
Manié comme un Rolleiflex, le boîtier conçu par Mathieu Bernard-Reymond et Mouvement Studio permet d’allier singularité et intelligence artificielle au moment de la prise de vue. | M. Bernard-Reymond
Plongées dans la pénombre, les douze images lumineuses semblent léviter dans l’espace. À y regarder de plus près, il s’agit de diapositives projetées sur des plaques de Plexiglas. Un dispositif complété par une voix qui nous susurre à l’oreille l’état d’esprit du photographe, à l’instant de la prise de vue. Une légende de l’œuvre qui nous est murmurée, faisant ainsi office de cartel à l’œuvre.
Sur l’invitation du Musée suisse de l’appareil photographique, Mathieu Bernard-Reymond a produit cette série choisie parmi les plus de 9’000 prises de vue réalisées sur deux ans, mêlées à plus de 450 textes murmurés au moment du déclenchement. Sa démarche donne à voir les multiples nuances de la technologie.
Fruit d’une photographie réelle, chacune de ces images est produite par l’artiste et se voit enrichie par l’intelligence artificielle. «L’ici et maintenant, caractéristiques de la photographie, sont préservés et nourris par l’IA. Le moment de la prise de vue est ainsi augmenté», résume Pauline Martin, directrice du Musée suisse de l’appareil photographique.
Face à l’émergence de systèmes capables de générer des images à partir de simples consignes textuelles (des prompts), les questionnements et les inquiétudes foisonnent concernant l’impact de l’intelligence artificielle sur la pratique photographique.
Dans cette première exposition individuelle présentée jusqu’au 16 août à Vevey, le photographe franco-suisse nous plonge dans une véritable expérimentation. «Si l’intelligence artificielle effraie, à raison, l’aborder en tant que simple outil de travail permet d’ouvrir un champ réflexif et créatif», analyse Pauline Martin.
Un appareil photo «sur mesure»
Très porté sur les enjeux technologiques, celui qui est aussi enseignant au CEPV (Centre d’enseignement professionnel de Vevey) cherche les failles d’un outil pour mieux y instiller de la poésie. À contre-courant d’une technologie déshumanisante, Mathieu Bernard-Reymond a conçu un appareil photographique unique, en collaboration avec le studio de design suisse Mouvement Studio, avec une intelligence artificielle intégrée.
«La pluie battante donne à l’arbre de longs cheveux»; «sculpture à cause du soleil»; «à cause de la lumière, c’est un bloc informe»: voici trois exemples de prompts qui ont guidé la création d’une prise de vue. Explorant les méandres du langage automatique de la machine, Mathieu Bernard-Reymond propose une démarche qui va à rebours de la logique générative.
Une machine capable d’écouter et de traiter les paroles de l’artiste au moment du cliché, sans être connectée à Internet. Objectif: discuter avec l’IA, afin de modeler la photographie au moment de son enregistrement. L’image est ainsi le résultat d’un dialogue qui s’est fait sur l’instant, sur le terrain, et dans la réalité.
Plus d’infos:
www.cameramuseum.ch
