Dix jeunes passent la rampe

Les participants du projet La Rampe sur la scène du Théâtre Waouw à Aigle, samedi 26 avril, après la représentation de la pièce «Passage à l’acte».  | P. Genet

Insertion professionnelle
Un projet théâtral pilote destiné à des jeunes en recherche de formation professionnelle s’est conclu la semaine dernière. Reportage.

«J’ai le type même d’une fille sans type. On se retourne pas sur moi. On me dit souvent que je ressemble à quelqu’un. J’ai un prénom commun et personne s’en rappelle jamais…» Andreia se tient face au public, sur le devant de la scène, balance un long paragraphe tiré des «Chroniques des jours entiers, des nuits entières» de Xavier Durringer. Et son prénom, comme ceux de ses camarades – Klea, Lamine, Nadia, Nolan, Ismail, Dounia, Tallulha, Miguel, Antony – on s’en rappellera. Parce que leur «Passage à l’acte», titre de la pièce présentée la semaine dernière durant cinq soirs au Théâtre Waouw à Aigle, aura été couronné de succès.

Ce projet pilote d’aide à l’insertion professionnelle est l’initiative d’Ingrid Theytaz et Yann Mercanton (voir édition 175, 16 octobre 2024). L’objectif de La Rampe est de permettre, par le théâtre, à des jeunes adultes en recherche de formation de renforcer «une confiance en eux qui fait souvent défaut à cette période de la vie».

Portée par un texte présentant, selon les mots des éditeurs, «des confrontations pour les acteurs, à se dire, à balancer contre le mur, sans fleur, ni fard, des histoires d’amour, de thunes», les jeunes de La Rampe ont trouvé dans cette matière théâtrale des situations de jeu en phase avec les enjeux de leur âge: la quête d’identité, la séduction, la crainte du jugement, l’affirmation de soi, notamment.

Bon pour la confiance en soi

«Grâce à cette expérience, je gère mieux le stress, nous a confié samedi soir Dounia, 18 ans. Ma meilleure amie est venue me voir jouer et a été étonnée que j’arrive à prendre comme ça la parole sur scène.» Nolan, 17 ans, s’est lui surpris à «pouvoir faire le texte sans bégayer». Miguel, 21 ans, a lui vécu la confirmation de son attrait pour le théâtre, qu’il n’avait pas encore expérimenté. «Des amis sont venus et veulent aujourd’hui clairement me voir dans d’autres pièces», s’enthousiasme-t-il. À côté de lui, Ismail, 18 ans, ne tarit pas non plus d’éloges pour cette aventure qui se sera étalée sur six mois, vingt mardis après-midi. «Ça m’a libéré, clairement, je suis content d’avoir réussi à pouvoir le faire.»

Toutes et tous sont actuellement au SEMO, le Semestre de motivation. Et si leurs perspectives ne sont pas encore toutes claires – Nolan, par exemple, dont le naturel sur scène nous aura bluffés, cherche pour le mois d’août un apprentissage de mécanicien ou de peintre en carrosserie – toutes et tous sont unanimes: l’expérience de La Rampe a dopé leur confiance. «C’est le trajet qu’ils ont accompli qui nous importe, relève, ému, Yann Mercanton. C’était tellement beau de voir la fierté dans leurs yeux après la première.» Ingrid Theytaz abonde. «Ils ont été extraordinaires et ont montré un plaisir fou à jouer. Et ça, c’est inestimable.» Les initiateurs disent aujourd’hui leur souhait d’exporter le projet. Dont… acte, espère-t-on.

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