Les bistrots sous la coupe de « l’effet Crans-Montana »

Plusieurs établissements publics, dont Les Trois Sifflets de Laura Rodriguez, entourée ici du serveur Kylian Heredia (à g.) et du cuisinier Noé De La Rosa (à d.), ont déjà été contrôlés suite à la tragédie.  | DR

Restauration
En difficulté depuis la crise du Covid-19, les professionnels du secteur sont désormais sommés de respecter strictement les normes sécuritaires. Ce qui implique de gros investissements et de nouveaux problèmes.

Huit mois après la tragédie de Crans-Montana, qui avait fait 41 morts le 1er janvier dernier, a des conséquences sur le monde de la restauration. Plusieurs tenanciers d’établissements publics de la région figurent parmi les victimes collatérales du «serrage de vis» sécuritaire qui a suivi le drame. Mis à part l’interdiction d’utiliser des articles pyrotechniques à l’intérieur, aucune nouvelle norme ou réglementation n’a encore été édictée. «De nouvelles prescriptions suisses de protection incendie, tirées notamment des enseignements de l’incendie de Crans-Montana, pourraient en revanche entrer en vigueur à l’automne 2027», souligne l’ECA. En attendant, celles existantes sont désormais appliquées de manière plus stricte. Conséquence directe: le célèbre restaurant Les Trois Sifflets à Vevey a, par exemple, dû diviser sa capacité quasiment par deux. 

Plus stricts, «mais compréhensifs»

«Mi-juin, l’ECA, la police du commerce et la Commune sont venus inspecter nos locaux. Au final, nous devons changer une de nos portes qui ne s’ouvre que depuis l’intérieur et ajouter une autre antifeu. Ce sont des travaux onéreux dans un vieux bâtiment classé comme le nôtre. Et en attendant, nous devons réduire notre capacité à 40 personnes contre une septantaine d’habitude», résume Laura Rodriguez. La gérante des lieux comprend que «l’ECA ne fait que son travail» et relève même son «côté compréhensif». Toutefois, le timing est loin d’être optimal à l’heure où le secteur de l’hôtellerie-restauration n’est pas au mieux. Suite à la crise sanitaire et vu les perspectives économiques et géopolitiques, les clients, qui ont changé leurs habitudes, sont moins nombreux et consomment moins qu’auparavant. 

Cristina Frise le remarque aussi à l’Armailli. Cet établissement incontournable à Vevey n’avait plus eu de contrôle incendie depuis de longues années. Mais en mai, suite à la visite de l’ECA et de la police du commerce, le restaurant est temporairement amputé de 23 places. «J’ai espoir que la situation pourra se débloquer avant l’arrivée des mauvais jours, afin de limiter au maximum notre manque à gagner», explique la restauratrice. Laquelle devrait a priori mettre en conformité, notamment la sortie de secours, et ce malgré le fait que, selon elle, ces contraintes l’empêchent de se focaliser sur ce qui fait le cœur de son travail.

En espérant des subventions…

En Veveyse, du côté du Tivoli, café emblématique de Châtel-Saint-Denis, c’est l’ECA qui a exigé de Damien Colliard qu’il change la porte de son établissement et donc sa devanture, sous peine de devoir réduire sa capacité actuelle à seulement 50. Le Fribourgeois estime que ces travaux lui coûteront 30’000 francs. Il s’inquiète pour ses collègues qui n’ont pas les reins assez solides pour consentir à de tels investissements. «Certains pourraient devoir licencier du personnel ou mettre la clé sous la porte. Il faudrait que des subventions soient mises en place par les autorités pour accompagner ces rénovations», propose le restaurateur, sans trop y croire. L’ECA propose en revanche de nouvelles aides financières incendies.

Dès le 8 janvier, le Conseil d’État vaudois a demandé aux Communes à ce que la sécurité incendie soit contrôlée dans leurs établissements publics. Discothèques, night clubs, hôtels et établissements d’une capacité de plus de 300 personnes sont contrôlés en priorité. «Il y a eu depuis une petite poignée de fermetures, mais aucune sur la Riviera ou dans le Chablais, précise Frédéric Rerat, chef de la police cantonale du commerce.

Mais globalement, le principe de proportionnalité prévaut et les difficultés rencontrées par les exploitants et propriétaires sont entendues. La collaboration avec eux est bonne.» 

Laura Rodriguez

Gérante du café Les Trois Sifflets

" Ces contraintes tombent au mauvais moment pour notre secteur déjà en difficulté depuis le Covid”