Le ski lui a offert deux vies en une

De 1998 à 2020, l’énergique Yannick Perrin fut aussi entraîneur du ski club de son enfance.  | L. Grabet

Les Crosets-Champoussin
Le co-directeur de l’ESS locale fut un compétiteur de niveau mondial et reste un gros bosseur. Cette qualité a bien failli le mettre à terre, mais le Chablaisien l’a finalement apprivoisée avec sagesse.

Yannick Perrin le dit lui-même, il a eu deux vies. La première a commencé le 22 juillet 1976 à l’hôpital de Monthey. C’est là que le Valaisan est né d’une maman prof de ski et d’un papa directeur de l’ESS dont lui-même a les rênes aujourd’hui. Les deux tourtereaux s’étaient rencontrés à l’ESS des Crosets-Champoussin évidemment… Avec pareille hérédité, la trajectoire de leur fils pouvait difficilement ne pas comporter une bonne dose de ski! «Gamin, avec mon frère et ma sœur, la station était notre garderie. Dès 7-8 ans, nos parents nous laissaient skier en toute liberté. C’était une autre époque. On enchaînait les descentes de l’ouverture à la fermeture. Il n’y avait pas encore de snowpark et on façonnait nos propres sauts à la pelle quand on ne se contentait pas de sauter sur les rochers recouverts de neige. C’était le bonheur!»

Deux titres nationaux

À 6 ans, c’est l’entrée au ski club de Val-d’Illiez, un passage obligé où le petit Yannick affine sa technique. Il est doué et son talent l’amènera jusqu’à disputer des courses FIS aux côtés de Didier Défago. Avec Yannick Bellon, son homologue de Morgins, ils sont alors parmi les meilleurs jeunes Valaisans. Mais à 17 ans, le jeune homme jette l’éponge. «Mes études de ferblantier-couvreur, couplées à l’exigence extrême de mon entraîneur d’alors Patrick Flaction (ndlr: préparateur physique de Lara Gut-Behrami pendant des années et désormais de Loïc Meillard) et au peu de compréhension de mon détestable maître d’apprentissage ont eu raison de ma motivation…»

Mais loin de tomber en dépression, Yannick Perrin tombe amoureux d’une discipline naissante, alors en plein boom: le snowboard. «Je n’ai plus chaussé de skis pendant trois ans! C’est d’ailleurs cela qui m’a poussé à passer ma première patente, car j’avais peur de trop perdre et de ne plus en être capable.» Très vite, il y excelle et la compétition le happe à nouveau presque malgré lui. Elle le mènera jusqu’en Coupe du monde et à deux titres nationaux en 1999 et 2001. «J’étais dans le top 20 mondial. Je bricolais des saisons avec des budgets réduits glanés auprès de sponsors. Ça m’a amené à courir aux États-Unis. Il fallait faire beaucoup avec peu. On dormait dans des voitures ou des caves. Ce fut une excellente école de débrouille et de relations humaines qui me sert encore aujourd’hui, relève le quadragénaire. L’été, j’allais m’entraîner sur le glacier de Tignes et les compétitions durant la saison amenaient beaucoup de spectateurs. J’étais très enthousiaste!»

Pris au piège du succès

«C’était ma plus belle vie!», résume Yannick Perrin. La seconde ne fut pas mal non plus, mais dans un tout autre genre. À 31 ans en 2007, trois années après avoir lancé son entreprise de ferblanterie-couverture, l’enfant de la région reprend la direction de l’ESS. Et c’est à la même époque qu’il devient papa d’un petit Anakin. Lukas suivra deux années plus tard. La station se développe et le succès est inespéré. En une année et demie, le chiffre d’affaires de l’ESS des Crosets est multiplié par trois, les ennuis aussi. À la fin de l’hiver 2008, un «schisme» déchire l’école en deux. L’énergique Yannick Perrin assure sur tous les fronts, mais il y laissera des plumes et quelques regrets. «J’ai beaucoup tiré sur la corde. Ici dans la vallée, on est beaucoup à avoir été éduqués à serrer les dents sans se plaindre et à tenir.» Le Chablaisien s’oublie tant dans le travail qu’en 2011, un burnout manque de le happer. Et l’ulcère qui suit, lui, ne le loupe pas.

Une lente remise en question commence alors. Elle débouchera sur l’embauche d’une co-directrice. «Tahia Vieux a repris la direction de notre école de Champoussin à 100% après le Covid. C’est une bête de course titulaire d’un Bachelor en économie et gestion d’entreprise. Grâce à elle, le rythme est redevenu plus vivable. Nous formons un tandem efficace avec notre équipe d’une soixantaine de moniteurs qui tirent tous à la même corde. C’est un privilège de travailler tous ensemble dans une telle ambiance, souligne Yannick Perrin. On est en train de vieillir ensemble. C’est assez beau.» Aujourd’hui, le Val-d’Illien évite scrupuleusement de se laisser trop dicter le temps par les autres. L’ancien compétiteur obsédé des chronos a intégré que dans la vie, la vitesse n’est pas tout. De chien fou, il est devenu un peu «vieux sage». Ça lui va bien et cela annonce peut-être une troisième vie.