
Durant les trois semaines de la Biennale, Cedric Zellweger sera en résidence au Musée suisse de l’appareil photographique pour y composer l’un de ses tableaux photographiques en direct, devant le public. | C. Zellweger
Imaginez des boîtes métalliques, de celles qui renferment des trésors. Parmi les petites pépites sélectionnées avec soin, on y trouve une photographie aux couleurs passées, une mèche de cheveux ou encore un bijou. Bien entretenue, cette capsule temporelle peut être transmise de génération en génération, permettant de partager l’histoire familiale de manière tangible et personnelle.
À la sauce Images Vevey, la démesure transforme les souvenirs et autres objets mémoriels. Place à des portraits de réfrigérateurs, à des courses de cochons et à la capture du temps qui passe. Traiter la famille et son héritage par la bande, c’est justement le focus du rendez-vous photographique veveysan.
Cette année, le festival veut célébrer la photographie avec «toutes les personnes ayant permis son envol et ce succès». La Biennale célèbre sa 10e édition en s’inspirant délibérément de la chanson de Sister Sledge (ndlr: un groupe de quatre sœurs américaines formé à Philadelphie en 1971) pour son thème festif et rassembleur, «We are family!»
L’anecdote veut que ce tube intergénérationnel ait rejoint la liste des titres du prestigieux Grammy Hall of Fame en 2008, année même de la création de la Biennale Images Vevey. Des anecdotes, le directeur de la Biennale en a plein la tête. Comme la pose d’une photographie de minaret par l’artiste JR, l’année suivant l’initiative populaire fédérale, par exemple.
Après 18 ans d’existence, le directeur Stefano Stoll jette un regard à la fois tendre et soucieux sur son rejeton, à l’instar d’un parent qui regarde son enfant grandir.
En plus de vouloir célébrer la grande famille Images Vevey, les projets photographiques se pencheront sur cette notion intime, fil rouge de cette 10e édition. Une manière de faire passer un message?
– Absolument. Dans un contexte de plus en plus polarisé, la thématique de la Biennale souhaite faire transparaître des valeurs collectives. Quoi de mieux que la famille pour y apprendre le vivre-ensemble, envers et contre tout.
Loin de se focaliser sur la famille nucléaire, la cinquantaine d’artistes explore cette notion dans un sens plus large. Est-ce un indice révélateur d’un changement sociétal?
– Si la famille demeure l’un des premiers espaces de construction de soi, elle ne se limite plus à la parenté biologique. Familles recomposées, monoparentales ou choisies, communautés ou cercles politiques: autant de liens nous unissent et dessinent les contours de familles multiples. Alors que les sociétés contemporaines sont traversées par des tensions politiques, sociales et identitaires, les modèles familiaux se diversifient et les formes d’appartenance se multiplient.
Avec une cinquantaine de propositions artistiques cette année, un tiers de votre programmation est constitué d’artistes ayant déjà participé à une installation à Vevey. Pourquoi ce choix?
– Une 10e édition, c’est l’occasion de célébrer celles et ceux qui ont permis à cet enfant de grandir. Nous avons fait revenir certains parrains et marraines cette année, à l’instar de JR, Erik Kessels Cristina De Middel ou Deanna Dikeman. D’une part car notre famille de festivaliers avait adoré leurs expositions respectives, mais aussi parce que ces figures ont participé à la reconnaissance et au développement de la Biennale.
Désormais reconnues à l’international, vos installations monumentales doivent pourtant se confronter à un problème de taille, la gentrification. Quel est l’impact de la transformation du tissu urbain sur votre rendez-vous?
– Notre seul vrai problème, c’est bien celui-ci! Car la Ville et les propriétaires ont parfois leurs propres priorités et agendas, qui ne sont pas toujours compatibles avec les nôtres.
Or, ces lieux vous permettent justement la pose sur mesure d’installations photographiques. Est-ce que cela touche à l’ADN de la Biennale?
– Images Vevey est, depuis le départ, instaurée comme une alternative aux musées et aux galeries. Nous sommes donc effectivement à la recherche de lieux à la mesure de notre démesure. Car l’innovation, l’expérience et la prise de risque font partie de notre identité, et notre public est aussi friand de découvrir des lieux insolites d’exposition.
Comment expliquez-vous que votre terrain d’expérimentation se rétrécisse?
– Il faut rappeler que les friches industrielles, comme le bâtiment de l’ex-EPA situé en face de l’Hôtel des Trois Couronnes, nous ont vraiment aidés à ancrer la manifestation dans la ville. Aujourd’hui, ces espaces sont rasés et remplacés par des lotissements. Notre problème est donc la disparition de lieux à caractère fort.
Ne pouvez-vous pas imaginer vous approprier davantage d’espaces extérieurs?
– Par rapport à une exposition au sein d’un bâtiment, les expositions en plein air ont un autre niveau de difficulté, à savoir l’imprévisibilité. Il y a bien plus d’aléas, et cela se répercute bien évidemment sur les coûts. Mais nous sommes bien sûr toujours à la recherche d’alternatives.
Vous n’avez d’ailleurs plus accès cette année à La Serrurerie ni au café des Mouettes. Quelle solution avez-vous trouvé?
– Nous avons eu une opportunité de collaboration incroyable: le jardin et le premier étage du Château de l’Aile seront ouverts au public durant les trois semaines de la Biennale!
Une manière de rassembler le patrimoine industriel et architectural de la ville.
– Nous sommes très heureux de cette collaboration, car cela permet aussi à Images Vevey de continuer à faire découvrir la ville à ses propres habitants, et de se l’approprier dans ses moindres recoins.
Plus d’infos:
Samedi 5 septembre, vernissage public à 17h30 au Théâtre de Verdure, Jardin du Rivage.

Pour sa 10e édition, la Biennale Images Vevey célèbre les 60 ans du Montreux Jazz Festival. L’installation sur la façade du siège de Nestlé présente le travail d’Anoush Abrar, portraitiste officiel du célèbre rendez-vous musical, qui immortalise les stars ayant marqué son histoire. À travers ces images iconiques, «The Elegance of Time» compose l’album de famille du Montreux Jazz Festival, «événement mythique inspirant la Biennale à la manière d’un grand frère». | A. Abrar
10 éditions en 18 ans d’existence, cela se traduit aussi par la venue de 503 artistes provenant de 55 pays et 513 installations photographiques inédites réalisées sur mesure pour la ville de Vevey. À ces réalisations s’ajoutent 41 livres publiés, 22 lauréats récompensés et 39 mentions attribuées dans le cadre des différents prix et programmes de soutien. Autant de chiffres qui témoignent de l’ampleur du travail accompli par Images Vevey pour produire et diffuser la photographie contemporaine à l’échelle internationale.
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