
Il y a des soirées qui ont un parfum historique. Celle de jeudi dernier, à La Tour-de-Peilz, pouvait en avoir quelques émanations. Ce n’est en effet pas tous les soirs que des élus sont appelés à se prononcer sur un crédit de… 500 millions de francs. Il s’agissait là de l’enveloppe que demande le Comité de direction du Service intercommunal de gestion (SIGE) pour la réalisation d’une méga STEP régionale, ainsi que les études nécessaires à cet effet. Pour mémoire, l’infrastructure est attendue à l’horizon 2034 à Noville (voir édition 240, 11 février 2026).
Les débats auront duré une heure et quart, arbitrés par le Boéland Jérôme Bonvin. Le président du Conseil intercommunal du SIGE – l’organe délibératif de cette entité qui distribue l’eau potable et traite les eaux usées des neuf communes de la Riviera – avait prévenu: la discussion devait être placée sous le signe de «l’irréprochabilité». Malgré l’ampleur de la somme en jeu, les esprits sont restés tempérés, se laissant même parfois aller à quelques traits d’humour.
D’abord une étude?
Sur le fond, le nœud du débat a tourné autour de cette question: ne faudrait-il pas déjà réaliser une étude approfondie – devisée entre 60 et 80 millions de francs – plutôt que d’autoriser une dépense globale de 500 millions, jugée exagérée par certains? Cette option a été défendue par le Boéland Michel Bloch, le Corsiéran François Morier-Genoud, et la délégation veveysanne, dont la parole a été portée par Fabienne Despot. «Il y a encore beaucoup de questions ouvertes, elles attendent des réponses pour qu’on puisse signer ce blanc-seing d’un demi-milliard», a-t-elle plaidé.
Qu’ils soient techniques ou financiers, les multiples arguments présentés par les partisans de cette «opération en deux temps» n’auront pas convaincu. Organisé à bulletins secrets, le vote a finalement validé la demande de crédit global par 35 oui, contre 13 non.
«Pas les ressources»
«À une cinquantaine de personnes, nous venons d’autoriser le Comité de direction à dépenser un demi-milliard», a dit dans la foulée le Veveysan Clément Tolusso. «La moindre des choses serait de demander l’avis de la population.» L’élu souhaitait la tenue d’un référendum spontané. En clair, que les citoyens et citoyennes de la Riviera puissent voter sur cette enveloppe de 500 millions. Là encore, le plénum n’a pas suivi cette proposition.
Restait pour les perdants du soir la possibilité de lancer un référendum facultatif et de récolter des tonnes de signatures en un mois (entre 8’000 à 15’000, d’après les chiffres articulés). Les quelques-uns à qui nous avons posé la question n’y pensaient même pas. «Nous n’avons tout simplement pas les ressources.»
Vers 20h30, la séance était terminée. «Bon, ben voilà, on a dépensé 500 millions… Allez, bonne soirée!», a lancé un élu à son collègue en sortant de la salle. Une soirée historique, ou presque…
