
À l’heure des réseaux sociaux, il n’a jamais été aussi facile de montrer qu’on réussit, qu’on est drôle ou qu’on a le plus beau des chiens. Mais derrière ces photos, qui sommes-nous vraiment? En tournée depuis février, l’humoriste vaudois Yoann Provenzano explore, avec humour, l’identité derrière les apparences.
Yoann Provenzano, pourquoi avoir voulu creuser la notion de performance?
– Je suis parti écrire ce spectacle seul, à Gallipoli, dans les Pouilles. Ce temps d’isolement m’a poussé à réfléchir à ce que je fais, sur scène comme dans la vie. J’en suis arrivé à l’idée que je suis, en partie, le produit de ce besoin de performer en permanence. Cela fait plus de dix ans que je publie des vidéos et que je fais des blagues, et je me surprends de plus en plus à me comparer aux autres humoristes, à leurs chiffres sur les réseaux sociaux, à leur succès. J’en viens parfois à mesurer la qualité de mon travail à la manière dont il est reçu. C’est une réflexion sur moi, sur qui je suis et sur qui j’ai envie d’être. Est-ce que je joue un rôle, est-ce que je fais de la démagogie? Ce sont toutes ces pensées que j’avais envie d’explorer sur scène.
Est-ce paradoxal de devoir performer pour être soi-même?
– Je parle de cette quête, mais je ne peux la faire qu’à travers une performance, en tant qu’humoriste sur scène. Cela ajoute une couche de réflexion à l’exercice. Est-ce que je reste enfermé dans cette bulle d’humoriste qui pense et se met en scène en même temps? Il y a quelque chose d’assez méta là-dedans. Je trouve intéressant de ne pas forcément trancher, mais de laisser la question ouverte.
Quand vous dites que le spectacle est «plus bête qu’il n’en a l’air», cherchez-vous à désamorcer le côté philosophique?
– Oui, clairement. Sur ce spectacle, mais aussi sur d’autres projets, j’ai parfois tendance à trop intellectualiser les choses. Là, c’est une manière de dire simplement que c’est drôle, que c’est accessible, ce n’est pas un TED Talk sur le performatif. Le spectacle part aussi beaucoup d’expériences personnelles et de petits exemples du quotidien. C’est comme ça que je travaille, en partant du particulier pour aller vers quelque chose de plus général.
Pourquoi demander au public de se mettre sur son 31?
– Avec le dress code, on entre dans une logique de performatif, chacun n’ayant pas la même idée du «31». Cela crée aussi une certaine homogénéité, avec des robes de soirée, des costumes et beaucoup de paillettes. Les gens arrivent au spectacle avec le sentiment de participer à quelque chose, ils en parlent entre eux et cela crée une ambiance spéciale. Il y a bien sûr un côté com’ aussi, mais je trouve surtout ça très drôle à vivre.
www.culturailes.ch/yoann-provenzano/
«Performance», Yoann
Provenzano, vendredi 1er mai à 20h30, Univers@lle, Châtel-Saint-Denis.
Environ 1h10.
