«Je veux m’engager là où je peux apporter une plus-value»

Denis Froidevaux quittera sa fonction à l’État de Vaud fin avril. À son compte, il continuera de proposer ses services à quelques clients triés sur le volet.  | K. Di Matteo

Denis Froidevaux
Après plus de 20 ans au service de l’État de Vaud, «M. Crise» a dit stop à 64 ans. Il aspire à lever le pied et choisir ses mandats. Rencontre chez lui, au Mont-Pèlerin.

À cinq minutes de son nid d’Aigle du Mont-Pèlerin, Denis Froidevaux nous emmène au pied de trois chênes majestueux, avec vue panoramique sur le lac, loin du tumulte des affaires d’État, du vacarme de sa vie d’officier. Ici, le temps s’écoule au rythme de la sève descendante. «Ils ont plus de 150 ans chacun. Ils ont vu deux guerres mondiales et sont toujours là, solides, dominant les turpitudes de ce monde.»
Le lieu et la tirade disent sa volonté de faire un pas de retrait. À 64 ans, le chef du Service de la sécurité civile et militaire et de l’État-major cantonal de conduite (EMCC), qui en a officié 23 au service de neuf conseillers d’État et trois conseillers fédéraux, quittera ses fonctions au printemps.

Semi-retraite active
Ne lui parlez toutefois pas de retraite. Dès le mois de mai, avec quelques autres «vieilles canailles», l’ancien commandant de la police de Montreux fera profiter de son expérience quelques clients triés sur le volet. «En douceur, quelques semaines par année, cinq ou six ans maximum. Je veux travailler là où je peux apporter une plus-value, là où cela fait sens, de manière différente, sans être soumis aux contraintes d’un monde toujours plus technocratique et normé, où l’initiative personnelle et l’inventivité n’ont plus leur place.»
L’homme ne renonce jamais à ce franc-parler qui ne lui a pas valu que des amis. «Décider, conduire, c’est faire preuve de courage, c’est faire des choix, rétorque-t-il. Certains diront que je suis autoritaire, que j’ai un caractère difficile, d’autres que je suis inspirant. J’ai parfois commis des erreurs, mais j’ai toujours essayé d’être exemplaire. Oui, j’ai fait des fautes, j’ai pu blesser des personnes, et j’en suis désolé, mais j’ai toujours cherché à être correct, orienté sur la mission et la notion d’intérêt général.»

Les fiertés et les cicatrices
À l’heure du bilan, Denis Froidevaux compte davantage d’avancées que de points noirs. Dans la colonne des «plus», il place la création de l’EMCC et l’implantation d’une méthodologie de gestion de risque et de crise. Des crises, il en a conduit plusieurs, comme celle du Covid, ou des dispositifs sécuritaires complexes comme ceux de la Fête des Vignerons de 2019 ou des Jeux olympiques de la jeunesse en 2020.
Au cours de sa carrière, il fut régulièrement appelé en «pompier», notamment au Service automobile, au Service pénitentiaire ou à la Fondation Urgences Santé. Sa plus grande fierté reste la progression des équipes et tout le travail d’ensemble pour y parvenir. «La parité hommes-femmes est quasi atteinte, les profils de collaborateurs sont variés, les compétences sont bien supérieures à celles d’il y a 20 ans.»
La perte de deux collègues lors d’une intervention technique restera par contre une cicatrice indélébile. «Cela m’a anéanti.» La réforme avortée vers une police unique demeure aussi un échec. «C’est parti dans une direction totalement inverse à celle voulue par les autorités pour finir par devenir l’organisation la plus compliquée, la plus chère, le moins efficace qu’il est possible de concevoir!»
Denis Froidevaux a l’écorce épaisse. Une seconde nature pour ce bûcheron de formation. «C’était à Ollon. Une époque extraordinaire qui m’a forgé le caractère, appris la rudesse de la nature et la dangerosité du métier. Un point de départ.»
Entre les trois chênes qui l’inspirent tant, son regard le porte au loin, et même au-delà des Dents-du-Midi. «Je rêve d’un voyage initiatique en Italie accompagné de ma compagne, du nord au sud par l’ouest et en remontant par l’Adriatique. J’admire cette culture qui veut voir le positif dans le moindre truc, vivre la journée comme si c’était la dernière, être amoureux des petits bonheurs… Et que dire de leurs vins, de leur cuisine et de la beauté de leurs femmes? Dès que je le pourrai, je partirai.»

Bio express

1960 Naissance le 27 août au Noirmont, dans le Jura.

2001 Entre à la Police cantonale en qualité de chargé de missions spéciales.

2005 Devient chef de service et chef de l’État-major cantonal de conduite.

2007 Est désigné pour gérer différentes crises au sein de l’administration cantonale (Service des autos, Service pénitentiaire…).

2009 Reçoit le grade de brigadier avec le commandement de la brigade d’infanterie de montagne 10 et de la Patrouille des Glaciers.

2011 Élu président de la Société suisse des officiers.

2019-2020 Responsable de la sécurité de la Fête des Vignerons, puis des Jeux olympiques de la jeunesse de Lausanne.

2020 Pilote le dispositif cantonal lié au Covid.

2022 Désigné par le Conseil d’État comme liquidateur de la Fondation Urgences Santé.