Images s’enracine dans le terreau local

Claudia Ndebele est partie à la découverte de son pays d’origine, la République démocratique du Congo, afin d’interroger son héritage culturel.  | C. Ndebele

Festival dans e festival
Parmi la cinquantaine d’installations de la Biennale, plusieurs expositions mettent en lumière des artistes et des collectifs de Vevey. Focus sur trois projets.

Retracer l’héritage de la diaspora: Claudia Ndebele explore ses liens familiaux, à la croisée de la Riviera et de la République démocratique du Congo. Son exposition, Un espace entre-deux: cartographie d’un retour, se situe justement à quelques pas de l’arrêt de bus «Entre-Deux-Villes», au bar-scène Le Bout du Monde. Tout un symbole pour cette photographe boélande. «Quand j’étais enfant, le pays de mes parents, la République démocratique du Congo, représentait justement le bout du monde!»

Avant son premier voyage en 2022, l’artiste de 37 ans  connaît principalement la République démocratique du Congo à travers les récits familiaux et les représentations médiatiques. Ce déplacement ouvre une recherche autour de l’histoire familiale, de la transmission et de son rapport à un territoire jusqu’alors largement hérité. Une quête pour comprendre l’histoire de ce territoire et retisser ses liens familiaux. Née en Suisse, Claude Ndebele reçoit une éducation «à la congolaise» dans une société occidentale, générant son lot de frictions. «Durant les récréations, j’avais honte de sortir les beignets faits par ma mère, alors que tous les autres avaient des pains au chocolat», se remémore-t-elle.

Une voix pour la diaspora

Sur l’un des murs du foyer du bar, une scène de retrouvailles capture une joie collective. «C’était le premier retour de ma maman après 25 ans», détaille la photographe. 

Le public peut ainsi traverser diverses strates de vie, jusqu’à découvrir la carte d’identité de l’artiste dans une installation audiovisuelle. «Ce document administratif est absurde, car il résume une vie de manière complètement tronquée. Il est d’ailleurs inscrit que je viens du Zaïre, une appellation révolue.»

À partir d’un parcours personnel, ce projet retrace le destin de nombreuses familles issues de la migration, dont l’héritage culturel se situe entre deux territoires. «En tant qu’afrodescendante, je ne me suis jamais sentie tout à fait d’ici, ni tout à fait de là-bas», précise-t-elle. Ce projet est ainsi une manière de «créer sa propre histoire et de relier les fragments d’une histoire familiale». 

La série photographique explore ainsi l’héritage culturel et ses implications identitaires. «Comme femme noire, je me suis longtemps sentie isolée, sans avoir de possibilité de partager mon vécu. Cette exposition tente de créer du lien et d’ouvrir un espace où des expériences diasporiques peuvent être partagées.»

Le vernissage aura lieu le 10 sept. à 18h30 au Bout du Monde (rue d’Italie 24).

Un « foyer de glace » au milieu des tringles

À partir d’un cliché pris dans la grotte du glacier du Rhône lors d’une visite en famille dans les années 1990, le journaliste et poète Thierry Raboud, établi à Corseaux, interroge la mémoire collective et l’effacement du paysage soumis au bouleversement climatique. Mêlant archives, images vernaculaires et témoignages, «Foyer de glace» réfléchit à la conservation de la nature et la mémoire familiale à travers la photographie, tout en questionnant l’héritage laissé aux générations futures.

Cette exposition est à découvrir au concept-store 921 (rue du Lac 47, Vevey) jusqu’au 27 septembre.

Arroser les fleurs de la mémoire

Autre lieu, autre regard sur les liens familiaux: Francesco Pennacchio, lauréat 2026 de l’Enquête photographique vaudoise, égraine herbiers et archives familiales au sein du Bachibouzouk, à l’instar d’un jardin du souvenir où le public peut librement déambuler. Un contraste saisissant entre la présence et l’absence. Car la perte est au cœur de la démarche mémorielle du photographe italo-suisse, ayant perdu sa mère alors qu’il avait deux ans. «Ce projet est une manière de compléter le portrait de ma mère. J’avais envie de découvrir ses autres facettes, loin de l’image sanctifiée.» Avec «Unlike Flowers», le médiateur culturel du Musée suisse de l’appareil photographique, 37 ans, reconstitue un album familial, afin de trouver sa place dans la constellation familiale. De sa mère, le physicien de formation n’en garde aucun souvenir, si ce n’est dans les albums de famille. Durant ses études supérieures, il s’empare d’un appareil photo. Un geste décisif, qui le lance sur les traces de sa mère, immortalisée notamment lors de vacances familiales. Il superpose ainsi des archives avec des autoportraits, une façon de trouver un point de rencontre et de «vivre des souvenirs» qu’il n’a pas vécus. Comme une thérapie, les photographies de Francesco Pennacchio ourlent la déchirure provoquée par l’absence.

«Unlike Flowers» est à découvrir au Bachibouzouk (rue des Jardins 12), et la publication sera présente lors de la 5e édition de la Booklette, ce dimanche 13 septembre (parvis de la Grenette).