Frelon asiatique : la chasse aux grands nids est ouverte

Localisé dans la zone de La Veyre, le nid était perché à 23 mètres dans les branches d’un marronnier (à gauche).  | R. Brousoz

Saint-Légier
Les apiculteurs poursuivent sans relâche leur guérilla contre l’espèce invasive. L’heure est à la destruction des impressionnants nids secondaires. Retour sur l’une de ces opérations.

Le crépuscule s’installe. Il est passé 20h et la petite équipe a déjà pris position au pied d’un grand marronnier. Là-haut, un drone fait vriller ses mini-hélices autour des branches. «Le premier objectif est de déterminer la hauteur à laquelle se trouve le nid», explique Daniel Lagger, aux commandes de l’engin téléguidé. Si l’escouade s’est donné rendez-vous ce 28 août dans le jardin d’une bâtisse perdue au milieu de la zone industrielle de La Veyre, c’est pour accomplir une mission délicate: détruire une colonie de frelons asiatiques. Un nid dit «secondaire», que ces hyménoptères bâtissent durant l’été une fois leur nid primaire devenu trop petit.

Comme les trois autres membres du commando, le Corsiéran est apiculteur. Et donc farouchement décidé à lutter contre cette espèce invasive qui dévore et terrorise les pollinisateurs indigènes. «J’ai eu des attaques sur mes ruches, déplore-t-il, les yeux toujours rivés sur l’écran de sa télécommande. Voilà, regardez, le nid est perché à 23 mètres.» La caméra du drone est braquée sur une grande boule de papier grisâtre haute d’environ 60 cm: la cible de la soirée. 

«Il y a trois jours, une personne l’a aperçu depuis l’autoroute et l’a signalé sur la plateforme frelonasiatique.ch», explique Amélie Héritier, coordinatrice de la lutte pour la Commune de Blonay-Saint-Légier. À bonne distance de l’arbre, l’apicultrice informe et rassure les habitants de la maison, surpris d’apprendre ce qui se cachait à 40 mètres de leurs fenêtres. «Dans un nid secondaire comme celui-ci, il y a entre 3’000 et 4’000 individus, dont environ 400 futures reines. On agit maintenant, car les frelons rentrent une fois la nuit tombée.» 

Percé et aussitôt gazé

Vers 20h20, le dispositif d’attaque est prêt. Les lampes torches sont braquées sur la colonie d’insectes. En vol stationnaire, le drone scrute toujours la scène. Au pied du marronnier, les apiculteurs manœuvrent une longue perche télescopique munie d’une pointe à son extrémité, positionnée juste en dessous du nid. «Il s’agira de le percer et d’injecter du dioxyde de soufre», commente Amélie Hériter. Amené par un tuyau depuis la base de la perche, le gaz toxique mettra cinq à dix minutes pour neutraliser les occupants. 

«Et voilà, on a envoyé le gaz!», crie soudain une voix dans la nuit. Quelques minutes plus tard, deuxième phase: la pointe de la perche est utilisée pour détruire le nid, qui tombe aussitôt en dizaines de morceaux sur la pelouse. Équipée de lampes frontales, de masques et de gants, l’escouade s’active pour ramasser les débris de papiers alvéolés, les larves et les frelons éparpillés sur l’herbe, avant de les mettre dans un sac poubelle. «On va les congeler plusieurs jours pour être sûrs que les individus moribonds ne survivent pas.» 

Que le début de la lutte

Les apiculteurs – dont l’intervention est défrayée par la Commune – rangent leur matériel. «Ce nid était bien visible et pile à l’aplomb: on peut dire que c’était un cas facile», soulignent-ils, conscients que c’est le début d’une longue série qui se poursuivra jusqu’à la fin de l’automne. Au total, en 2025, 64 nids de frelons asiatiques ont été détruits par les apiculteurs dans les districts de la Riviera-Pays-d’Enhaut et du Chablais. «Et cette année, on a six fois plus d’annonces que l’an dernier!»

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