
Valentine Paley et Margaux Schwab espèrent pouvoir bannir les fraises à partir de l’hiver prochain. | R. Brousoz
Et si Vevey devenait la première ville en Suisse à interdire l’importation de fraises en hiver? L’idée peut paraître saugrenue, elle n’en est pas moins sérieuse. Ces derniers mois, deux assemblées citoyennes ont déjà eu lieu dans la Ville d’Images pour discuter d’une telle éventualité.
L’initiative est portée par la chorégraphe Valentine Paley, à la tête de l’Association Fréquence Moteur et par la curatrice Margaux Schwab, fondatrice de foodculture days. Les deux Veveysannes espèrent pouvoir bannir le petit fruit rouge du territoire communal d’ici à l’hiver 2026-2027. Rien que ça.
«Ça m’a toujours semblé aberrant de voir des fraises en janvier dans les rayons de supermarchés», raconte Valentine, qui a proposé à Margaux de la rejoindre dans ce mini-mouvement de révolte. Baptisée «frîa» – fraise en patois vaudois – leur démarche a été retenue pour faire partie du projet européen «The School of Enough», qui réunit artistes et activistes engagés sur des questions de durabilité et de décroissance.
Rien ne bouge
Des fraises étrangères en hiver? La problématique n’est pas nouvelle. En 2021, la Fédération romande des consommateurs (FRC) a d’ailleurs mené une campagne à ce sujet. Mais depuis le temps, rien n’a vraiment bougé. «La plupart des grandes surfaces que nous avons déjà contactées reconnaissent elles-mêmes que c’est absurde, explique Valentine. On se demande même qui en achète! Pourtant, rien n’est mis en place pour que cela change. Il y a une profonde inadéquation entre le discours et la réalité.»
Mais au fait, pourquoi cibler en particulier la fraise, alors que quantités de légumes et de fruits sont importées sous nos latitudes sans tenir compte des saisons? «La fraise est à notre mesure, répond Margaux. C’est une filière où un changement nous paraît le plus réaliste, contrairement à celle de l’avocat par exemple. Et puis tout le monde a un lien émotionnel avec ce fruit. Il fait souvent partie des souvenirs d’enfance, on le retrouve dans nos jardins, sur nos balcons ou même dans la forêt.» Tout un symbole, en somme…
D’ailleurs, les deux Veveysannes voient cette démarche comme un tout premier pas. Une petite étincelle rouge au goût sucré pour allumer une réflexion plus large sur nos habitudes alimentaires parfois incohérentes. «Il s’agit aussi de faire prendre conscience aux gens de leur pouvoir d’agir, ainsi que de la force du collectif pour transformer notre quotidien.»
Trouver le moyen
Voilà pour la théorie. Mais concrètement, comment empêcher au fragum – son nom latin – d’accéder aux étals veveysans de décembre à février? «À ce stade, nous recherchons justement une personne qui a des connaissances juridiques pour savoir ce qui est faisable au niveau local.» Une première piste intéressante selon elles: la voie politique. «La population pourrait voter sur cette question. Nous avons rencontré la plupart des partis, et – chose rare – c’est un sujet sur lequel ils semblent tous d’accord.»
Quant aux voix qui jugeraient trop extrême d’interdire, Margaux et Valentine répliquent par une question: «Une interdiction est-elle mauvaise si elle est bénéfique pour notre monde? Au contraire, elle peut être joyeuse si elle œuvre pour le bien commun. On ne s’en rend pas toujours compte, mais notre vie est régie par des interdictions.»
Elles le promettent, si des personnes venaient à manifester dans la rue pour qu’on leur rende les tartelettes et autres fraisiers en hiver, elles se tiendraient prêtes à se déguiser en fraises géantes. «Ça pourrait permettre de compenser le manque», sourient-elles. L’humour, ça adoucit toujours les révolutions. Un peu comme le sucre pour les fraises sans goût…
