Le Canton choie ses curateurs pour mieux assurer la relève

À l’EMS des Bosquets, Anne Simond en compagnie de sa protégée Jacqueline Pasta, 93 ans. | M.-L. Dumauthioz – 24 heures

Solidarité
Quatre rencontres ont permis de dire merci à ces anges gardiens et de rappeler les besoins en hausse, notamment à l’Est. Trois volontaires évoquent leur expérience.

Quatre fois merci. À Lausanne, Yverdon, Morges et Vevey, deux conseillers d’État – Vassilis Venizelos et Rebecca Ruiz – et la présidente du Tribunal cantonal Marie-Pierre Bernel ont exprimé cet automne leur reconnaissance à ces curateurs et curatrices qui s’engagent volontairement auprès des personnes ayant besoin de protection.
«Chaque année, le pool, qui dépend du Service des curatelles, reçoit plus de 700 demandes des justices de paix», précise Sophie Riem, responsable de l’Unité de recrutement des curatrices et curateurs du Canton. Pour le seul Est vaudois (districts Lavaux-Oron, Riviera et Aigle), les besoins sont de 200 nouveaux curateurs par année.

À chacun sa motivation
Aline Perret, des Monts-de-Corsier, était à la rencontre de Vevey le 2 décembre. «Mon père assumait des mandats de curatelle, se souvient cette éducatrice de l’enfance de 35 ans et ancienne employée en EMS. En 2018, j’ai aussi eu envie d’accompagner des personnes fragilisées.»
Pierre-Yves Croset, de Villeneuve, a lui débuté en 2022. «À 62 ans, j’ai voulu faire du bénévolat», explique cet économiste. Anne Simond est devenue curatrice pour gérer les affaires de proches. «Puis, l’unité de recrutement m’a appelée pour d’autres cas», raconte l’entrepreneure de Puidoux de 37 ans. Les trois gèrent entre trois et six situations en parallèle (dix étant le maximum).

Mettre des limites
Le premier défi est de gagner la confiance de la personne sous curatelle. «Au début, il y a de la méfiance, explique Aline. Il faut pouvoir se présenter, leur dire qu’on est là parce qu’on en a envie, ça change tout.» «Il faut les faire parler, cerner les enjeux, leur psychologie, ajoute Pierre-Yves, ce d’autant que chaque cas est particulier et la fonction pluridisciplinaire ou à géométrie variable.» «Si vous parvenez à gagner leur confiance, ils deviennent demandeurs», renchérit Anne.
À tel point qu’il faut savoir poser des limites. «Il arrive qu’ils demandent qu’on leur paie un café, un restaurant, qu’on les amène aux Bains de Lavey, quelqu’un m’a même demandé de l’aider à rencontrer des gens via des sites de rencontres», poursuit la curatrice.
«Des gens tiquaient quand je ne répondais pas, se souvient Aline Perret. Donc, sauf urgence, je suis disponible le jeudi.» Pierre-Yves Croset admet aussi rester flexible. «J’essaie de me limiter à un jour par semaine, mais ça prend un peu plus.» «Un 40%», estime au final Anne Simond.

Des désaccords, forcément
Toute la complicité du monde n’évitera pas des désaccords. «Une dame refusait que je paie ses factures, parce qu’elle voulait pouvoir dépenser son argent à sa guise étant donné qu’elle allait bientôt mourir. Si la collaboration se passe vraiment mal, il existe des leviers, le juge ou l’assesseur de paix, pour nous aider à trouver des solutions.»
«Nous devons leur rappeler le cadre légal, ajoute Pierre-Yves. Nous avons des comptes à rendre.» «C’est une sacrée responsabilité, appuie Aline Perret.» «Une responsabilité double: administrative et morale, selon Anne Simond. On ne peut pas se contenter de payer 3-4 factures par mois.»

« Embellir des journées »
Malgré des difficultés, aucun ne renoncerait à son mandat. «Je suis à l’aise financièrement, j’ai du temps à donner, j’essaie de rendre ce qu’on m’a donné, explique Anne Simond. Et c’est tellement gratifiant d’avoir embelli la journée de quelqu’un!» Pierre-Yves Croset raconte: «À l’issue d’un premier entretien, une personne fortement endettée m’a dit: «Ce soir, je vais enfin bien dormir.» Pour moi, cette simple phrase résume à elle seule la vraie rémunération de cette fonction.»

Plus d’infos: Les personnes intéressées à devenir curateurs-trices sont invitées à s’annoncer sur www.vd.ch/curatelles ou par téléphone au 0800 628 700

En chiffres

700 Ce sont les demandes annuelles des justices de paix au Pool du Service des curatelles et tutelles professionnelles, dont environ 200 sur l’Est vaudois.

5’400 Le nombre de curateurs-trices privés (c’est-à-dire volontaires)..

8’000 Le nombre de situations gérées sur le canton par des curateurs privés. Soit le 60% du total (13’300)..

1’800 En francs, la rémunération du curateur par mandat et par an, soit 1’400 + 400 de débours.