
L’audio-naturaliste Noémie Delaloye tente d’enregistrer des histoires sonores, captées dans leurs milieux naturels. | G. Delaloye
Imaginez un marais à la nuit tombée. Dévorée par les moustiques, casque vissé sur les oreilles, Noémie Delaloye guette le hululement d’une chouette lapone. Les cris d’alarme d’un vanneau huppé alertent ses congénères de la présence d’un renard. Tout à coup, un énorme bruit, tel un coassement rauque! Après vérification, elle peut affirmer que ce son étrange émanait bel et bien d’une chouette lapone, sujet d’une obsession personnelle. «Cela faisait des années que je rêvais d’en voir une, mais elle n’arrêtait pas de m’échapper. Cet enregistrement figure parmi mes moments phares!»
Au départ, il y a un oiseau. Un son. Plus qu’un paysage sonore, elle tente de capter l’interaction entre les espèces. «Pour avoir un enregistrement vraiment qualitatif, je dois partir sur le terrain plusieurs jours et nuits. Pour avoir trois minutes de son, il faut parfois compter une semaine complète d’immersion.»
Sa plus belle expérience? Le chant des cygnes chanteurs, un oiseau de Scandinavie, au retour du printemps. «Sur la surface encore gelée d’un lac suédois, on les entend ainsi se chamailler. J’ai réussi à enregistrer leur parade et l’instant où ils repartent en vol. L’intensité de cette scène est encore intacte, près de 20 ans après!»
À l’occasion de la 14e édition de la Fête de la Nature dévolue à l’écoute, Noémie Delaloye propose une sortie au Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut ce dimanche.
À l’écoute de la nature
Si elle revient souvent bredouille de ses balades, Noémie Delaloye a la persévérance de la passion. Dotée de ses micros et de ses paraboles pour capter les sons de la nature, cette Valaisanne tente d’intercepter des histoires, sans les trafiquer par le biais d’un montage.
À l’image de la photographie, elle considère l’audio-naturalisme comme une capture sur le vif, qui retranscrit la réalité d’un instant spécifique et poétique. «J’essaie de restituer ce que je ressens sur le terrain», précise cette maman de deux enfants. Elle conçoit sa pratique comme une activité à la croisée du reportage, de l’art et de la bio-acoustique (ndlr: étude des émissions sonores animales et végétales).
Pas uniquement focalisée sur des données scientifiques, elle veut surtout restituer une émotion. «Ces histoires sonores me prennent aux tripes et j’ai toujours eu à cœur de partager ces moments d’une rare intensité, presque à l’instar de l’hypnose.»
Reconnaître les bruits animaliers
Aujourd’hui autodidacte chevronnée, Noémie Delaloye a commencé par apprendre les chants des oiseaux. Alors responsable d’un groupe de jeunes ornithologues en herbe à Genève, elle s’initie à la reconnaissance des volatiles par leurs chants. C’est dans ce but que cette pharmacienne en formation s’empare alors d’un dictaphone, pour capter les sons dans leur élément naturel et les réécouter pour savoir les distinguer.
«Je trouve que le fait d’appréhender son environnement par le seul biais du son permet d’ouvrir son imaginaire, poursuit-elle. Quand on apprend les bruits de la nature, nous la comprenons mieux.»
Cet apprentissage des bruits animaliers casse aussi certaines peurs. «Lorsque l’on est seul dans la forêt en pleine nuit, cela peut vite être terrifiant. Mais une fois que l’on sait reconnaître certains hululements et autres glapissements, l’on parvient à mieux appréhender la nature.» Pour les curieux, allez écouter à quoi ressemble un cri de chevreuil. Sans une oreille affûtée, cet aboiement à tout d’un rire d’ogre!
Pour capter toutes les subtilités de ces murmures, Noémie Delaloye s’est équipée de différents micros. «La première fois que j’ai utilisé un micro-parabole pour enregistrer le brame du cerf, il m’a tout à coup semblé si proche que je suis partie en courant. J’ai cru qu’il me chargeait! C’était simplement la proximité et l’amplification induites par cet outil.»
La Suisse, cet enfer sonore
Le grand nombre d’avions, les routes, les trains et les nombreux marcheurs perturbent et parasitent le travail audio-naturaliste. «Il y a tellement de bruits de fond que c’est très dur d’avoir des enregistrements qualitatifs.»
En phase de professionnalisation, Noémie Delaloye dresse un constat en demi-teinte sur la diversité des écosystèmes de notre pays. «On ne s’en rend pas compte, mais une lente érosion est en marche, souligne-t-elle. Il y a une diminution dramatique de certaines espèces et de la surface laissée à la nature pour trouver son équilibre. J’aimerais sensibiliser à la protection de la nature, car nous devons apprendre à soigner notre interdépendance.»
gruyerepaysdenhaut.ch/fr/agenda/sortie-audio-naturaliste
Sortie audio-naturaliste avec Noémie Delaloye, dimanche 25 mai (7h15 à 9h), gare des Avants. Places limitées, sur réservation.
Inauguration de la Fête de la Nature: «Ouìkya opus 2: Rites des saisons», mercredi 21 mai, (18h à 20h30).

L’émotion avait été vive quand, en mars 2023, le séquoia géant du Jardin Roussy avait été abattu pour cause de maladie. Cette semaine, dans le cadre de la Fête de la Nature, son impressionnante souche est redessinée. En action jusqu’à dimanche, les artistes internationaux Alexandre Berlioz et Yann Dumas façonneront une œuvre qui doit mettre en lumière le «potentiel de biodiversité» du bois mort, que ce soit pour les insectes, les végétaux ou la petite faune. L’animation est organisée en collaboration avec la Fondation MAG, qui chapeaute la biennale de Montreux. Une rencontre tout public avec les deux sculpteurs est prévue ce jeudi à 17h30 sur place. RBR
La souche sera sculptée tout au long de la semaine. | DR
À l’écoute et à la découverte de la forêt de Cergnement
L’excursion permet de faire connaissance avec le paysage et les forêts du haut vallon de l’Avançon, de Cergnement à Solalex. On y parlera de l’effet du climat, de la diversité des espèces végétales, des types de forêts, et de l’interaction entre la forêt et le milieu rural.
Vendredi 23 mai, 13h30-16h30, route de Solalex 84, Gryon.
Le monde invisible du Léman
En petits groupes, les enfants observeront les plantes aquatiques, les petits animaux et le plancton lacustre à l’aide d’un microscope.
Samedi 24 mai, Bains des Dames, rue de l’Ancien-Stand 18, La Tour-de-Peilz.
Bain de forêt
Les participants rencontreront la nature au fil d’une marche en forêt. Ils seront guidés au travers d’activités ludiques et créatives dans des pratiques d’ouverture des sens, ainsi que dans des moments de méditation et de partage.
Dimanche 25 mai, 9h30-12h, chemin de Fahy, Aigle.
fetedelanature.ch
