«La bonne musique, c’est celle qui vous fait du bien»

Alain Morisod, l’homme aux 20 millions albums vendus, se raconte à un mois de sa venue à Vevey.  | T. Masotti – Groupe Mutuel

Vevey
Depuis 50 ans, Alain Morisod draine un public fidèle et nombreux. Il se produira au Théâtre Le Reflet le 10 décembre avec son groupe Sweet People dans le cadre de sa tournée de Noël. Rencontre à Genève avec ce chantre de la musique populaire, aux 20 millions d’albums vendus.

Poignée de main chaleureuse, regard doux entre les paupières plissées, Alain Morisod nous accueille dans son «petit bureau en ville», comme il le nomme, à l’entresol d’un bel immeuble du début du XXe siècle face au Jet d’eau.

Vraie caverne aux trésors joliment agencée, avec une paroi tapissée des 49 disques d’or ayant ponctué sa carrière entre la Suisse, la France et le Québec notamment, et diverses collections: figurines en résine de Tintin, vaches, Tontons flingueurs… «C’est mon petit monde à moi», commente-t-il en nous invitant à prendre place sur le canapé de cuir noir, tandis qu’il opte pour son tabouret de piano.

Alain Morisod, comment allez-vous?

– Je vais très bien. Physiquement, le temps a passé bien sûr, j’ai été opéré du dos il y a trois ans et suis un peu fragile côté équilibre. Je suis en train de mettre la pédale douce, mais j’ai envie de continuer à faire des choses qui me plaisent!

Vous avez dit plusieurs fois: c’est ma dernière tournée… Pourtant, vous revoilà!

– Les tournées d’adieu, c’est un peu l’apanage des vieux artistes! Celle des Compagnons de la chanson a duré douze ans. Je n’en suis pas là, mais il est vrai qu’à chaque fois je pense que ce sera la dernière, sans trop y croire!

Comment expliquez-vous votre succès, alors que vous êtes à contre-courant? Ou est-ce finalement cela, la vraie recette?

– Complètement. J’ai toujours été à contre-courant. Et au début de ma «carrière», je n’avais rien prémédité. J’étais pianiste, donc en quelque sorte cantonné à être derrière un chanteur. Puis j’ai fait un disque qui a bien marché, le «Concerto pour un été», en 1971. J’étais étudiant en droit à l’époque, j’espérais vendre 400 disques, on en a vendu presque 2 millions! Depuis, je ne fais que de la musique et de la chanson populaires.

Le qualificatif de populaire ne vous a jamais dérangé?

– Pour moi, c’est un très bon terme, ce n’est pas ringard. On fait plaisir aux gens, on n’a rien révolutionné, on est simplement situés comme ça dans leur cœur. La bonne musique, c’est celle qui vous fait du bien, celle qui arrive à vous toucher, à vous plaire. Miles Davis disait aussi: «L’important dans la musique, c’est de jouer les bonnes notes!»

Quand vous étiez derrière Arlette Zola ou Fernand Raynaud au piano, vous n’imaginiez donc pas que ça allait se passer comme ça…

– Pas du tout. Une chanson qui marche bien, ça peut arriver à tout le monde. Deux, c’est déjà un peu plus compliqué, mais de là à faire une carrière… On a eu la chance de vendre près de 20 millions d’albums en 50 ans dans le monde. Je suis toujours épaté, c’est extraordinaire!

Il y a aussi eu eu votre émission «Les Coups de Coeur», pendant 21 ans…

– On m’en parle encore tous les jours, c’était hyper populaire, mais la RTS a décidé de l’arrêter en 2019. Ce que je trouve dommage, c’est qu’on laisse aujourd’hui un peu de côté le public des seniors…

À quoi tient, selon vous, cette alchimie avec le public?

– Pour les «Coups de Cœur», au fait que j’ai proposé une émission que j’aurais aimé si j’avais été spectateur. Mais comme pour le reste, je n’ai rien prémédité. J’ai vraiment fait ce que j’avais envie de faire. Ma plus grande qualité, je pense, c’est d’aimer les gens, cela se ressent je pense. Et il y a aussi la magie de la musique.

Pour revenir à votre tournée, pourquoi avoir choisi la période de Noël?

– J’ai commencé à faire cela en 1974, c’est donc un peu une tradition!

Vous ferez escale à Vevey, pour la première fois?

– Je n’ai pas fait de spectacle à Vevey depuis une dizaine d’années. Dans les années 70-80, j’avais participé à des émissions de la RTS, comme «Courrier romand», qui avaient lieu sur la place du Marché. J’avais aussi découvert ce beau théâtre, où je me réjouis de retourner.

Quel sera le menu de ce Christmas Tour?

– Il y aura beaucoup de souvenirs avec des succès de ces 50 ans de carrière, de nouvelles chansons de notre nouvel album, plus quelques surprises. Je serai sur scène avec mes fidèles complices Mady Rudaz, Jean-Jacques Egli et Julien Laurence, et nos musiciens. On a prévu un spectacle d’environ trois heures, car j’aime bien parler avec les gens et ne pas être seulement un jukebox vivant! Ce sera très convivial, on passera par à peu près toutes les émotions.

Et vous avez d’autres projets en cours?

– Notre nouvel album «Je ne t’ai jamais dit adieu», qui sort ce mois-ci. En écho à son titre, je pense que j’arrive au bout du chemin des tournées, mais on ne sait jamais! Et je vais continuer les croisières-spectacles, qui ont elles aussi leurs fidèles. Mais je ne conçois pas du tout la quatrième tranche de vie à rien faire. Pour reprendre une phrase de Clint Eastwood: «On ne s’arrête pas parce qu’on vieillit, on vieillit parce qu’on s’arrête.»

Vous êtes un peu un spécialiste des citations et dictons…

– Ça m’a toujours plu. Ce sont des petites phrases sympas, qu’on trouve par exemple sur les calendriers, qui peuvent aussi réconforter. J’en ai collectionné des milliers et j’aime les partager. L’une de mes préférées: «Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît très bien, et qui vous aime quand même!»

Et votre citation du jour?

– Je ne sais pas qui a rédigé mon emploi du temps, mais je ne me suis jamais emmerdé une seule seconde!

Bio express

1949 Naissance le 23 juin à Genève

1977 Crée Sweet People pour l’Eurovision

1979 Sauve et relance la Revue genevoise

1986-1991 Présidence du club de foot Urania Genève Sport

1998 Première émission «Les Coups de Cœur d’Alain Morisod» à la TSR

2001 Épouse Mady Rudaz, après 31 ans de fiançailles

2009 Publie son autobiographie «La vie, c’est comme le chocolat»