« L’immersion dans un film est radicalement différente dans une salle »

La vocation fondatrice de La Lanterne Magique, à savoir éveiller l’esprit critique et artistique des enfants dans un monde saturé d’images, est d’une pertinence cruciale aujourd’hui.  | B. Visinand

7e art
C’est la «pire année» pour les finances des cinémas romands, avec des productions décevantes et une fréquentation en berne, selon Cinérive SA. Dans ce contexte morose, les clubs de cinéphiles se battent pour partager leur amour du grand écran. Une passion collective qui s’apprend dès le plus jeune âge.

Une immersion au cœur des hauts plateaux tibétains. Un dessin animé relatant le naufrage d’un homme sur une île déserte. Ou encore une expédition romanesque à bord d’un chalutier. Trois histoires, trois affiches cinématographiques. Du documentaire «La Panthère des neiges» (2021), en passant par «La Tortue Rouge» (2016) sans oublier de faire un crochet par le classique «Moby Dick» (1956), ces trois longs-métrages ont, a minima, deux éléments en commun. 

Dans chacun, le règne animal y détient un rôle prépondérant. Et ils sont par ailleurs tous les trois sélectionnés dans la nouvelle saison du Cercle d’études cinématographiques. Intitulée «Pas si bêtes!», la nouvelle programmation saisonnière de l’association cinéphile propose douze soirées thématiques à Lausanne et à Vevey. Un fil rouge qui se veut «à l’écart du bruit et de la fureur du monde».

«Cette année, nous levons un peu le pied, confirme son président Serge Molla. Nos membres nous ont demandé une sélection propice à s’aérer l’esprit. Nous respectons donc leurs souhaits, tout en proposant une programmation plurielle.» Islande, Mongolie, Argentine, Pologne: le dépaysement sera aussi au rendez-vous, avec des œuvres internationales.

Plaisir cinéphile collectif

Débutée il y a une soixantaine d’années à Lausanne, l’aventure du Cercle se poursuit avec le même ADN: le goût pour un cinéma différent, «qui ouvre des pistes de réflexion sur le monde». Avant chaque projection, les membres du comité proposent une présentation du film sur le point d’être visionné. «Le public est ensuite invité à réagir et partager son regard à l’issue de la diffusion, poursuit Serge Molla. À la fin de chaque saison, nos membres peuvent aussi donner leur avis sur la sélection filmique.»

Nouveauté cette année, les courts-métrages font leur apparition durant ces rencontres mensuelles. «Beaucoup de gens ne voient pas de court-métrage, alors qu’il y a des productions exceptionnelles. Nous évaluerons si la proposition a plu à l’issue de cette saison», avance le président.

Sur abonnement, l’adhésion à l’association se veut accessible au plus grand nombre. Et si la majorité des membres actifs sont des retraités, le Cercle cherche à engranger du sang neuf, afin de pérenniser ses activités et renouveler ses effectifs. «Pour douze soirées, l’abonnement de saison revient à 95 francs, soit moins de 8 francs la séance de cinéma!», rappelle Serge Molla. À noter la possibilité de s’abonner pour  une demi-saison (7 films, dès janvier) pour 60 francs.

Projections de la deuxième chance 

Mais le Cercle d’études cinématographiques n’est pas la seule structure de la région. Au bout du lac, l’un des plus anciens de Suisse romande – selon son président Florian Burion – est encore en activité. De l’Iran, à l’Afghanistan en passant par le Bhoutan, les longs-métrages à l’affiche de la 69e saison du ciné-club chablaisien donnent aussi le goût de l’évasion.

Avec douze projections durant la saison, son comité sélectionne des films au gré de ses envies. «Nous n’avons pas de thématiques, abonde Florian Burion. Entre sorties récentes et films d’auteurs, notre objectif est de donner une deuxième chance à des pépites méconnues ou qui sont passées inaperçues.»

Avec un rythme soutenu – un film toutes les deux semaines – le ciné-club chablaisien connaît une stabilité dans la fréquentation de ses différentes séances. «Comme bénévoles, il nous est difficile de faire beaucoup de promotion, mais nous y travaillons, notamment avec une présence sur les réseaux sociaux. Mais je dois dire que le renouvellement de nos membres s’effectue beaucoup grâce au bouche-à-oreille.»

À titre indicatif, le président nous indique qu’il y a plus d’une centaine de membres qui participent régulièrement aux projections. Un indice de «bonne vitalité» du club.

Maintenir les sorties en salles

Au cœur de cette association chablaisienne, il y a surtout la volonté de continuer à voir des films sur grand écran. «L’immersion dans un film est radicalement différente dans une salle, insiste le réalisateur aiglon. Notre but est de poursuivre notre collaboration avec les cinémas, car nous tirons tous à la même corde. Nous souhaitons que les gens continuent à s’y rendre!»

Les cotisations des membres du club de cinéphiles chablaisiens permettent, elles, de diffuser des films à moindres coûts. «Plus nous avons de membres, plus nous pouvons acheter les droits de diffusion à des prix attractifs», confirme le président de ce ciné-club. Pour un adulte, le tarif d’un abonnement saisonnier s’élève ainsi à 100 francs, et à 50 francs pour les jeunes de moins de 26 ans.

Outre l’aspect financier attractif, la force d’une association réside dans les liens tissés entre ses membres. «Nous montrons des films, mais nous organisons aussi des rencontres, des apéritifs et des brunchs, liste Florian Burion. Dans la mesure du possible, nous essayons de favoriser cette ambiance propice à la création de liens affectifs.»

Et pour les plus petits ?

Un autre ciné-club est également très prisé. Avec la problématique actuelle des écrans, la mission de La Lanterne Magique fait d’autant plus sens. «Le cinéma n’est pas un écran comme les autres, défend sa directrice artistique Cynthia Khattar. Dans une salle, les enfants restent concentrés sur le film, pendant près d’1h30 sans distraction, contrairement à ce qui pourrait être le cas à la maison. C’est une excellente manière d’exercer leur capacité d’attention!» Riche d’un catalogue d’environ 80 productions, ce ciné-club pour enfants fait découvrir des films à des jeunes générations de cinéphiles. Qu’il s’agisse de films du patrimoine ou de sorties récentes – avec cette année l’entrée de deux réalisations suisses: «Sauvages» et «Mary Anning» – sa programmation met en lumière toute la richesse et la diversité du cinéma. «Que ce soit des films d’auteurs exigeants ou des productions commerciales plus faciles d’accès, notre critère est de présenter des œuvres de qualité et qui soient adaptées au jeune public de 6 à 12 ans», précise Cynthia Khattar.

Plus d’infos: lanterne-magique.org La Lanterne Magique à Vevey: les mercredis à 13h30 au cinéma Rex. Les mercredis à 16h à Montreux au cinéma Hollywood. Prochaine séance le mercredi 19 novembre. La Lanterne Magique à Aigle: les mercredis à 13h30 au cinéma Cosmopolis 1 et à Monthey à 16h au cinéma Plaza. Prochaines séances 5 novembre et 10 décembre.

Photo: La Lanterne Magique invite tous les enfants de 6 à 12 ans à découvrir 9 films par année.  | B. Visinand

Florian Burion Président du ciné-club chablaisien

"Notre but est de poursuivre notre collaboration avec les cinémas, car nous tirons tous à la même corde”

Serge Molla Président du Cercle d’études cinématographiques

"Nos membres nous ont demandé une sélection propice à s’aérer l’esprit. Notre fil rouge se veut à l’écart du bruit et de la fureur du monde”