
(Photo de gauche) La Veveysanne Lucie Urweider (à dr.) et son amie Véronique Van Nunen ont brillé à Zurich pour leur travail sur le génépi des neiges. | Science et jeunesse
(Photo de droite) La dyslexie a compliqué le parcours scolaire d’Alice Lane. La Gryonnaise a créé un site de dépistage qui lui a valu une mention «excellent» au concours Science et jeunesse. | Science et jeunesse
«Le génépi des neiges, ou Artemisia nivalis, endémique de Zermatt, est souvent apparenté au génépi noir (Artemisia genepi). Or, une phylogénie des armoises alpines a permis de constater qu’il est plus proche des Artemisia eriantha, le génépi laineux, plus coutumier de sommets plus au sud, dans les Apennins ou en péninsule ibérique.»
Vous pensez lire un passage tiré d’un article de la célèbre revue Nature? Et bien pas du tout, ces lignes résument la conclusion du travail de maturité de Lucie Urweider, réalisé l’an dernier en collaboration avec son amie de Prilly Véronique Van Nunen, au gymnase de la Cité (Lausanne). «Nous avons été très surprises des résultats, ajoute la Veveysanne de 19 ans. On a fait un bon travail, je pense.»
Excellence
La Fondation «Science et jeunesse» le pense également, elle qui encourage les jeunes talents de Suisse. Le 27 avril dernier, à l’École polytechnique fédérale de Zurich, elle a décerné au duo de botanistes en herbe la mention «excellent», soit la meilleure notation. Les deux jeunes femmes ont aussi reçu le Prix spécial de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).
Leur travail est d’autant plus remarquable que les deux sont parties de zéro sur proposition d’un enseignant. «Personne n’avait rien fait sur le sujet, on a eu carte blanche, c’était génial, raconte Lucie Urweider. Cela nous a pris plus d’un an de travail, soit un peu plus que prévu. Un frigo dans lequel on avait mis des prélèvements a lâché et il a fallu tout reprendre depuis le début…»
On passera comme un chat sur la braise sur les noms de programmes informatiques, termes techniques, kits de prélèvements d’ADN et autres méthodes scientifiques avec lesquels le duo d’étudiantes a dû se familiariser. «Nous nous sommes énormément documentées et notre prof nous a beaucoup aidées. J’adore apprendre!» La lecture et le théâtre aussi, ajoute celle qui suit désormais des études de médecine.
Un site pour dépister la dyslexie
Alice Lane, de Gryon, 18 ans, a quant à elle choisi une thématique très personnelle: la dyslexie. «J’ai été diagnostiquée tard, vers 14-15 ans, mais ça m’a fait du bien de comprendre mes difficultés et mes mauvaises notes en français. Ça m’a donné beaucoup plus confiance en moi et j’ai mieux compris comment travailler. Je n’étais pas bête, c’est simplement que mon cerveau travaille différemment.»
L’élève en art et informatique au collège de Saint-Maurice, dont l’anglais est la langue maternelle, a ainsi créé un site de dépistage de la dyslexie indépendant de la langue d’origine. Une moins bonne maîtrise du français peut en effet masquer une dyslexie, comme ce fut le cas pour Alice.
«J’ai tout codé de zéro, précise-t-elle. Et pour l’aspect artistique, j’ai dessiné les logos», explique cette fille de scientifiques, dont le frère a également brillé lors du même concours en 2023 avec un travail en informatique sur «la théorie du chaos appliquée au pendule forcé». «C’est lui qui m’a encouragée à participer», ajoute-t-elle.
Son site d’évaluation propose des exercices de segmentation ou fusion de mots sur la base de pictogrammes associés à des phonèmes (ndlr: éléments sonores du langage parlé, considérés comme une unité distinctive). Très simples pour des non-dyslexiques, ces tests peuvent être révélateurs d’indices pour celles et ceux qui souffriraient d’un trouble de l’apprentissage du langage. «En dessous de 20 points sur 24, c’est peut-être qu’il faut consulter.»
Le but final d’Alice Lane est de mettre en ligne un outil accessible à tous, mais pour cela, elle veut encore le tester auprès d’un plus grand panel de personnes (68 jusqu’ici). «Mais je suis déjà super fière de moi», lance-t-elle.
Et encore plus après avoir reçu la mention «excellent» à Zurich fin avril. Son prix «Exporecerca Jove – Barcelona Science Fair» lui permettra d’aller présenter son travail dans la cité catalane en mars 2026. Et la future étudiante en informatique à l’EPFL de conclure: «J’espère contribuer à sensibiliser la population au problème de la dyslexie et faire en sorte que les profs comprennent mieux les soucis des enfants atteints.»
