
Yann Lambiel se réinvente en testant une puce cérébrale révolutionnaire. | T. Masotti
«Tout ce qui se passe dans le cube reste dans le cube», fait promettre Yann Lambiel au public, avant de tester la puce révolutionnaire connectant son cerveau à une machine gérée par l’IA. On plonge alors, assis sur l’une des 178 chaises pivotantes et entouré d’écrans LED, dans ses albums photo, dans sa galerie de portraits hybrides débridés, dans ses fantasmes, dans ses doutes face à son accompagnatrice virtuelle, aussi habile à satisfaire ses cobayes qu’à les emberlificoter, et pas à l’abri de bugs… Au terme de la 108e session, l’humoriste se prête à l’interview après une petite pause, le temps de se changer, de ranger son ukulélé et de reprendre son souffle.
Yann Lambiel, comment allez-vous?
– Très bien, le public était particulièrement chaud ce soir. Je trouve cool aussi que ce spectacle réunisse des personnes de presque tous les âges. Dans cette salle, je suis tellement au milieu des gens que j’ai l’impression d’accueillir des amis chez moi tous les soirs, donc je ne m’ennuie jamais!
Pas tenté de vous faire remplacer par un hologramme?
– Ce serait un peu dommage dans mon métier… Il arrive qu’un soir ou l’autre je manque un peu d’énergie, mais dès que je retrouve le public et que je monte sur scène, ça revient.
Comment vous est venue l’idée de ce spectacle?
– Il y a d’abord eu le KUBUS, créé pendant le Covid par Plasma Communication, sans vraiment savoir ce qu’elle voulait en faire. Je le trouvais un peu petit, comme j’ai l’habitude de salles de 800 à 1’000 places. Puis je leur ai dit ok, mais je veux une tyrolienne, une coursive et des chaises qui tournent! Ensuite, j’ai écrit ce spectacle, en le pensant pour cet espace. Il m’a été inspiré par un sujet télé sur des électrodes captant les pensées, et par le fait que l’IA a envahi notre quotidien. L’écriture s’est faite avec Christophe Burgess, metteur en scène, et Guillaume Darbellay, réalisateur de toutes les images. Ils ont fait un travail incroyable!
Vous avez à cœur de toujours vous réinventer…
– Ça fait 25 ans que je fais ce métier, c’est mon onzième spectacle. C’est donc important de surprendre encore les gens. Par exemple, en faisant parler Brélaz à travers la bouche de Louis XIV. Et dans «Connecté», je me cache aussi moins derrière mes personnages.
À 51 ans, vous avez eu l’envie de parler davantage de vous?
– Je pense qu’après toutes ces années de spectacles, je peux me dévoiler un peu plus. Mais c’est marrant, les gens de ma génération me disent qu’en voyant mes photos, ils voient surtout les leurs, car en fait, on a tous un peu les mêmes.
Dans un intermède au ukulélé, vous reprenez des génériques de séries des années 80. Nostalgique?
– Non, je suis quelqu’un qui regarde en avant. J’ai des références musicales nostalgiques, mais pas dans le sens «c’était mieux autrefois», juste parce que j’aime ça. J’ai toujours été un peu décalé. Et ce qui me fait beaucoup rire, c’est par exemple que les gens hurlent «Capitaine Flam» et connaissent par cœur les paroles!
Entre vos chroniques radio sur LFM et six représentations par semaine, vous ne vous arrêtez jamais?
– J’ai de la peine à être contemplatif. Il m’arrive de l’être quand je suis en bateau sur le lac, ou dans ma petite caravane à Bourg-Saint-Pierre. C’est là d’ailleurs que j’ai écrit ce spectacle et c’était vachement bien. Si tu as une idée à 10h du soir, tu peux travailler jusqu’à 1h du matin sans souci, car tu es dans une espèce de bulle.
En contraste total avec l’univers que vous mettez en scène…
– Complètement. Mais je suis assez content du résultat, et tous les gens sortent avec la banane. Et pouvoir sauter, monter, descendre, m’envoler en tyrolienne et chanter au milieu du public, j’adore. Retourner sur une scène normale me fait presque un peu peur!
Comment allez-vous faire pour surprendre encore après «Connecté»?
– C’est la question que je me pose après chaque spectacle… Peut-être en faisant du stand-up avec juste une table et un verre d’eau? En tout cas, j’y réfléchis déjà. J’ai envie de continuer à surprendre sans décevoir, être original et durer les 20 prochaines années!
