Le domaine de La Doges retrouve son éclat

Ces pièces restaurées sont des espaces majeurs de la maison de maître au regard de leur importance patrimoniale, en particulier de par la richesse de leurs décors peints en trompe-l’œil. Ici, le jardin d’hiver.  | L. Krivenkova – Domaine de La Doges

La Tour-de-Peilz
Trois pièces phares de la maison de maître ont été restaurées après plus d’un siècle: salon d’été, vestibule et salle de bain ont été au cœur d’un chantier d’une année.

Passé le portail majestueux du domaine de La Doges et la glycine ornant les façades, la vue imprenable sur le lac se dévoile. Nichée sur les hauteurs de La Tour-de-Peilz, cette maison de maître – classée Monument historique d’importance régionale – témoigne de la vie sociale des élites vaudoises et des habitations bourgeoises du XVIIIe au XXe siècle. 

Léguée en 1997 par André et Odette Coigny-de Palézieux à la section vaudoise de Patrimoine suisse, la bâtisse abrite depuis 2003 le siège de l’association. Vendredi dernier, Patrimoine suisse dévoilait le fruit d’une restauration minutieuse menée sur trois pièces emblématiques datant de 1820-1850: le salon d’été, le vestibule du bel étage et la salle de bain. Leur dernière restauration remonte au début du XXe siècle.

De l’art du faux marbre et des trompe-l’œil

Premier arrêt de la visite guidée, menée par l’architecte Aleksis Dind: la salle de bain du rez-de-chaussée. Petite pièce charmante aux parois beiges dont la peinture imite si bien le marbre que l’on pourrait s’y méprendre. Mais c’est surtout son existence même qui surprend. «Au début du XIXe, il n’y avait pas d’eau courante dans les maisons, donc une salle de bain de cette époque est extrêmement rare», souligne d’emblée Aleksis Dind, notamment membre de Patrimoine suisse. 

Tombée en désuétude, la pièce présentait crépis effrités et plâtres décollés. Grâce au travail des restaurateurs et restauratrices qui s’y attellent depuis août 2024, elle a retrouvé son éclat d’antan. Quant au sol en terre cuite, bien qu’usé, il a été conservé pour sa valeur patrimoniale, car il révélait des indices précieux des aménagements initiaux. 

Faute de mobilier d’origine, le décor a été reconstitué avec soin: une baignoire en métal récupérée d’un collectionneur, ainsi que des éléments d’hygiène issus des collections de La Doges (lavabo, bidet, broc, etc.).

À l’étage, le vestibule impressionne par ses trois grandes colonnes, qui, bien qu’en bois, reproduisent subtilement le marbre. «À cette époque, ça faisait chic d’avoir une imitation peinte à la main de ce matériau», lance Muriel Thalmann, présidente de la section vaudoise de Patrimoine suisse. Le temps avait laissé son empreinte: le bois s’était rétracté, faisant apparaître de longues fissures verticales. «C’était un réel travail d’orfèvre pour colmater les fissures et restaurer ces surfaces», informe l’architecte, saluant l’expertise des restaurateurs de l’Atelier veveysan Sinopie.

Les murs, eux, recouverts d’un papier peint bruni par les ans, ont pu être nettoyés grâce à un solvant adapté. Ils servent désormais d’écrin à une collection de prises de vue et d’œuvres d’art représentant le domaine, dans un jeu de mise en abyme.

Dégâts d’eau

Point d’orgue de la visite: le jardin d’hiver ou salon d’été se confond avec l’extérieur. Une pièce de séjour saisonnière à double fonction avec d’un côté, une fontaine en marbre (en vrai, cette fois) et de l’autre, une cheminée en marbre rouge. Les fauteuils en osier vert d’eau dialoguent avec les peintures murales restaurées par l’atelier META, où roses et glycines s’épanouissent sur un fond bleu céleste. 

L’architecte raconte les infiltrations d’eau dont elles avaient été victimes. Lors des travaux, un monitoring climatique a permis d’identifier une inondation ponctuelle, probablement due à une rupture de canalisation ou d’un orage violent. Par ailleurs, les luminaires d’origine ont été remplacés par un éclairage neuf.

Soutiens privés et institutionnels

Les travaux, achevés en une année, ont été réalisés pour un budget de 180’000 francs, entièrement financé par des donateurs privés et institutionnels. «C’est une grande joie de voir cette maison de maître retrouver son éclat et de mettre en avant le savoir-faire des artisans, qui permettent de faire perdurer l’âme de ce lieu et son histoire», s’exclame Muriel Thalmann.

De son côté, la syndique de La Tour-de-Peilz Sandra Pasquier s’enthousiasme: «Au nom de la Commune, merci à ses mains minutieuses pour leur travail. Vive La Doges et vive La Tour!

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La Doges en quelques dates


1660-1663 Construction de la première maison de maître

1826 Création de la salle de bain

1852 Création des colonnes faux-marbre du vestibule et création du salon d’été

1997 André et Odette Coigny-de Palézieux lèguent le domaine à la section vaudoise de Patrimoine suisse avec l’ensemble de son mobilier, œuvres d’art et archives. Les vignes sont léguées à la Confrérie des Vignerons

2003 Classé Monument historique de note 2, d’importance régionale