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Sécurité, transparence, gouvernance: tels sont les mots d’ordre mis en avant par le groupe Agir — constitué de plusieurs conducteurs et ex-conducteurs de VMCV — dans sa «3e alerte» adressée le 28 janvier aux autorités communales de la Riviera et à la presse. Le groupe appelle les Communes propriétaires à exiger un audit indépendant dont les résultats seraient rendus publics, la publication des comptes détaillés, une révision des statuts, et une enquête avec rapport public sur deux accidents ayant eu lieu en 2025.
«Ces critiques, on les connaît depuis trois ans. Nous y avons répondu à plusieurs reprises», réagit Roland Bonzon, président du Conseil d’administration de VMCV. Notamment à la suite de plusieurs interventions aux Conseils communaux de Montreux et Vevey. La dernière en date: celle de Jérôme Christen (Vevey Libre) en novembre 2025, pointant des dysfonctionnements qui ne seraient «toujours pas résolus», malgré le processus de transformation organisationnelle engagé depuis deux ans par la direction.
Avis divergents sur le climat de travail
Agir relate «un climat de peur et de pression», «un management de copinage au détriment des compétences» et des licenciements «brutaux et arbitraires». Une dizaine de procédures seraient en cours, dont trois pour licenciement abusif. Une autre procédure s’est récemment conclue devant le Tribunal fédéral: le licenciement avec effet immédiat d’un conducteur a été jugé injustifié, et VMCV a été condamnée à lui verser plus de 50’000 francs.
L’entreprise de transports publics de la Riviera souligne quant à elle «sa capacité à conduire un changement majeur tout en garantissant la fiabilité du réseau, grâce à l’engagement exemplaire des collaborateurs», comme cela a été réalisé avec l’horaire 2026. Autres indicateurs selon cette dernière: une baisse de l’absentéisme global de 12% à 8% en 2025 et de 14% à 9% entre 2023 et 2025, une baisse des démissions de conducteurs (10 en 2023, 7 en 2024 et 6 en 2025), et des résultats très encourageants de l’enquête de satisfaction 2025, que la direction nous a transmis. Cependant, en examinant spécifiquement les réponses des conducteurs et conductrices, les résultats s’avèrent contrastés. En effet, si la plupart expriment du plaisir à faire ce travail, l’enquête révèle aussi un malaise lié au climat interne : près d’un sur deux ne perçoit pas un climat de collaboration et de respect entre la direction, l’encadrement et les collaborateurs, ni d’amélioration dans la dynamique de leur équipe, et plus de la moitié estiment que l’entreprise ne favorise pas un dialogue direct et constructif (voir encadré).
Du côté du SEV (syndicat du personnel des transports), le dialogue social avec la direction, tendu durant plusieurs mois (ndlr: après la conférence de presse du groupe Agir en juin 2025) est rétabli. «Des efforts ont été faits des deux côtés et le bilan est plutôt positif», assure Aline Zuber, secrétaire syndicale. En parallèle, des collaborateurs ont demandé à la direction de VMCV de pouvoir mettre en place une commission du personnel. Celle-ci est en cours de constitution et vise une plus grande représentativité de la masse des salariés.
La valse des RH
Depuis des années, les responsables RH se succèdent. À la suite de la démission en automne 2024 de la dernière titulaire – après plusieurs mois d’arrêt maladie – le service est assuré par deux business-partners internes, épaulés par un responsable RH ad interim externe à 20%.
Cela expliquerait-il les problèmes dans le traitement de certains cas? Comme celui d’un conducteur visé par une mesure disciplinaire en 2023, dont le dossier révèle différents manquements en termes de traçabilité et de fiabilité des processus? Également conducteur, Camillo Ferace, lui, témoigne avoir été contacté par le service RH huit jours avant son départ à la retraite cette année. «Ils m’ont demandé si j’avais fait le nécessaire pour ma demande de rente, alors qu’ils devaient me contacter six mois à l’avance, mais ils avaient oublié! La Caisse AVS n’avait pas non plus reçu les documents et c’est encore moi qui ai dû régler ça.»
«C’est effectivement difficile pour l’instant, admet Mathieu Luyet, membre de la direction. Une mission du RH ad interim est justement de structurer et d’unifier ces processus.» VMCV reconnaît aussi s’être trompée avec certaines candidatures. «Le poste a été récemment remis au concours. Il s’agit d’un poste clé, mais complexe à repourvoir, car il requiert des compétences particulières», souligne Roland Bonzon, président du Conseil d’administration.
Sécurité sous la loupe
Le groupe Agir dénonce encore «une gestion des risques défaillante». Bernard Decrey (ancien conducteur licencié désormais retraité) témoigne d’un accident survenu en 2022 où les portes d’un bus à l’arrêt se sont refermées sur une dame âgée. «Aucune mesure n’a été prise pour corriger ce système de portes, et quatre ou cinq de ces vieux bus restent en circulation sur les lignes.» Il pointe aussi le danger potentiel des automates à billets embarqués, témoignage à l’appui.
«Chaque accident fait l’objet d’un rapport et de mesures correctives si nécessaire», assure Mathieu Luyet. Concernant l’accident de 2022, il explique que «le conducteur avait quitté momentanément son poste en laissant les portes fermées et en mode automatique, contrairement aux consignes». Il confirme que «quelques véhicules plus anciens peuvent encore circuler, mais ils sont régulièrement entretenus et exploités conformément aux exigences applicables».
L’Office fédéral des transports (OFT) dit ne pas pouvoir exclure que l’achat ou la validation d’un billet dans le bus en circulation puisse jouer un rôle dans certaines chutes, mais déclare ne pas avoir «d’éléments concrets ou d’analyse spécifique laissant penser que ces dispositifs constituent un risque inacceptable».
L’OFT a mené un audit et deux contrôles chez VMCV début 2025 avec un suivi de l’audit en 2026. «Les audits servent à vérifier l’organisation et les processus d’une entreprise, ainsi qu’à évaluer l’efficacité de son système de gestion de la sécurité. Les contrôles portent sur les déroulements opérationnels durant l’exploitation, ainsi que sur l’état technico-sécuritaire des équipements, installations et véhicules», explique la porte-parole Florence Pictet. «À ce jour, il n’y a aucune recommandation que nous n’ayons pas mise en place», souligne Roland Bonzon. À des fins de vérification, Riviera Chablais Hebdo souhaitait consulter ces rapports. Cela nous a été refusé, la loi fédérale sur la transparence ne s’appliquant pas aux audits et contrôles de l’OFT.
Malaises au volant
Deux accidents survenus l’été dernier, à la suite de malaises au volant, interrogent. Au centre-ville de La Tour-de-Peilz, un bus a heurté onze véhicules stationnés. Deux mois plus tôt, un autre accident a eu lieu à Montreux. Révélé par le groupe Agir, il s’est déroulé à l’intersection entre la rue d’Etraz et l’avenue des Alpes. Un bus a poursuivi sa trajectoire tout droit à vitesse réduite, terminant sa course contre un véhicule stationné. Une «touchette» selon les termes de VMCV, photos à l’appui.
Selon le Ministère public central, ces deux cas ont fait l’objet d’une ordonnance de non-entrée en matière: la perte de maîtrise du véhicule était consécutive à un problème de santé, sans infraction à la Loi sur la circulation routière. D’après le groupe Agir, lors de l’accident de Montreux, le conducteur disposait d’un certificat médical fixant son taux d’activité à 50% et lui prescrivant de ne pas conduire plus d’un jour sur deux. Il aurait été tenu de conduire trois jours de suite, et l’accident serait survenu le troisième jour. VMCV confirme l’existence d’un certificat médical, mais le taux d’activité prescrit a été respecté lors de la planification. «Aucune autre problématique n’a fait l’objet d’une requête auprès de nos services», assure l’entreprise.
Pour Agir, «il serait indispensable de connaître les causes réelles de ces malaises au volant, notamment les conditions de travail vécues. La fatalité ne peut pas être la simple explication». Quant au conducteur, il ne souhaite pas s’exprimer pour l’instant.
Des statuts obsolètes?
Le groupe Agir estime que les statuts de VMCV sont obsolètes et confèrent «un pouvoir presque absolu au Conseil d’administration et à la direction, sans mécanisme de contrôle efficace de la part des Communes propriétaires».
Selon la direction, les statuts ont été modifiés en 2022. Pourtant, ceux déposés au Registre du commerce datent de 2008 avec révision en 2009. «En 2022, ils ont bien été modifiés, mais nous avions oublié de convoquer le notaire», éclaire Roland Bonzon. La modification portait sur la suppression de la limite d’âge de 70 ans pour les administrateurs, «pour nous aligner sur les autres entreprises de transports publics». Or, lui-même est âgé de 72 ans, et Jean-Pierre Schwab, de 71 ans. «Cela a été validé à l’unanimité par l’assemblée générale en 2022, et les statuts seront régularisés lors de leur révision en juin prochain. Mais il est très probable que ni l’organisation ni les pouvoirs ne changeront, étant adaptés.»
Les cinq communes les plus habitées de la Riviera sont représentées au Conseil d’administration, et «toutes sont consultées dans nos projets d’envergure, comme pour l’horaire 2026 ou la décarbonisation de la flotte à l’horizon 2035», poursuit Roland Bonzon. Concernant l’accès aux comptes et budgets détaillés, Jean-Pierre-Schwab explique «qu’il suffit, lorsque ces documents sont présentés, de poser la question si l’on souhaite des précisions sur certains points».
Toilettes et rumeurs
Enfin, les questions de l’accès aux toilettes, des soupçons de copinage et certaines rumeurs persistantes ont également été abordées lors de notre échange avec la direction début février.
L’accès aux toilettes est une problématique récurrente aux VMCV, comme dans beaucoup d’autres entreprises de transports publics. Bernard Decrey souligne que l’enjeu, au-delà du confort, est aussi sécuritaire, l’impossibilité d’accéder facilement à des WC pouvant pousser les conducteurs à ne pas s’hydrater suffisamment. « Nous faisons vraiment au mieux et nous essayons constamment d’améliorer les choses. Par exemple, au terminus de Rennaz, après des négociations avec l’hôpital, les toilettes sont maintenant accessibles sans restriction horaire», relève Mathieu Luyet. Le problème de l’état de propreté des WC en conteneur au terminus Vevey-Funi ? « Nous avons demandé à l’entreprise en charge de l’entretien de passer plus souvent, c’est-à-dire tous les deux jours».
Un document, que nous avons pu consulter, est mis à disposition des collaborateurs sur différentes plateformes. Il recense l’ensemble des WC disponibles sur le réseau, avec indications des restrictions horaires et du nombre de minutes pour s’y rendre. Pour l’ensemble des lignes, une quarantaine de wc sont accessibles. Si la plupart sont situés à 2mn ou moins de l’arrêt ou du terminus, une dizaine nécessitent 3 à 6 minutes pour s’y rendre, soit jusqu’à 12 minutes pour l’aller-retour. Au niveau de la sécurité, quelles sont les règles dans de tels cas? « Il n’y a aucune obligation de faire descendre les passagers du véhicule, mais il faut notamment arrêter le moteur et mettre un cale si le véhicule est arrêté sur une forte déclivité », explique Mathieu Luyet. Suite à notre entretien, un rappel précisant ces règles de sécurité a été envoyé à tous les conducteurs par la Direction le 10 février.
Copinages et arrangements ?
Concernant le possible copinage dans le recrutement pour certains secteurs ou les promotions à l’interne, cette manière de faire serait systémique selon le groupe Agir et d’autres témoignages, qui visent par exemple « un ancien conducteur nommé chef de groupe, et quelques semaines après chef d’exploitation» ou encore des membres d’une même famille occupant différents postes dans l’entreprise depuis des années. Mathieu Luyet dément : « Ces personnes ont été choisies pour leurs compétences, et si elles sont toujours là, c’est qu’elles font un bon travail ». Jean-Pierre Schwab, dont le frère est conducteur, assure pour sa part : « Je n’ai jamais fait un fait quoi que ce soit pour le pistonner. Il a postulé et a été engagé comme tout le monde. Et au fond, c’est un honneur pour VMCV qu’un collaborateur encourage à un membre de sa famille à postuler dans l’entreprise !» Roland Bonzon ajoute que chaque nouvel engagement, au niveau du comité de direction ou des cadres, s’appuie sur un processus exigeant « ce qui rend infondées les accusations de copinage.»
Une rumeur tenace circule aussi au sujet d’une ancienne responsable RH qui aurait été victime de harcèlement de la part d’un cadre toujours en place. L’affaire aurait été réglée par un arrangement financier, hypothèse appuyée par un témoignage troublant. Nous avons essayé sans succès de contacter l’ancienne RH concernée. Après contrôle interne, VMCV dément catégoriquement tout versement d’une quelconque indemnité ou toute retenue de salaire. «De telles pratiques seraient incompatibles avec les valeurs fondamentales de l’entreprise. C’est juste une rumeur, et c’est nauséabond », tonne Roland Bonzon, en rappelant que si quelqu’un se sent harcelé, il peut en parler soit à la Direction, soit auprès d’un institut externe partenaire de VMCV, en toute confidentialité.
Restent des problématiques moins perceptibles, qui ressortent de témoignages et semblent relever de manières de faire de certains cadres en place depuis longtemps. «Le Conseil d’administration en est conscient et travaille avec la direction pour résoudre les derniers problèmes récurrents dans la partie chauffeurs et son organisation hiérarchique», souligne Vincent Imhof, membre de ce Conseil d’administration. Le municipal veveysan déplore l’acharnement déployé contre VMCV. De son côté, le groupe Agir affirme son intention de «continuer notre boulot pour faire bouger les politiques et tirer tout cela au clair». Les Communes, elles, pourront poser toutes leurs questions lors d’une séance organisée par la direction de VMCV le 1er avril, après une partie consacrée aux horaires 2026.
«VMCV s’inscrit dans une démarche continue d’amélioration. L’enquête de satisfaction montre que nous sommes sur le bon chemin, et que dans certains domaines, nous pouvons devenir encore meilleurs», résume sa directrice Caroline Beglinger.
Quelques résultats:
• 106 employé-e-s sur 257 y ont répondu, soit 41% « un échantillon suffisamment représentatif » selon la société externe qui a réalisé l’enquête. Sur les 106 personnes ayant répondu, 65 font partie du personnel roulant (conducteurs et conductrices). L’échelle des réponses était la suivante : oui, plutôt oui, plutôt non, non.
• A la question « j’ai du plaisir à faire ce travail », 90.5% du personnel a répondu « oui » ou « plutôt oui ». Ce taux est de 90% chez le personnel roulant, 100% chez le personnel technique et 95% chez le personnel administratif.
• A la question : « je ressens un climat de collaboration et de respect entre la direction, l’encadrement et les collaborateurs », 50.8% du personnel roulant, 100% du personnel technique, et 73.3% du personnel administratif ont répondu « oui » ou « plutôt oui ».
Les conducteurs sont également moins satisfaits que les autres membres du personnel concernant l’amélioration de la dynamique d’équipe et la qualité du dialogue au sein de l’entreprise, et très partagés sur ces aspects :
• A la question « l’entreprise favorise un dialogue direct et constructif avec les collaborateurs, seulement 44.6% du personnel roulant a répondu «oui » ou « plutôt oui », alors que ce pourcentage est de 90% chez le personnel technique et 70% chez le personnel administratif.
• A la question « je ressens une amélioration dans la dynamique de mon équipe à la suite des changements récents », 50.8% du personnel roulant et 53.4% du personnel administratif ont répondu « oui » ou « plutôt oui ». Ce taux est par contre de 90% chez le personnel technique.
Nous avons également demandé les chiffres suivants à la direction :
• Coûts pour les litiges entre VMCV et des membres du personnel: 131’000 francs entre 2023 et 2025, pour 8 litiges.
• Coûts pour les panneaux de la récente campagne de communication interne: 7’490 francs pour 16 panneaux réutilisables, frais de pose compris.
