Gilles, chantre du Pays de Vaud et bourgeois d’honneur de Montreux

Le chansonnier Gilles dans toute sa splendeur.  |© Archives communales de Montreux

Histoire
Il y a 50 ans, sa ville natale portait le chansonnier et poète, né Jean Villard, à sa plus haute distinction.

En 1975, les autorités montreusiennes envisagent de porter à la bourgeoisie d’honneur – distinction très parcimonieusement accordée, encore de nos jours – Jean Villard et Alfred Vogelsang. Le premier est plus connu sous son pseudo Gilles, poète et chansonnier célèbre, et dans le cœur de tous les Vaudois. Le second fut le premier syndic de la nouvelle Commune, née en 1961 de la fusion entre Montreux, Châtelard et Les Planches.

«J’étais président de la commission chargée de rapporter au Conseil communal. Les Radicaux me demandaient alors de pousser dans mon rapport la candidature de Vogelsang, l’un des leurs», se remémore Roger Bornand, membre alors du parti libéral et qui fut aussi président de l’organe délibérant. «La vieille garde avançait que l’ancien syndic avait fait énormément pour la Ville en termes de gestion, alors que Gilles n’apportait finalement que sa notoriété.»

Le célèbre publicitaire et encore aujourd’hui principal contributeur du site mymontreux.ch rappelle et arrive à convaincre que les deux candidats étaient «aussi importants l’un que l’autre». Et finalement, c’est le tandem que le Conseil communal plébiscite au soir du 2 juillet 1975, lors d’une séance que le journaliste de l’Est vaudois qualifie par ailleurs dans le chapeau de son article de «touffue».

L’intronisation officielle et le banquet se déroulent au Château du Châtelard le 26 novembre. Le grand poète remercie sa Ville par un long discours rédigé en alexandrins, sa marque de fabrique. À noter que Gilles était déjà bourgeois d’honneur de Daillens, commune d’origine de sa famille, et de Saint-Saphorin, où il résidait.

Reconnu par Brassens et Brel

On ne se le figure peut-être plus à la hauteur de son immense talent de poète, chansonnier, découvreur de talents, homme de théâtre à la carrière internationale, mais Villard-Gilles fut l’un des plus grands artistes suisses du 20e siècle et le chantre du Pays de Vaud. Son hymne, «La Venoge», est bien connu de tous.

Les deux artistes majeurs de la Francophonie ont témoigné de son importance. «On peut dire que Gilles est un des ancêtres des auteurs-compositeurs d’aujourd’hui parce que c’est lui qui le premier a délibérément écrit de bonnes chansons», a dit Georges Brassens. «À Gilles, mon maître depuis toujours. Humblement. Sincèrement», a plaidé Jacques Brel. Il a aussi écrit le célébrissime «Les Trois Cloches» rendu populaire mondialement par Edith Piaf.

Enfant de Vernex

Jean Villard est né dans le quartier de Vernex le 2 juin 1895, de ce qui est aujourd’hui l’avenue de la Gare 24. Une plaque en atteste. C’est le benjamin des sept enfants de Louis Villard. Cet architecte réputé a contribué à façonner le visage touristique de la Perle de la Riviera.

Il est impossible d’être exhaustif quant au parcours artistique du Montreusien. Il a démarré en 1918 à Lausanne avec un rôle à la création de «L’Histoire du Soldat» de Ramuz, Stravinsky et Ansermet. Le jeune Vaudois monte à Paris et côtoie les Jouvet et Dullin. Il joue dans une pièce de Copeau le personnage de… Gilles, nom qui ne le quittera plus.

Son premier duo célébrissime avec Julien lance sa carrière en 1932. On leur doit notamment la célèbre chanson «Dollar». De retour en Suisse à cause de la guerre, Gilles rencontre Edith Burger. Ils fondent le cabaret lausannois «Le coup de soleil». De retour à Paris, Gilles forme un duo avec le Veveysan Albert Urfer. Les succès s’enchaînent pendant une décennie avant un retour définitif en terres vaudoises, précisément à Saint-Saphorin.

Grâce à ses disques, son activité de cabaretier, la radio et le théâtre, Gilles a fait des tournées dans toute l’Europe avant de quitter la scène en 1976. Un film a alors été tourné sur sa vie et sa carrière. Outre ses trois bourgeoisies d’honneur, le Vaudois a été couronné par nombre de distinctions dont celle de chevalier de la Légion d’honneur. Des Communes du canton de Vaud ont honoré sa mémoire par des plaques, des parcs et une rue.

L’artiste meurt le 26 mars 1982 à l’âge de 86 ans au Samaritain à Vevey. Le grand homme repose à Saint-Saphorin.

Sources: journaux vaudois de l’époque, Wikipédia et fondationgilles.org

Montreux en compte sept

«La bourgeoisie d’honneur de la Commune de Montreux honore ceux qui lui ont rendu d’exceptionnels services, l’ont fait connaître en Suisse et dans le monde», peut-on lire sur le site Internet de la Perle de la Riviera. Avant la fusion des communes du Châtelard et des Planches, Montreux comptait un bourgeois: le Dr. Benjamin Buenzod. Depuis la fusion, plusieurs autres personnalités ont été honorées: Jean-Jacques Cevey, syndic, député et président du Conseil national, Otto Held, compositeur et musicien, Edmond Jaquet, syndic, député et conseiller d’État, et Claude Nobs, fondateur du Montreux Jazz Festival.

L’autre bourgeois du jour

Ce 26 novembre 1975, Gilles n’accède donc pas seul à la bourgeoisie d’honneur. Alfred Vogelsang, né en 1905, est aussi promu. Élu radical, il forme avec Édouard Jaccoud, Francis Paroz, Henri Chollet, Jean-Jacques Cevey, Georges Fuhrer et Jean-David Cochard la première Municipalité de Montreux fusionnée en 1961. Il recueille le plus de voix en 1962 et est donc logiquement nommé syndic. Acteur important de la fusion, il est déjà syndic du Châtelard depuis 1946. Alfred Vogelsang a mené à bien l’assainissement financier de sa Commune, préalable indispensable à la fusion. Il est également député au Grand Conseil depuis 1945 et accède au perchoir en 1964, année de l’Exposition nationale. Alfred Vogelsang sera syndic jusqu’en 1969. Il s’éteint en 1997.

Source: Archives communales de Montreux

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