
Lady O a comblé le public ce lundi sur la Nestlé Sunset Stage. | S. Bizzini
Elle semble venue d’un autre monde. Avec sa voix à la fois écorchée, puissante et remplie d’émotions, Lady O envoûte dès les premières notes. Du haut de ses 19 ans, l’artiste lutryenne fait preuve d’une maturité musicale et d’une maîtrise vocale saisissantes, passant d’une fragilité presque murmurée à des envolées d’une intensité rare. Chez elle, rien ne paraît forcé. Tout semble instinctif, presque viscéral, comme habitée par un besoin irrépressible d’exprimer sa vérité à travers sa voix.
Lundi, à l’occasion de la 60e édition du Montreux Jazz Festival, la chanteuse a transporté le public dans son monde sur la Nestlé Sunset Stage. Fraîchement sacrée gagnante à The Voice France – première Suissesse à remporter l’émission – elle était particulièrement attendue pour son premier grand concert depuis cette consécration télévisée. Et le succès a été immédiat. La scène gratuite du festival a rapidement affiché complet, avec plus de 400 spectateurs. Sans oublier tous ceux qui ont été contraints d’assister au concert depuis les quais.
Face au Léman baigné par les derniers rayons du soleil, Lady O est accompagnée de ses deux fidèles musiciens, un guitariste et un claviériste, également producteurs de son album «Thank You Little Girl». Vêtue tout de noir et pieds nus, elle dégage une sincérité désarmante. Une présence naturelle qui contraste avec des spectacles parfois trop calibrés. Pendant une heure, elle oscille entre électro, chanson française, pop, jazz, ou encore R&B.
Si son style est singulier, elle le regroupe sous le terme de «pop organique». En plus des titres de son premier album, elle dévoile aussi plusieurs compositions inédites. «La prochaine chanson s’appelle <Humaine>. C’est un morceau que j’ai écrit dans ma chambre, alors que je me sentais déshumanisée. C’est comme pour rappeler qu’on n’est pas des machines», confie-t-elle au public. Portée par une guitare acoustique, sa voix s’élève avec une sensibilité qui suspend le temps.
Après une prestation d’une heure, elle s’en va sous une pluie d’applaudissements. En coulisses, l’adrénaline retombe et la fatigue s’installe. «C’était très intense! On a encore des choses à travailler, souffle-t-elle. Mais je suis fière de mon équipe et de ce que l’on a donné sur scène.»
«Le festival de mon enfance»
C’est la première fois que Lady O se produit au Montreux Jazz Festival, un rendez-vous qu’elle fréquente depuis petite. «C’est le festival de mon enfance», glisse celle qui compose des chansons depuis l’âge de cinq ans. Elle baigne depuis enfant dans un environnement musical très éclectique. «Avec mes parents, j’écoutais autant Richard Bona, chanteur camerouno-américain, que du Pink Floyd, ou des grands classiques comme Alicia Keys et du jazz aussi», raconte-t-elle.
À 16 ans, elle quitte son école d’art pour se dédier corps et âme à la musique. Un choix audacieux, qui inquiète ses proches, notamment son père, vigneron. Quelques années plus tard, le pari semble largement gagné.
Le Montreux Jazz Festival marque le coup d’envoi de sa saison estivale, qui se poursuivra notamment à Label Suisse, le 20 septembre à Lausanne. «Je souhaite prouver aux gens qu’ils ont raison de me suivre. J’espère encore plus imploser et exploser ce que je sais faire», ponctue-t-elle, avant de regagner sa loge pour un repos bien mérité.
