en Iran en 2006, cette vipère est célèbre pour l’excroissance à l’extrémité de sa queue, imitant à la perfection une petite araignée. Ce leurre naturel constitue un piège redoutable pour attirer ses proies. «Si elle a faim, elle se poste à un endroit, agite son leurre pour faire diversion jusqu’à ce que l’oiseau le repère et elle l’attaque, explique Malory Siegenthaler. C’est tout de même ahurissant, la nature fait bien les choses!»