La descente du Diable est son «petit paradis»

Ketsia Pasquier-Désilets a obtenu son brevet fédéral en 2011 et a repris l’école de son père Wim quatre ans plus tard.  | L. Grabet

Rochers-de-Naye
En reprenant l’ESS de son père en 2015, Ketsia Pasquier est passée des gigantesques 4 Vallées au modeste domaine montreusien, riche d’une clientèle aussi bigarrée qu’enthousiaste.

Ketsia Pasquier-Désilets est un peu comme Obélix, mais avec le ski et son enseignement… La Montreusienne de 43 ans est tombée dans ce monde toute gamine. Et pour cause: c’est son papa Wim, charpentier de métier, qui a fondé l’ESS locale dès 1979. «Il avait eu l’occasion de fusionner celles des Avants, de Glion et du Vallon de Villard. J’ai été mise sur les skis vers 3 ans et je ne les ai plus quittés depuis… Mes premiers souvenirs hivernaux, ce sont d’ailleurs ceux des ballets de cars pleins de gamins joyeux qui débarquaient pour leurs leçons sur le mini domaine skiable des Prévondes…»

Ketsia est la petite dernière d’une fratrie de trois filles. Ses parents avaient trouvé son prénom d’origine hébreux sur la pochette d’un vieux 33 tours. Il dérive du mot «merveilles» et c’est aux Rochers-de-Naye qu’elle les débusque skis aux pieds avec ses copains et de préférence en mode freeride en jouant avec les deux trains locaux.

À la grande époque du snowboard, la jeune femme déserte le ski pour plusieurs années. Elle n’est pas trop orientée compétition, mais s’y essaie néanmoins avec succès en boardercross. Et ce au point de s’adjuger un podium sur le GiantXTour balbutiant. Elle a alors 18 ans, est gymnasienne à Burier et se permet de refuser les avances des sponsors qui lui faisaient les yeux doux. «Je ne voulais pas conformer ma pratique à des entraînements hyper structurés qui étaient à l’exact opposé de la liberté que j’aimais dans la glisse. Mon paradis était ici aux Rochers-de-Naye. Il était minuscule par la taille, mais immense par le plaisir et les amitiés partagées dans des endroits aussi magiques que la piste du Diable.»

Un grand amour québécois

Une fois sa «matu» en poche, elle s’accorde une année sabbatique à l’ESS de la Tzoumaz en Valais. «L’idée était d’avancer dans la formation de prof de ski que j’avais commencée de manière informelle auprès de mon père, mais j’y suis finalement restée 16 ans car transmettre m’a plu. C’est là-bas que je me suis remise au ski. En parallèle, j’ai bouclé un apprentissage de technicienne en orthopédie ce qui me faisait un revenu complémentaire et me permettait de réparer ceux que j’avais briqués au ski.»

Ses quatre dernières années valaisannes, Ketsia se lance comme monitrice indépendante et déménage pour cela du côté de Verbier. C’est là qu’elle rencontre Xavier, un Québécois qui donnait des camps de hockey sur glace estivaux. «Et ce qui n’aurait pu être qu’une amourette de vacances nous a conduits à avoir deux enfants, Emile 8 ans et Juliette 6 ans, et à toujours partager un même amour de la montagne aujourd’hui.» C’est d’ailleurs son mari qui l’encouragera à reprendre l’école de ski paternelle. «Je pensais un peu naïvement pouvoir le faire en restant basée en Valais, mais ce n’était pas très réaliste et le décès de ma sœur aînée Cyntia des suites d’un cancer m’a poussée à revenir à Montreux auprès des miens…»

Des enfants de l’EVAM sur les skis

À peine en place, aidée des conseils stratégiques de son mari, elle remet la structure au goût du jour, notamment en lançant un rapprochement avec le ski club local et en démarchant avec succès les écoles internationales. Aujourd’hui, ce sont 1’500 enfants du ski club et 200 autres des Sports scolaires facultatifs de Montreux qui montent chaque semaine aux Rochers-de-Naye pour suivre un cours avec l’un des 54 professeurs de l’école. Sans parler des élèves des écoles privées qui se font escorter chaque hiver dans d’autres stations par ces mêmes professionnels.

«Notre clientèle est très variée et c’est super enrichissant humainement. On a des gamins secundos dont les familles n’ont jamais mis les pieds sur des skis comme des enfants étrangers de milieux très favorisés», détaille Ketsia Pasquier-Désilets. Les professeurs de l’ESS Montreux Riviera prennent aussi en charge des mineurs non accompagnés de l’EVAM. «Et eux aussi trouvent beaucoup de plaisir à la sensation de liberté que l’on peut goûter en montagne au grand air!», poursuit la monitrice.

Si Ketsia est souvent sur les pistes, ce n’est pas souvent skis aux pieds. En saison, son job comporte en effet une majeure partie d’organisationnel et de logistique. En début et en fin de saison, elle parvient tout de même à s’accorder quelques jours sur les skis via la formation de moniteurs Jeunesse+Sport qu’elle dispense en tant qu’experte. Et puis en avril, elle s’accorde une semaine de glisse en famille du côté de Grimentz.

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