« J’ai promis, pour autant que je puisse rester socialiste ! »

La conseillère fédérale jurassienne signe le Livre d’Or de la Confrérie du Guillon.  | Déclic_Photographies

Elisabeth Baume-Schneider
Ce printemps, le Jura était à l’honneur à la Confrérie du Guillon. La conseillère fédérale a ainsi été intronisée fin avril lors de l’un des ressats de la Rauracie. Elle nous raconte son expérience en terres vaudoises.

Vous êtes très sollicitée. Pourquoi avoir accepté l’invitation de la Confrérie du Guillon?

– Pour plusieurs raisons: tout d’abord, je connais bien l’un des conseillers, Nicolas Pétremand, qui est le préfet du Jura pour la confrérie. Je suis également proche d’Anne-Catherine Lyon qui préside la Fondation du Château de Chillon. Ensuite, je respecte profondément le travail de la vigne, car je viens d’une famille d’agriculteurs. Enfin, l’intronisation des premières conseillères était un joli clin d’œil, car le canton du Jura a été un pionnier en créant le premier bureau de l’égalité, en 1979. 

À quoi vous attendiez-vous en entrant au Château de Chillon?

– Je suis plutôt de nature confiante, à avoir envie de découvrir. Je pensais trouver une ambiance solennelle, et pleine d’émulation avec la présence de vignerons et vigneronnes, mais aussi de gourmands, curieux de rencontrer d’autres personnes. Et puis, je fais déjà partie d’une confrérie, celle du Gruyère. Elle valorise un fromage, mais aussi le travail des artisans qui sont des orfèvres, véritablement capables d’élaborer des produits de qualité reconnus au niveau international. J’ai aussi eu la chance de participer par le passé à une verticale (ndlr: dégustation de plusieurs millésimes d’un même vin), comme on dit, de vins blancs vaudois. Enfin, je me réjouissais de retourner au Château de Chillon, où je m’étais rendue plusieurs fois avec mes fils. Et puis, ma sœur habite Montreux. 

Comment avez-vous été accueillie?

– J’ai reçu un accueil théâtral, mais extrêmement bienveillant. Les codes vestimentaires sont assez rigoureux pour les participants. On ne se balade pas n’importe comment entre les tables. Il y a toute une chorégraphie qui confère à l’ensemble une dimension artistique, avec un côté mystique joyeux.

Quels ont été les grands moments de votre soirée?

– D’abord le fait de boire dans une coupe, dans laquelle tout le monde boira ensuite, en faisant une promesse: celle d’être bonne comme le vin qu’on nous propose. Cette intronisation était un moment très particulier, une sorte de reconnaissance réciproque. Le gouverneur de la confrérie reconnaît la qualité d’hôte d’honneur de celui ou celle qu’il intronise et le participant ou la participante reconnaît le travail de la vigne. Mais quand j’ai promis, j’ai aussi dit que je le faisais pour autant que je puisse rester socialiste! (rires) D’ailleurs les Gais compagnons, les chanteurs du Guillon, ont chanté pour moi une chanson d’un camarade, Michel Bühler, «On se retrouvera».
Et j’ai trouvé très fort l’accueil fait à la toute première conseillère du Guillon
intronisée, qui a été applaudie avec enthousiasme
et respect.
J’ai ressenti un réel
bonheur.

Vous n’avez pas été la seule Jurassienne à être intronisée…

– En effet, Vincent Vermeille, le président du Marché-Concours, a aussi eu cet honneur. Pour l’anecdote: il s’agit de mon beau-frère! Cela semblait improbable que cela nous arrive en même temps. Pouvoir corréler un moment d’amitié familiale avec un événement de vie publique, cela reste rare. Le monde est grand et petit à la fois. Nous pourrons désormais fanfaronner en famille avec nos sautoirs de Châtelain d’un soir et de Dame compagnon d’honneur! 

Que dire du repas, spécialement du lapin servi, vous qui en avez élevé quelques-uns?

– La brigade du Restaurant des Bains à Avenches a été vraiment remarquable. Chaque plat était un régal, et esthétiquement très abouti! Le lapin était incroyablement juteux, tendre, rosé. Je ne lui trouve aucun défaut à ce lapin, si ce n’est peut-être d’avoir été dans mon assiette plutôt que de gambader ailleurs. Pour le reste, c’était parfait. Et c’est un heureux hasard que le cuisinier soit installé à Avenches, car j’y ai passé toutes mes vacances en tant qu’enfant. Ma tante venait de cette ville et mon oncle y était facteur.

Quelle présentation de clavandier vous a le plus marquée?

– J’ai été émue par celle du clavandier faisant l’annonce du poisson, durant laquelle il s’est demandé d’où venait ce dernier, s’il était d’ici ou de l’étranger. Il a alors mentionné être lui-même fils d’immigrés et que cela semblait complètement fou qu’un enfant de la deuxième génération, qu’il représente, puisse devenir conseiller du Guillon, une confrérie peut-être parfois un peu conservatrice sur certains éléments. Il l’a dit avec beaucoup d’assertivité. 

Les conseillères de la confrérie sont conscientes qu’elles devront prouver leur légitimité dans un bastion masculin. Qu’en est-il à Berne, où la première conseillère fédérale a été élue il y a 40 ans?

– Je pense que les choses ont évolué. Mais le fait que l’on nous pose systématiquement la question signifie qu’il y a encore une différence. Les politiciennes entendent souvent: comment faites-vous avec vos enfants? Comment vous organisez-vous? Comme si la femme, plus que l’homme, devait impérativement faire un sacrifice ou choisir entre vie politique et vie familiale. C’est encore très présent, notamment chez les jeunes politiciennes. Le fait qu’on soit trois au Conseil fédéral montre aux jeunes femmes, et aux jeunes hommes, qu’on peut s’engager en politique tout en ayant des projets de vie, exigeants, mais aussi vivifiants et gratifiants. J’ai eu des enfants lorsque j’étais ministre. Je ne dois actuellement plus combattre pour ma place, toutefois je suis attentive à la relève. Il faut inciter les femmes à avoir suffisamment confiance en elles. 

Quel message avez-vous à transmettre aux mères, que l’on fêtera ce dimanche? 

– La Fête des mères, comme la Fête des pères, sont des fêtes qui marquent une réalité. Les jeunes mamans – et les parents en général – pourraient arrêter de se dire qu’ils sont obligés de tout réussir de manière incroyable. Il y a beaucoup de pression sur les jeunes parents, orientée sur la réussite. Être parents est passionnant et exigeant à la fois. Si on aime ses enfants, on
ne peut quasiment
que faire juste. 

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