Il fait grenouiller l’info locale

Actuel tenancier de La Fleur de Lys à Porsel, Gilles Martin publie chaque jeudi «Spatz La Veveyse», une newsletter gratuite et ultra locale.  | DR

Porsel
Ancien journaliste reconverti en restaurateur, Gilles Martin relaie l’info locale grâce à «Spatz», un courrier numérique et participatif.

Gilles Martin veille sur la vie locale depuis son restaurant La Fleur de Lys à Porsel, tout comme derrière son ordinateur, où il alimente la newsletter «Spatz La Veveyse». Fin observateur du territoire, le quinquagénaire a longtemps travaillé dans la presse suisse romande avant de se reconvertir.

«J’avais pris un mois sabbatique pour obtenir mon certificat cantonal de restaurateur en 2019», raconte l’ancien chef d’édition vaudois, alors animé par l’envie d’entamer un nouveau chapitre. La pandémie survient peu après et retarde son projet de reconversion. C’est au printemps 2021 qu’il voit que l’auberge veveysanne est à reprendre. Cette fois, c’est le bon moment et en octobre de la même année, il reprend le restaurant aux côtés de sa fille Garance et de son beau-fils Nicola Pache, tous les deux cuisiniers.

«On dit que le journalisme mène à tout. Pour ma part, il m’a surtout appris la diplomatie. Il faut savoir discuter avec les gens», confie Gilles Martin. S’il savoure désormais la bonne cuisine et les plaisirs de la table, son goût de l’écriture reste intact. Le restaurant collabore avec la revue «Passé simple», mensuel d’histoire et d’archéologie, où il propose chaque mois une recette historique qu’il concocte ensuite pour ses clients.

Rédaction couplée à l’intelligence artificielle

Outre sa passion pour l’histoire, l’actualité continue de le captiver plus qu’il ne l’aurait cru. C’est en avril 2025, alors que l’hebdomadaire local «Le Messager» annonce sa fin, qu’il découvre le projet «Spatz» (ndlr: «moineau» en français), qui combine intelligence artificielle et édition humaine (voir encadré). Le restaurateur propose alors la Veveyse comme zone de couverture et se porte volontaire comme responsable de publication. La newsletter est lancée à la fin du mois d’août.

«Cela faisait quatre ans que je n’avais pas pratiqué le journalisme et je n’avais jamais travaillé avec l’intelligence artificielle», confie Gilles Martin. Les réflexes du métier reviennent vite, et le passage des habitants de la Veveyse à La Fleur de Lys lui offre un regard direct sur la vie du territoire. Installé à Châtel-Saint-Denis, il constate aussi des contrastes notables dans le district. «Dans la newsletter, je veille à équilibrer leur représentation sur tout le territoire», explique-t-il. Envoyée tous les jeudis après-midi, l’infolettre contient entre 10 et 15 entrées par semaine, allant de l’actualité politique aux fêtes de villages, jusqu’aux sorties pour les familles. «Les textes vont de 500 à 1’000 signes. Une partie est générée par l’IA, mais j’en écris beaucoup moi-même. L’IA ajoute toujours des petites phrases de clôture insupportables, que je supprime», souligne l’éditeur.

L’idée n’est pas de concurrencer les médias existants. «Spatz La Veveyse» ne publie pas de reportages ou d’enquêtes, mais constitue un espace participatif, où chacun peut mettre en avant une activité ou donner son avis à travers un courrier des lecteurs.

À ce jour, 1’200 personnes sont abonnées à sa diffusion par e-mail et plus de 400 sur la messagerie WhatsApp. «J’aimerais qu’il y ait plus de contributions de la part de la communauté, mais on me répond que je fais trop bien mon travail», partage Gilles Martin en souriant.

Pour s’abonner à «Spatz La Veveyse»: www.spatz.news/la-veveyse

Une revue de presse 100% locale

«Spatz» part d’un constat simple: faute de moyens, l’actualité des petites communes disparaît des médias traditionnels, tandis que les médias villageois peinent, eux aussi, à se financer durablement. Pour combler ce vide médiatique, le projet, né à Saint-Gall, s’appuie sur l’intelligence artificielle, qui repère les nouveautés publiées sur les sites des Communes, des partis politiques, des associations, et des entreprises, préalablement fournies au système. Ces informations alimentent un fil d’actualités qu’un éditeur sélectionne, vérifie et réécrit. Il peut également rédiger de courts articles originaux, en y apportant sa vision et son expertise, afin de renforcer l’ancrage local de la publication. Chaque semaine, elles sont publiées sous forme de newsletter, avec un agenda et un courrier des lecteurs, et peuvent être reçues gratuitement par e-mail ou WhatsApp. Déjà bien implanté en Suisse alémanique, le concept se déploie en Suisse romande avec trois éditions: outre La Veveyse, il couvre Moudon-Lucens et les Alpes vaudoises, ainsi que plusieurs communes genevoises.