
Acquise en 1990 par Charles-Pascal Ghiringhelli, la friche du Moulin-Neuf abrite depuis des artistes, artisans et autres associations. | C. Dervey – 24 heures
La création artistique dans la friche industrielle dite du Moulin-Neuf, au cœur d’Aigle, sera très bientôt de l’histoire ancienne. C’est en 1990 que Charles-Pascal Ghiringhelli, notable chablaisien, achète les anciennes minoteries, fermées en 1984. Il loue dès lors à petit prix les locaux à une quinzaine d’artistes et d’artisans. Ils y créent la journée, y entreposent aussi leurs œuvres. D’autres composent, jouent ou se réunissent pour les séances de leur club ou de leur société. Les membres de l’Association socioculturelle des musulmans du Chablais y prient.
Mais l’existence même de ce pôle artistique était en sursis depuis plusieurs années. Municipalité et ECA ont demandé, régulièrement dès 2012, au propriétaire de mettre son bien en conformité avec les normes de protection incendie, toujours plus drastiques. Si Charles-Pascal Ghiringhelli a apporté des améliorations au fil du temps, elles n’ont pas été suffisantes au regard des règlements. Les autorités concernées ont estimé que «la sécurité des locataires et de ceux vivant dans les bâtiments alentour n’était plus assurée». L’accès au bâtiment serait même rendu impossible aux pompiers en cas d’incendie.
Résiliation des baux
La Ville avait fixé au printemps passé un délai au 31 octobre pour que le propriétaire s’exécute, faute de quoi le Moulin-Neuf «serait fermé immédiatement avec possible évacuation forcée des lieux». Comme depuis 12 ans, le conseiller juridique aiglon a une nouvelle fois recouru auprès du Tribunal cantonal. Qui l’a admis partiellement, dans le sens de ne pas expulser provisoirement les locataires.
Pourtant, de manière totalement inattendue, Charles-Pascal Ghiringhelli a changé de stratégie à 180 degrés. «Le propriétaire a finalement décidé de ne plus faire appel de notre décision du 31 octobre et de résilier les baux avec ses locataires avec effet immédiat au 31 décembre 2024», déclare Fabrice Cottier. Avec recours possible pour eux devant la Préfecture. Le municipal aiglon révèle ce revirement. «Il a signifié aux autorités et aux locataires qu’il n’avait pas les moyens de mettre son bien en conformité et que, a priori, la seule issue restante serait de prévoir sa démolition.»
Nous avons adressé une liste de questions par courrier électronique à Charles-Pascal Ghiringhelli. Avec des délais de réponses repoussés pour qu’il puisse le faire, compte tenu de ses disponibilités. Mais ce dernier n’a pas eu l’opportunité d’y parvenir dans le temps imparti.
L’exode forcé
Et les artisans et artistes dans tout ça? L’un d’entre eux a rapidement appelé à l’aide sur les réseaux sociaux: «Locataire du Moulin-Neuf à Aigle, forcé de fermer, laissant à la rue une quinzaine d’artistes et artisans, je cherche un local dans le Chablais vaudois ou valaisan.» D’autres ont devancé l’appel. «Le propriétaire a tellement tergiversé ces dernières années, que cette situation m’a poussé à aller ailleurs. J’ai tout déménagé, stocké quelque part en attendant mieux. Pour l’heure, je ne travaille pas.» Un troisième a aussi mis les voiles. «Ça ne sert à rien de faire recours, trop d’énergie perdue. Surtout que je suis en plein projet. Je crée chez moi, tout en cherchant un local à Aigle, si possible.»
Fabrice Cottier dit encore que «les quelques locataires du rez-de-chaussée (ndlr: deux selon nos sources) sont exemptés de la mesure de résiliation, car en cas d’incendie, ils devraient pouvoir évacuer plus facilement». Olivier Estoppey est l’un deux. «C’est un peu différent et plus complexe, dit le célèbre sculpteur. J’ai reçu une proposition de bail l’an passé que j’ai acceptée. Il court jusqu’à 2029. Mais vu que tout le monde part, je vais aussi m’en aller. Il me faut juste six mois pour pouvoir trouver un autre atelier.»
L’Exécutif s’active pour trouver des solutions. «Dans notre courrier adressé à chacun des locataires, nous avons bien insisté sur notre volonté de les accompagner à trouver un autre espace de création ou de réunion. Nous regardons quels locaux communaux pourraient s’y prêter et prenons contact avec des propriétaires qui auraient des biens disponibles», conclut l’édile.
