Les commerces du centre-ville aussi victimes du deal de rue

De nombreux dealers quadrillent le quartier de la gare à Vevey, ici sur le parking de la poste (20.11.22).  | C. Dervey – 24 heures

Vevey
Le trafic de drogue, qui s’est installé depuis plusieurs années dans le quartier de la gare, impacte l’activité commerciale. Certaines enseignes disent voir leur chiffre d’affaires réduit d’un tiers.

«C’est un climat qui dissuade certains clients de venir chez nous, en particulier des personnes qui se sentent vulnérables.» Comme la plupart des commerçants installés dans les environs de la gare, Baptiste Françoise ne le cache pas: le deal de rue a un impact sur la marche de ses affaires. «Il n’y a pas de baisse de notre chiffre, mais il n’y a pas non plus le développement que nous souhaitions», expose le gérant de la Pharmacie de la Gare.   

Facteur principal selon lui: un sentiment d’insécurité lié à la présence permanente de vendeurs de stupéfiants. «Une gare devrait être un lieu de libre-échange. Or ici, c’est tout le contraire: il y a ce climat qui règne, et ça freine la liberté de déplacement.» 

Un constat que partagent les chauffeurs de taxi, dont les véhicules sont stationnés juste devant la pharmacie. «Certains de nos clients n’osent plus sortir sur la place de la gare, surtout la nuit, explique l’un d’eux. Ils nous demandent d’aller les chercher de l’autre côté. Ou alors parfois, ils ne descendent même plus à Vevey, il faut aller les chercher à Montreux.» Une situation qui, estiment-ils, provoque un manque à gagner de 40% à cet endroit.

Des loyers qui baissent

Quelques pas plus loin, c’est la rue des Communaux qui commence. Une petite artère arpentée par les dealers. Face à ce ballet incessant, Elie Tamman ne décolère pas. «Ils sont là jour et nuit.» Ce courtier indépendant en immobilier est propriétaire de deux arcades qui s’étirent le long de cette ruelle. L’une abrite le Sakura Sushi, l’autre le salon de coiffure Ciwan. Deux commerces qui, selon lui, font aussi les frais de ce climat d’insécurité. «Cela représente une perte d’environ 35%», nous confirme Khalil, le patron du salon. 

Elie Tamman ne cache pas son inquiétude. «S’ils arrêtent leurs activités, ça sera sans doute très compliqué de les remplacer», craint celui qui, à 42 ans, a hérité ces locaux de son père il y a tout juste un mois. Des biens qui, au vu du contexte, perdraient de leur valeur, et pour lesquels il a consenti à une baisse du loyer de 20%. 

En plus de ces arcades, il possède également deux appartements dans le même immeuble, dont le 3,5 pièces où il vit. «L’autre, un 2,5 pièces, est occupé par un locataire qui m’a demandé une baisse de loyer de 1’700 à 1’500 francs en raison de la situation. Mais il veut partir. Et là encore, j’ai peur de ne pas trouver quelqu’un d’autre.» Et de raconter qu’en décembre dernier, il a découvert sept ou huit dealers qui dormaient dans le local à vélos.

Surtout la nuit

Directeur de l’enseigne Alain Afflelou à l’avenue Paul-Cérésole, entre la gare et la place du Marché, Laurent Addor remarque lui aussi une baisse de fréquentation dans son enseigne. «Surtout en hiver, lorsqu’il fait rapidement nuit. Nous proposons à nos clients d’aller se parquer à Manor, mais c’est parfois compliqué pour eux de marcher jusque chez nous en raison de la présence de dealers.»

Pour Sabine Kaiser, co-présidente de la Société industrielle et commerciale de Vevey, ce sentiment d’insécurité est l’un des deux freins majeurs à l’activité des échoppes du centre-ville, l’autre étant la durée de parcage restreinte. «Conséquence, dit-elle, certaines personnes n’ont simplement plus envie de venir à Vevey.»

Comme l’a décidé le Conseil communal fin mars, la population veveysanne devrait bientôt se prononcer sur le projet de la Municipalité d’implanter une quarantaine de caméras de surveillance dans la zone de la gare et ses environs. Une bonne idée? «Ça peut valoir la peine d’en installer, mais autant que ça, je n’en suis pas sûre», estime Sabine Kaiser. La Veveysanne plaide plutôt pour une rue plus animée. «Les dealers n’aiment pas quand il y a de la vie.» Selon elle, il faudrait plus de lumière et une possibilité d’étendre les terrasses.

Marché déstabilisé?

Pour l’heure, seules les interventions policières semblent avoir un peu d’effet contre le trafic. À la tête de l’Hôtel Astra, établissement qui a pignon sur gare, Nicolas Ming a pu l’observer. «Depuis quelques semaines, ça s’est un peu calmé. On a l’impression que les agents parviennent à déstabiliser le marché, du moins pendant quelques heures.» 

Une présence qu’Elie Tamman souhaiterait permanente. «Il faudrait mettre des policiers ou des agents de sécurité 24 heures sur 24. À terme, je suis sûr que le deal disparaîtrait de la zone.» Pour se déplacer où? Ça, c’est une autre histoire… 

Propriétaire de deux arcades à la rue des Communaux, haut lieu du trafic de stupéfiants à Vevey, Elie Tamman craint pour l’avenir des commerces dans cette zone.
. Brousoz