
Une image de la console sur laquelle a été mixé «We will rock you, the movie». Aujourd’hui propriété du Lemura Recording Studio au Tessin, où elle est encore utilisée. | C. Boillat
T-shirts, guitares, baguette (oui, au singulier), estampes, disques d’or et bien d’autres merveilles ayant appartenu à Freddie Mercury et aux trois autres membres du groupe Queen sont exposés à l’Espace culturel Maison Visinand, dans le quartier des Planches à Montreux. Cet accrochage, visible jusqu’au 23 novembre, est autant inédit qu’exceptionnel.
Une cinquantaine d’objets, mais encore 110 livres sont présentés dans les quatre salles du vénérable bâtiment édifié en 1592 et classé historique. Trois œuvres se trouvent aussi au Musée de Montreux, partenaire de la Maison Visinand.
L’Histoire de Montreux est riche. Son tourisme, la culture, principalement la musique, l’ont placée sur la carte du monde. La relation particulière et intime du quatuor de Queen avec la Perle de la Riviera en est une partie importante. Principalement celle de Freddie Mercury, son chanteur né Farrokh Bulsara en 1946 à Zanzibar et mort en 1991 à Londres. La statue édifiée sur les quais de Montreux après sa mort en est la plus parfaite illustration, car elle est visitée par des fans du monde entier.
C’est dans ce contexte que «A Piece of His Own» (lire encadré) prend toute sa place. Elle est constituée d’objets rares et personnels, acquis par les quatre membres du combo. «Ils appartiennent désormais à un groupe de collectionneurs suisses et italiens, dit Pascal Casadei van Raamsdonk, l’un d’eux et curateur de l’expo. Nous montrons des choses qui nous sont chères et qui font partie de notre quotidien et de notre amour pour Queen. D’où le nom de l’exposition que l’on peut traduire par Une partie de lui».
Un voyage par les livres
Le voyage dans le passé du groupe britannique commence par les livres. Pascal Casadei a réuni des ouvrages ayant appartenu à Freddie. «Ils proviennent d’une vente aux enchères chez Sotheby’s de pièces qui ont été propriété de Mary Austin.» Cette Anglaise est considérée comme le premier amour du chanteur. Il lui a légué une partie de ses biens, dont une maison.
Pascal montre avec fierté «ce cahier de dessins Biba». Biba est la boutique où travaillait Mary et là qu’ils se sont rencontrés en 1969 avec Freddie, avant de vivre plusieurs années ensemble.
Il y a aussi des dictionnaires, pour l’artiste féru de Scrabble, des romans divers, dont un d’Aragon, un livre de photos… vide, des magazines, un guide de voyage pour Munich qui forment cette bibliothèque mercurienne.
«Dans presque chaque ouvrage se trouve un marque-page, comme une photo, une liste de courses, un billet d’avion.» On ne connaît pas exactement la valeur de cette librairie, mais des objets devenus icônes ayant appartenu à Freddie ou Queen peuvent atteindre le million de francs. «Une tasse de thé a été vendue 2’000 livres anglaises, des vêtements atteignent plusieurs dizaines de milliers de francs», glisse Pascal Casadei.
La baguette de Roger, la pièce de Brian
La visite se poursuit avec trois salles qui accrochent à leurs cimaises des pièces iconiques et dont l’entrée est marquée par un livre de photos signées par la maman de Freddie. Une baguette et une cymbale de 1986 du batteur Roger Taylor, le tambourin de Freddie, une pièce de six pence dont Brian May se servait d’onglet pour gratter sa guitare, jouxtent des disques de platine et d’or, dont le 45-tours de «We will rock you».
Partout, des six-cordes. Ce sont des Brian May guitars, marque du musicien. «Originales, elles reproduisent l’unique guitare de Brian que son père et lui ont fabriquée ensemble et donc la seule sur laquelle il jouait», explique Pascal Casadei.
Dans la salle qui fait la part belle à la vie personnelle du groupe, on voit une ceinture et des poignées Lacoste, des espadrilles, des tennis, un blouson en cuir, un des fameux t-shirts Superman, une chemise blanche. «Freddie vouait aussi un amour inconditionnel au Japon. Il y a ici deux estampes qu’il avait exposées au-dessus de son piano dans sa maison de Londres.»
Plus loin, des catalogues de ventes aux enchères s’exposent dans une vitrine. «Freddie, sachant qu’il était perdu (ndlr: car atteint du sida), a acheté des biens qu’il a offerts à tous ses amis. Ils ont reçu chacun leur présent, avec une note manuscrite personnelle, quelques jours après sa mort. C’est très émouvant.»
Enfin, le périple dans l’intimité du groupe s’achève avec une collection d’habits portés sur scène par le chanteur. Ce sont ici les objets favoris de chaque collectionneur: «A Piece of His Own». Pascal, qui «dédie cette exposition à mon ami décédé Francesco Portera», montre avec émotion la sienne: un débardeur orange porté par son idole.
