Fanny Henchoz aime ne rien faire comme les autres

Fanny Henchoz a toujours suivi ses rêves: reprendre le domaine familial, avoir des yacks et confectionner des produits à base de plantes maison. | K. Di Matteo

La Comballaz
Une femme, herboriste qui plus est, et qui élève des yacks? La fille des Ormonts aime cultiver ses rêves hors des sentiers battus.

«Les yacks, déjà, ça a fait causer. Puis les plantes. En plus, je suis une femme. Tout ce qui sort de la routine, c’est moi. Si j’entreprends quelque chose, ça va forcément faire sourire dans le coin.»
Fanny Henchoz s’amuse à ironiser. Et les sourires, elle s’y connaît, cette robuste Ormonanche à la poigne franche. Le sien rayonne autant que le soleil tape dur en ce début d’été sur la ferme familiale, à 1’450 mètres, entre Les Voëttes et La Comballaz.
Qui plus est, ici, sur le flanc du Pic Chaussy, c’est son royaume. Elle est née et a grandi sur ce domaine de Mimont dont elle a repris les rênes en 2015 avec son mari Sébastien et qui appartient aux Ginier (son nom de jeune fille) depuis au moins trois générations. «Peut-être davantage», mais Fanny ne se souvient plus.
Dans cet écrin de nature, l’herboriste de formation de 43 ans a tout loisir de suivre ses rêves en dépit des «qu’en dira-t-on», comme en attestent les longues rangées de fleurs et herbes aromatiques qu’elle cultive depuis dix ans. L’entreprise ne s’appelle pas «Alpes en fleurs» pour rien.
Fanny Henchoz ne renie pas pour autant le travail de son papa, qui aide encore un peu. «Il est heureux que la ferme ait été reprise et qu’on ait gardé les vaches laitières. Avec Sébastien, on a tout passé en bio, même s’il faut dire que c’était déjà le cas à 95%.»

Au rythme de la nature
À côté du domicile du couple, au bois bruni, la couleur claire de la ferme évoque les travaux récents. On y chauffe au bois, on autoconsomme l’électricité tirée des panneaux solaires.
Sur l’une des façades, des hirondelles en relief virevoltent autour du soleil, tandis que les vrais piafs piaillent sur les fils électriques. «Cela annonce les leçons de vol pour les petits», se réjouit Fanny. On dirait que Gros Minou, le vieux matou qui se frotte à ses jambes, aussi. Bobby, le fidèle chien de la famille, continue sa ronde et veille au grain.
Le regard en direction de La Comballaz s’arrête à mi-chemin sur l’alpage de Pleine Joux. «Ou Plaine Joux, avec <a>, on trouve les deux.» C’est là que paissent paisiblement quatorze vaches laitières aux origines hétéroclites: Simmental, d’Hérens, Brune d’origine et Vosgienne.
Les 60’000 kilos de lait annuel partent pour une part chez Esther Ginier, sa tante, productrice du «Serpolait». Le reste prend la direction de Rossinière, pour la confection d’un autre fromage bien connu de la région, «le Sapalet».
Sur une cinquantaine d’hectares disséminés ça et là, les bêtes, vaches et yacks de Fanny et Sébastien paissent dans la quiétude et, n’ayons pas peur du mot, l’amour. «Ici on n’exploite pas, on élève.»
Certaines partiront quand même à l’abattoir en temps voulu pour devenir des produits locaux bio proposés sur les étals de leur magasin à la ferme ou d’autres commerces des Ormonts. «Mais on leur parle, on leur explique. C’est une collaboration.»
On reste en phase avec la nature, en somme. Pas question d’écorner, par exemple. Et on fait confiance aux énergies et aux cycles de la lune. «On renonce aux déplacements d’animaux certains jours, d’autres on évite de planter des fleurs.»

Tout est bon dans le yack
Et les yacks alors, ceux qui ont inspiré le nom du site Internet yackabons.ch? Pour apprécier leur silhouette exotique et leur joli museau, il faut monter au-dessus de La Comballaz, sur l’alpage En Sonnaz.
La quinzaine de ruminants originaires de l’Himalaya brillent d’abord par leur absence. Eux aussi souffrent de la chaleur, et il faut descendre jusqu’à un petit bosquet pour les débusquer sous les sapins.
Une fois à portée de voix, il suffit à Fanny de siffloter pour motiver ces poilus à se risquer à nouveau sous les rayons du soleil. Kitsy, Kurukulla, Nayla et les autres cherchent immédiatement le contact dans ces pentes ingrates où ils sont si à l’aise, par tous les temps et toute l’année.
D’ailleurs, à l’origine, quand elle tenait la Buvette des Petits Lacs au-dessus des Mosses, Fanny avait jeté son dévolu sur les yacks pour leurs compétences de sherpas. «Ils sont légers, très agiles, c’est presque un croisement entre la vache qui rumine et le cheval qui court, se roule et saute!»
Ce penchant pour la bougeotte lui a-t-elle valu quelques escapades sur l’alpe en quête de ses protégés? «Non, on a de la chance, ils ne filent pas. Mais s’ils voulaient, ils le pourraient facilement», assure-t-elle dans un sourire qui lui mange le visage.


www.yackabons.ch
Portes ouvertes le samedi 26 juillet, de 10h à 16h. Découverte des plantes, des locaux, petit marché à la ferme, animations toute la journée.

Du yack et du «broutard»

Le nom de site yackabons.ch est un peu réducteur. Certes, on peut y commander de la viande de yack, en salami ou viande séchée, mais aussi de «broutard», ainsi que divers produits à base de plantes maison (lire ci-contre). «Les broutards sont des veaux que l’on a gardés jusqu’à l’automne pour qu’ils puissent , ou se nourrir d’herbe à la belle saison», explique Fanny Henchoz.

Les yacks, eux, prendront leurs aises pendant quatre ans avant de partir pour l’un des abattoirs régionaux où ils seront découpés et conditionnés par des bouchers artisanaux. «C’est une viande un peu plus sauvage, entre la chasse et la vache.»

Elle en profite pour s’amuser d’un abus de langage: «Oui, car on propose de la viande de vache, et non de bœuf, comme on a coutume d’entendre. Les vaches ont tendance à changer de sexe sur les étiquettes», se marre-t-elle.

Chez les Henchoz, les réservations se font pour des lots de viande de minimum 10 kilos, soit à 33 francs le kilo pour le yack, 29 pour le broutard. «Les commandes démarrent en automne, mais nous conseillons de réserver les lots au plus vite.»

Les Henchoz vendent des salamis et de la viande séchée de vache et, plus original, de yack. | K. Di Matteo

La magie des plantes

Il y a la tisane «La Dzère» (énergie en patois), à base de menthe, ortie et thym serpolet, pour redonner un coup de fouet. «Les Cuisin’herbs», mélange d’origan, de sauge, de sarriette et d’ortie, pour épicer les mets. Ou encore les huiles de macération, d’arnica, de calendula et de millepertuis. En tout, 25 fleurs et plantes sont récoltées à la main, puis séchées, par Fanny et Sébastien Henchoz sur le domaine Alpes en Fleurs. On accède aux lignes de plantes par une arche fleurie qui permet de photographier le panorama du regard. Sébastien, charpentier de formation, a construit le séchoir en bois de sapin local où les végétaux sont magnifiés. «C’est depuis toute petite que je suis passionnée par les plantes et je me suis formée en herboristerie à Bioley-Orjulaz, explique Fanny. Depuis dix ans, on a lancé notre production et, ainsi, exaucé un de mes rêves.» Le produit fini est à retirer directement à leur ferme ou dans quelques commerces des environs. Envoi postal possible.

Quelque 25 plantes sont cultivées dans le talus sous la ferme familiale de La Comballaz. Fanny en tire tisanes, aromates et huiles de macération. | K. Di Matteo

GALERIE