
Le créateur de contenu montreusien Jonathan Scyboz et sa copine Daniella Zarza Tapia s’envolent à la fin de l’été pour la Suède. | L. Menétrey
«On n’y croyait pas», s’exclame le couple valdo-genevois. Quelques jours après l’annonce, Jonathan Scyboz et Daniella Zarza Tapia affichent encore un sourire incrédule au port de Clarens. Âgés de 28 ans, ils sont les heureux gagnants d’un concours de l’Office de tourisme suédois, Visit Sweden, qui mettait la garde de cinq îles en jeu.
Tout est parti d’une publication relayée par la RTS. «Ma mère est fan de concours, elle adore y participer. Elle m’a envoyé l’annonce parce qu’il fallait réaliser une vidéo de candidature. Alors on s’est lancés sur un coup de tête», raconte le Montreusien. Deux mois plus tard, le concours leur était presque sorti de l’esprit. Et pourtant, le duo a bel et bien été sélectionné parmi les 2’000 candidatures issues d’une centaine de pays. «On est les seuls à avoir remporté une île située sur un lac. On est chanceux, il y a plus de poissons et moins de vagues qu’en mer», glisse Daniella. Les lauréats bénéficient d’un droit d’usage des lieux durant une année (voir encadré), mais doivent laisser le site en libre accès. Tjuvholmen est entièrement sauvage. Ni route, ni habitation, seulement des arbres, des rochers et l’eau à perte de vue. Ils devront donc camper. Aucun gain financier n’est prévu, hormis les billets d’avion. «On essaie d’ailleurs de les convaincre d’avoir plutôt des billets de train.»
Jonathan et Daniella, surnommés Jo et Dani, sont les seuls francophones retenus. Leurs compétences en vidéo, leur humour, ainsi que leurs idées de projets pour l’île ont séduit le jury. «On n’est pas propriétaires, mais gardiens. On ne peut rien construire, juste la protéger et promouvoir la beauté des paysages suédois sur les réseaux sociaux», précise l’ancien tennisman semi-professionnel devenu créateur de contenu. Après un déclic survenu durant la pandémie, Jonathan se lance sur les réseaux sociaux, où il explore les santés alternatives, mais toujours avec légèreté et humour. Son pseudonyme, Jolatruite, est un clin d’œil à ses sorties pêche avec son père.
«L’île aux voleurs»
Alors quoi de mieux que de les rencontrer sur la seule île naturelle du Léman? Ce matin-là, le duo est accompagné du père de Jonathan, Yves, et de son bateau Aquar’elle, un voilier de 1982. À la barre, Yves Scyboz largue les amarres et quitte le port de Clarens. Mais le ciel est chargé. «Il faudra rentrer avant midi, la météo va tourner», prévient-il. «Papa, je crois que la Suède n’est pas dans cette direction», lance avec humour Jonathan.
Dans la cabine, Daniella indique leur nouvelle île sur la carte. «On a calculé la superficie, elle est d’environ 5’000 m².» Sur le pont avant, Jonathan et Daniella, jumelles en main, observent la destination qui approche. «Heureusement, la nôtre sera un peu plus grande», sourit le Vaudois.
À quelques mètres de l’île de Peilz – propriété partagée entre la commune de Villeneuve et Noville – le bateau s’immobilise. Les deux aventuriers grimpent dans le kayak. «Tjuvholmen signifie l’île aux voleurs, en français. Selon une légende locale, après les guerres du début du XIXe siècle, des bandes de voleurs ou d’anciens soldats se seraient réfugiées sur l’îlot et y auraient caché le butin dérobé aux habitants des environs. C’est cette histoire qui aurait donné son nom à l’île», expliquent-ils, avant de rejoindre le rivage à la pagaie.
Un, deux. Un, deux. Les coups de pagaies s’enchaînent. «Il faut qu’on s’entraîne et qu’on apprenne à être coordonnés», sourit Daniella. Si la rive se rapproche, les rivages de Tjuvholmen, elles, sont encore à des milliers de kilomètres. Mais le départ n’est pas immédiat. Les futurs insulaires prévoient de s’y rendre pour la première fois à la fin de l’été, pour un repérage. Le duo valdo-genevois n’a aucune obligation d’y séjourner en permanence. Ils prévoient donc de faire quelques allers-retours.
Stage de survie, festival et retraite de yoga
Il faut dire que la surprise tombe à point nommé pour le binôme, tous deux à leur compte. Pour Daniella, c’est une parenthèse nécessaire. Après des études de médecine et de l’assistanat en hôpital «éprouvant», elle s’épuise. Atteinte d’une maladie auto-immune rare, elle s’est donné une année pour réussir en tant qu’indépendante. Passionnée de puzzles depuis son enfance, elle lance cet été sa propre marque et défend les bienfaits sur le cerveau et le système nerveux.
Les idées de projets sur l’île ne manquent pas. Daniella imagine une retraite de yoga. Jonathan, un stage de survie. «Je me réjouis d’apprendre à faire des abris, pêcher, cueillir des plantes comestibles et de me confronter à la solitude.» Tous deux se retrouvent autour d’une même intention: se déconnecter et ralentir. «Même avant ce concours, ce que l’on souhaite partager, c’est cette reconnexion à la nature, à soi et cette invitation à prendre le temps. Cette île s’inscrit totalement dans cette démarche», confie Daniella Zarza Tapia. Malgré leur optimisme naturel, ils évoquent aussi quelques appréhensions. «Je me réjouis surtout des rencontres, de la déconnexion… et de manger des boulettes, mais j’appréhende le froid. Ça sera l’occasion de se réconcilier avec», confie Daniella.
Quelques minutes plus tard, ils posent le pied sur l’île de Peilz. Un immense platane surplombe l’îlot, quelques sureaux et une carcasse d’oiseau déplumée. Le tour est vite fait. Le ciel s’assombrit, il est temps de rentrer au port. À la barre, le père de Jonathan s’affaire, le regard vers l’horizon. Aventurier dans l’âme, il se réjouit déjà de rendre visite à son fils à Tjuvholmen, à qui il a donné le goût du voyage. «L’école, ce n’était pas mon truc. Je suis parti à 19 ans faire le tour du monde en sac à dos», se remémore Yves. Tel père, tel fils. Au loin, l’île s’efface déjà, tandis qu’une autre commence à se dessiner.

Située à 180 km au sud-ouest de Stockholm, au milieu du lac Vänern – le plus grand de Suède – Tjuvholmen est entièrement sauvage. Elle fait partie des quelque 260’000 îles que compte la Suède, le pays qui en possède le plus au monde. Ce concours est l’occasion pour la nation de valoriser ses patrimoines naturels.
