
Daniel Monti (à g.) et Paolo De Andrea posent sur l’une des grandes soeurs de la C31, cette dernière se reposant sous bâche en attendant d’être restaurée. Arrivée l’an dernier par convoi spécial, elle est toujours dans son état d’origine. | K. Di Matteo
L’automotrice et les voitures C34 et C35 du TransOrmonan, l’ancêtre de l’Aigle-Sépey-Les Diablerets (ASD), ont retrouvé une de leurs petites sœurs, même si elle repose pour l’heure tranquillement sous bâche à Aigle, à l’arrière du dépôt-garage des Transports Publics du Chablais (TPC).
La C31 a beau être une 3e classe d’époque (ce dont le C de son nom fait état), elle est la dernière de sa série en format d’époque 1913, année de sa construction. Raison pour laquelle l’association ASD 1914 n’a pas hésité à la rapatrier par convoi poids lourd exceptionnel depuis la France il y a un an, jour pour jour, le 13 mai 2025. Sa précédente propriétaire, la compagnie du Velay Express (Haute-Loire et Ardèche), s’apprêtait à la jeter à la casse.
«Aujourd’hui, nous voulons la remettre à neuf et la faire rouler», explique Daniel Monti, conducteur-formateur aux TPC et président d’ASD 1914, organisatrice de journées touristico-ludiques à bord du TransOrmonan.
Une miraculée
Son statut de vestige d’exception, la C31 le doit avant tout à un sacré coup de chance. Lors de l’incendie du 29 juin 1940, qui a ravagé un autre dépôt aiglon avec trois automotrices et quatre voitures du TransOrmonan, elle avait été laissée au repos aux Diablerets.
Lors de la restauration de la flotte, elle n’avait donc eu qu’à troquer son rouge bordeaux contre du gris, mais en conservant son intérieur tout en bois, son plafond en longerons courbés à la vapeur, ses vitres au format désuet, ainsi que la plupart de ses porte-bagages et ses moulures d’origine.
C’est en 1988 que la C31 avait entamé un mini-tour d’Europe. Sacrifiée sur l’autel de la modernisation, elle avait pris la route de l’Allemagne et du Märkische Museums-Eisenbahn de Plettenberg, où elle a demeuré jusqu’au début des années 2000, avant d’atterrir dans le Velay. «Elle n’y a été entretenue que de manière cosmétique et a été à nouveau repeinte en gris après le vert allemand», ajoute Paolo De Andrea, membre du comité. À entendre ce Valaisan à la retraite, passionné du rail depuis tout jeune, «nous allons la démonter pièce par pièce pour évaluer ce qui doit être remplacé ou rénové, et le travail devra être fait au plus près du savoir-faire de l’époque».
L’association s’est du reste déjà mise en contact avec l’entreprise spécialisée suisse-alémanique Historic Rail Services. «Il faudra aussi la remettre aux normes suisses, ajoute Daniel Monti, notamment le système de frein, modifié en France, changer les tampons, les attelages, le toit, qui n’est plus étanche, etc., le tout en vue de la faire expertiser.» À ce moment-là seulement, la C31 deviendra propriété des TPC pour des questions d’entretien et d’assurance.
Acquérir un des 32 sièges
Depuis plusieurs mois, ASD 1914 s’emploie à récolter les 320’000 francs nécessaires à la restauration. «Les Communes desservies par l’ASD, ainsi que Bex, ont déjà joué le jeu, tout comme plusieurs fondations de préservation du patrimoine, se réjouit Paolo De Andrea. Pour l’heure, nous en sommes à 90’000 francs. Nous avons récemment lancé des appels à des privés, en attendant de contacter la Loterie Romande et d’autres grands donateurs historiques.»
Deux autres pistes sont étudiées. La première est la mise en vente des 32 places de la C31. Entendez par là que, pour 531 francs, l’acquéreur se verra attribuer un siège durant une année – avec plaquette nominative – et un voyage exclusif avec un repas. «La deuxième idée est de recourir à une procédure de financement participatif avec des contre-prestations», ajoute le Valaisan.
Daniel Monti rappelle aussi que «si une société veut verser une somme, nous proposons des sorties de boîte à bord du TransOrmonan. Au total, il y a une centaine de places!» Et de conclure en rappelant que la prochaine balade à bord du train historique est agendée au samedi 13 juin.
