
La Demoiselle, ou La Barque des Enfants, a pour vocation première de faire découvrir les joies de la navigation aux plus jeunes. | DR
C’était il y a 30 ans tout juste, au bas de la place du Marché de Vevey. Le chantier de la Demoiselle débutait, né du rêve d’un instit’, Christian Reymond, de construire le premier voilier école de Suisse, en s’inspirant d’une voile latine de 1830. «L’objectif de départ était de voir à nouveau un bateau d’antan sur le Léman, explique l’un de ses capitaines, Karim Jerbia, mais surtout de faire naviguer des enfants. D’où le nom de notre association, La Barque des Enfants.»
Karim Jerbia est l’un des trois «patrons» de la Demoiselle. «À l’époque, ces bateaux étaient des entreprises de transport et l’équipage s’adressait donc au patron. Mais en termes de compétences de navigation, nous avons les mêmes exigences que les capitaines de la CGN.» Serge Reymond compte parmi les deux autres, deux nouveaux sont en formation pour étoffer l’équipe.
Pour rester dans le jargon des voiles latines, La Barque des Enfants, dont le port d’attache est depuis 1999 à l’embouchure de l’Eau froide entre Villeneuve et Noville, transporte chaque année entre 120-150 jeunes «bacounis», l’ancien nom des bateliers du Léman. «Nous répondons à la demande, notamment celle des écoles, du Centre social protestant, des scouts, de l’Association Sauvegarde du Léman, reprend le Veveysan. Nous offrons à ces jeunes de 8-14 ans une initiation aux manœuvres, nous faisons aussi beaucoup de sensibilisation à la nature, la faune, les déchets, on récolte des planctons… Sans oublier l’aspect loisirs et la baignade. Lors du dernier camp de juillet, nous avons vécu six jours en autonomie, de Villeneuve à Prangins, avec le retour par la côte française.»
Les moussaillons ont droit à un tarif réduit de moitié, pour répondre à l’objectif social initial de l’association. «Pour tenir notre budget, nous compensons avec des sorties privées ou d’entreprises. Notre tarif est de 500 francs l’heure, pour des sorties minimales de 3 heures, et une journée complète revient à 2’500 francs.» Au total, la Demoiselle effectue une septantaine de sorties annuelles.
La grâce et la douceur qui émanent de ses courbes au fil de l’eau estompent tous les souvenirs plus contrastés de la fin de construction du voilier à Villeneuve. Le chantier, effectué essentiellement par des personnes au chômage, s’était trouvé privé de bras avec la reprise économique de la fin des années 1990. Ce n’est qu’au prix de dizaines de milliers d’heures de bénévolat, et d’énormes difficultés humaines et financières, que la Barque hisse enfin ses voiles en 2007 et obtient son homologation en 2009! L’association compte aujourd’hui un peu plus de 200 membres, dont une cinquantaine d’actifs.
Au-delà des chiffres et du travail pour assurer la maintenance, l’entretien du voilier et une relève pour les années à venir, Karim Jerbia se nourrit des milliers de sourires d’enfants, ceux qui ne le font pas hésiter à prendre sur ses vacances pour sortir la Demoiselle. Les sourires et les larmes aussi: «Beaucoup d’enfants pleurent: d’abord quand ils quittent leurs parents au moment d’embarquer, et puis quand ils quittent leurs copains à la fin.»
Welcome Back 👋
Sign in to access your account and continue where you left off.
Welcome aboard 🚀
Create your account to access everything you need.
