La fermeture du Hublot crée un vide dans l’accueil des sans-abris

Le centre d’hébergement d’urgence Le Hublot, à Vevey, avait déjà été fermé temporairement en novembre 2023 en raison de problèmes de personnel et d’une invasion de punaises de lit.  | C. Dervey – 24 heures

Vevey
Sans lieu fixe depuis 2023, la structure de Caritas Vaud qui occupe l’abri PC du Panorama n’a pas trouvé de local à l’issue du délai dont elle disposait. Les Communes de la Riviera et le Canton sont en alerte.

«Les institutions qui travaillent pour les plus précaires œuvrent elles-mêmes dans une situation de précarité.» Municipale chargée de la cohésion sociale, Gabriela Kämpf résume ainsi la situation qui va conduire Caritas Vaud à fermer une nouvelle fois le Hublot, sa structure d’accueil. Un constat d’échec sociétal, selon elle, alors que la problématique du sans-abrisme gagne de l’ampleur dans le canton.

Depuis le 11 février, ce lieu qui prend en charge des personnes sans domicile fixe pour la nuit occupe de façon provisoire l’abri de la Protection civile du Panorama. Mais arrivé au terme des 89 jours de dérogation pour l’occuper, aucune solution de remplacement n’a pu être trouvée, et tout s’est arrêté ce lundi. «Il n’y aura plus d’hébergement d’urgence dans l’Est vaudois, et jusqu’à Sion», déplore Gabriela Kämpf. Les personnes dans le besoin, elles, seront redirigées vers Lausanne.

Montreux prête à faire sa part

La Ville de Vevey y a pourtant mis du sien. Depuis sa fermeture en 2023, c’est la deuxième fois que le Canton le mettait à disposition de la structure, avec l’appui de la Ville. Mais l’abri PC est en attente d’un permis de construire pour une rénovation et la mise en conformité de ses normes incendie. L’année dernière, Nestlé avait également fait un geste en louant provisoirement à Caritas un local voué à la destruction.

Depuis janvier, la Commune fait également partie d’une task force mise en place par la Direction générale de la cohésion sociale (DSAS), qui rassemble les autorités cantonales et Caritas Vaud. Les autorités veveysannes ont en outre envoyé un courrier à toutes les Communes de la région, afin de rappeler encore l’urgence de la situation.

Municipale montreusienne chargée notamment de la cohésion sociale, Jacqueline Pellet, a vu passer cette problématique à plusieurs reprises. «Montreux est actuellement en recherche active de solutions d’accueil», explique-t-elle. Comme sa collègue veveysanne, la socialiste déplore que la Riviera soit désormais un désert pour ce «fléau» qu’est le sans-abrisme, et affirme que Montreux «est prête à faire sa part dans la prise en charge du problème».

«Nous devons refuser des gens»

Ce manque de places d’accueil sur la Riviera a des conséquences, car dans le canton de Vaud, le logement d’urgence est saturé. En comptant Vevey, 300 places d’accueil étaient disponibles, pour une population de sans-abris estimée entre 370 et 430 personnes.

Mais Caritas se heurte à un problème de taille: trouver un lieu sur l’arc lémanique, selon des critères précis. Porte-parole du DSAS, Cathy Gornik explique que «le local doit se situer dans une agglomération, être facilement accessible, idéalement à pied». L’organisation caritative, qui avait dû quitter les locaux qu’elle occupait depuis 2009 à cause de problèmes de salubrité et de personnel, est donc elle-même sans lieux fixes.

Le Hublot souhaite continuer d’accueillir au moins 22 personnes, comme cela est le cas depuis le 11 février à Vevey, «car souvent, nous sommes complets et devons refuser des gens», explique la responsable communication de Caritas Vaud, Joëlle Jungo. Au total, au moins 200 m2 pour cinq à six chambres sont nécessaires. «Nous avons en outre besoin d’espace pour créer une zone séparée pour les femmes, car lorsqu’elles sont en situation de précarité, elles se sentent encore plus vulnérables.»

Parmi les 14 surveillants sociaux qui travaillaient au Hublot, nombre d’entre eux ont justement renforcé les différentes structures vaudoises. Car, ironie du sort, elles font régulièrement face à des problèmes d’effectifs.

Sur la Riviera, Caritas Vaud entrevoit plusieurs pistes. «Nous visitons des endroits», résume Joëlle Jungo. Si un nouveau local est trouvé, il faudra probablement des mois pour le mettre aux normes. En attendant, pour l’hiver prochain, il reste l’espoir d’une situation temporaire… à Vevey. «L’abri PC pourrait en effet servir à nouveau», confie Gabriela Kämpf.

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