Le naufrage de Delta Car Trade éclabousse de nombreux garagistes

Installée dans la zone industrielle de Saint-Légier, la société a brusquement cessé ses activités début mars et ses locaux ont été désertés.  |  P. Martin – 24 heures  

Saint-Légier
Après deux décennies d’activités, le fournisseur de véhicules est en faillite. Certains de ses anciens clients déplorent avoir perdu leur argent, voire leur réputation.

«Le Conseil d’administration a dû se résoudre à prendre la difficile décision de déposer le bilan de la société.» C’est par cette annonce sobre, faite par courriel dans la soirée du 5 mars, que des dizaines, voire des centaines de garagistes en Suisse et à l’étranger ont compris qu’ils avaient perdu de l’argent. Et pour certains, la facture est salée.

Après 20 ans d’existence, le distributeur automobile Delta Car Trade SA, qui avait son siège à Saint-Légier, est officiellement en faillite. Prononcée le 18 mars, la décision est venue confirmer une information révélée quelques jours auparavant par le média spécialisé français auto-infos.fr.  

C’est que l’onde de choc de cette fermeture dépasse largement les frontières helvétiques. Delta Car Trade se targuait en effet d’avoir un réseau de 10’000 clients en Suisse, en France et en Allemagne. Pour la plupart, des garagistes et des professionnels de l’automobile, à qui l’entreprise fournissait des véhicules neufs de toutes marques. Parmi ces revendeurs, ils sont nombreux à avoir payé des acomptes, voire des véhicules entiers. Des commandes que Delta Car Trade n’a pas pu honorer avant de brusquement fermer boutique.

Déjà des signes d’essoufflement 

L’an dernier, l’entreprise avait montré de sérieux signes de faiblesse, sous forme d’interminables délais d’attente. Si certains professionnels que nous avons contactés ont senti le vent tourner et ont annulé leurs commandes, d’autres se sont retrouvés piégés. C’est le cas du Garage R. Udressy, à Collombey. Sur les cinq voitures que Delta Car Trade devait encore lui livrer, deux ne sont jamais arrivées.  

«Nous avions la possibilité de payer les véhicules dans leur intégralité avant réception», raconte Davide Modas, chef d’exploitation. Ce paiement en avance devait nous permettre d’avoir des marges plus importantes et des livraisons plus rapides.» Au total, ce sont 90’000 francs que le Garage Udressy a perdu avec ces deux voitures manquantes. «Ce n’est pas rien, surtout au vu du contexte actuel. Mais heureusement, notre patron a tout mis en œuvre pour pouvoir faire face à ce genre d’imprévu.»

Le responsable du garage chablaisien ne cache pas une «grosse déception» face à la débâcle de l’entreprise de Saint-Légier. «Au bout de la chaîne, il y a des clients qui comptent sur nous. C’est frustrant de constater que l’on n’a pas tous le même professionnalisme dans le secteur de l’automobile.»

Une réputation qui en a pris un coup

À la tête du Garage du Carrefour aux Ponts-de-Martel (NE), Jean-Paul Cruchaud ne décolère pas. Lui, c’est une somme de 7’500 francs qu’il a perdue dans le naufrage de Delta Car Trade. À savoir, principalement, les acomptes de deux véhicules commandés et jamais réceptionnés. 

Mais plus que cette perte financière, c’est le dégât d’image que déplore ce professionnel installé depuis trois décennies. «Nous sommes dans une région où les bruits circulent. Certaines personnes ont laissé entendre que si les véhicules tardaient tant à arriver, c’est parce que je ne les payais pas!»

De possibles suites pénales ?  

Le professionnel insiste aussi sur la «malhonnêteté» – c’est son mot – de Delta Car Trade. «Jusqu’à la fin, leur représentant commercial nous a assuré que nous allions recevoir ces voitures. Mais quand le bateau coule, il faut arrêter de mentir aux gens!» 

Le garagiste neuchâtelois ne compte d’ailleurs pas en rester là. «J’espère pouvoir fédérer le maximum de personnes lésées dans cette affaire pour faire entendre notre voix.» Et d’évoquer un potentiel dépôt de plainte pénale pour ce qu’il considère comme une «escroquerie et un abus de confiance».

Plus de 300 créanciers à rembourser  

Pour l’heure, le dossier est entre les mains de l’Office des faillites de l’Est vaudois, qui parle d’une faillite «administrativement lourde». 

Dans un premier temps, il s’agit de prendre en charge la situation des 37 employés laissés sur le carreau. Viendra ensuite le moment de chiffrer les dettes de la défunte société. À ce stade, le nombre de créanciers est estimé à plus de 300, en Suisse et à l’étranger. «D’ici à fin mai, nous serons normalement en mesure de connaître le passif de la société», fait savoir l’Office. 

Contacté, l’un des anciens dirigeants de Delta Car Trade n’a pas souhaité répondre à nos questions et nous a invités à nous adresser directement à son avocat. Hier matin, à l’heure du bouclage, ce dernier n’avait pas encore retourné nos appels.

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