Honorer l’histoire de famille à Rathvel
Il aurait eu 80 ans le 7 février. Alexis Tâche nous a quittés en 2018, mais la station de ski qu’il a créée à la sueur de son front continue de faire le bonheur des familles de la région après 50 saisons exactement. Alors ce samedi 31 janvier, on a décidé de lui rendre hommage à la Cabane du Petit Oiseau, plantée au pied des pistes.
Un moment symboliquement fort pour la famille, qui s’est investie toute entière et au fil des générations dans ce projet un peu fou. «C’est énormément de souvenirs, témoigne Laurence, l’une de ses filles, qui a repris le Petit Oiseau en 2021. Nous avons appris à skier ici, petites nous y avons passé nos hivers.» L’émotion est également palpable dans la voix de sa mère Noëlle, épouse d’Alexis. «Rathvel, c’est un point central autour duquel gravitent la famille et nos amis.»
Un inventeur «fou»
L’aventure commence en 1975, quand a ouvert le premier téléski à Rathvel. Une initiative personnelle d’Alexis Tâche, qui était allé à la Forclaz pour démonter un vieux «skilift» et en récupérer les pylônes. «Quand il l’a vu revenir, son père lui a dit <t’es complètement fou>, se souvient Noëlle en souriant. Il avait toujours besoin d’inventer quelque chose, il ne tenait pas en place. Il était un mécanicien de précision très doué.»
Alexis a ainsi fabriqué lui-même une dameuse pour l’entretien des pistes, et plus tard un petit train qui divertira les clients lors des ouvertures estivales à partir de 1993. En quelques années à peine, Rathvel est devenue une institution. Alexis a démissionné de l’atelier qui l’employait et l’exploitation des remontées est devenue son activité principale.
Mais rien n’est possible seul. Il a heureusement pu compter sur l’aide de ses deux frères et de quelques amis. Et, surtout, sur celle de sa femme, qui a tenu la buvette de la Cabane du Petit Oiseau dès son ouverture en 1976. Au départ, cette dernière n’était qu’une simple cabane de chantier, qui a été retapée et chauffée au bois. Elle a été agrandie au fil des années, jusqu’au restaurant que l’on connaît aujourd’hui.
Une histoire de famille
Quand Alexis a construit des chambres au-dessus du restaurant, le couple et leurs quatre filles ont commencé à y passer leurs hivers. «Nous avions un énorme terrain de jeu à notre disposition, c’était la liberté. Nous avons eu énormément de chance de grandir ici», sourit Laurence. Dès l’adolescence, les quatre sœurs ont aidé leur mère au restaurant. Et puis, c’est au tour des beaux-fils de s’impliquer. En 2013, l’un d’entre eux a même repris la gestion des remontées mécaniques. Un peu plus de dix ans plus tard, il passe le flambeau à Alexandre Roy, cette fois en dehors du cercle familial. «Il est jeune, c’est très positif pour la suite. Et son implication montre que l’attachement à Rathvel dépasse notre famille», commente Laurence.
Des temps plus difficiles
En 2021, Laurence succède à sa sœur pour reprendre la gestion de la cabane, gérée par leurs parents jusqu’à l’hiver 2016-2017. Les petits-enfants d’Alexis et Noëlle ont à leur tour créé des souvenirs autour des pistes et donné des coups de main au Petit Oiseau. Aujourd’hui, ce sont les arrière-petits-enfants qui apprennent à skier à Rathvel. «Ça me tient à cœur que ça reste dans la famille. Je vais essayer de tenir le plus longtemps possible à la tête de la cabane», confie Laurence.
Mais tout n’est pas rose et les temps sont durs avec une neige qui se fait rare. Laurence estime son chiffre d’affaires moyen de 30% inférieur à celui de ses parents. «Ce n’est pas un travail facile, je ne forcerai jamais mes enfants à reprendre le flambeau. J’espère simplement que nous trouverons quelqu’un de réellement motivé à continuer à faire vivre cet endroit, qu’il soit de la famille ou non.» D’ici-là, rendez-vous ce samedi 7 février à 18h30 pour honorer la mémoire d’Alexis, à l’occasion d’une soirée qui fera également office de souper de soutien.




