
Dans cette exposition, l’artiste d’origine veveysanne Emma Lucy Linford dévoile les zones d’ombre de la psyché. | N. Desarzens
«Aussi bien vitrine de l’intime que marqueur social pour les autres, mes pièces sont des tentatives d’existence et de résistance. Cette dichotomie entre l’intérieur et l’extérieur reflète les diverses facettes qui nous façonnent, mais également les projections de ces dernières sur les autres.» Originaire de Vevey, l’artiste nous accueille dans son atelier lausannois. Ses précédentes expositions dévoilaient des créations minutieuses et aériennes, conçues comme des «secondes peaux», à l’image de revêtements et d’ornements corporels.
«Ce qui m’intéresse particulièrement c’est l’espace de jeu entre la peau et le vêtement, c’est cette frontière entre l’intime et le sociétal, explique la trentenaire. Notre apparence nous appartient autant qu’elle nous échappe. Aujourd’hui, les réseaux sociaux ne mettent en scène que les moments <paillettes> de nos existences. Ici, j’explore ce qui est dissimulé par ces artifices.»
Réalisées au crochet, les œuvres accrochées dans cette exposition personnelle révèlent donc ce qui se cache sous les apparences. Une exploration générée par une sérieuse remise en question de la plasticienne sur son travail et sa place dans l’art contemporain. «Je souhaite montrer les torpeurs qui me traversent, avec sincérité, sans filtres.»
Un théâtre d’ombres
Sur l’invitation de Cléopâtre Malpeli, Emma Lucy Linford propose une installation immersive, plongée dans la pénombre. À travers des mailles de laiton suspendues dans l’espace, un théâtre d’ombres surgit, grâce aux créations lumineuses imaginées et réalisées par Colin Jeanneret-Gris, qui font apparaître des contours mouvants et insaisissables.
Sur les murs apparaissent des silhouettes déformées, à la fois monstrueuses et délicates. «Le dédoublement des œuvres, grâce à leurs ombres, me permet de représenter ce sentiment insaisissable, impalpable, de ce que l’on tente de cacher.»
En alliant la couleur dorée du métal et les contours fantomatiques, «To whom it may concern» met en scène la dualité inhérente des apparences, entre attraction et répulsion. L’œuvre d’Emma Lucy Linford parvient à entrelacer des étincelles pour lutter contre l’obscurité, sans la renier pour autant. Un panache lumineux de sincérité.
Plus d’infos: emmalucylinford.com
«To whom it may concern», expo d’Emma Lucy Linford, Espace Indiana, chem. du Verger 10, Vevey. 18 juin au 19 juillet 2026. Gratuit. Vernissage: je 18 juin, dès 18h, finissage le 19 juillet, dès 16h.
“Elegance is the biggest protest you can make
So
Pray for elegance
And tell me this:
What story are you wearing?”
Cet extrait accompagne l’exposition «To whom it may concern». Le manifeste dans son entier sera narré sous forme de bande audio dans l’espace d’exposition.
