
Au pied de la route des Ormonts, une station de turbinage devrait voir le jour en 2027 pour créer de l’énergie à partir des eaux usées. (Photo montage) | a | alberti bureau d’architecture SA
Générer de l’énergie à partir des eaux usées reste encore peu courant en Suisse. Seules quelques stations d’épuration, comme au Châble et prochainement à Crans-Montana, exploitent ce potentiel en transformant les déchets en une précieuse ressource énergétique renouvelable.
Aigle entend désormais suivre cet exemple. Dans le cadre du projet de la station d’épuration régionale, située dans la zone industrielle aiglonne, les ingénieurs ont décidé de tirer parti d’un atout naturel entre la cité chablaisienne et Leysin: le dénivelé. Les eaux usées provenant de la station descendent jusqu’en plaine avec une différence d’altitude notable de 780 mètres et des débits variants entre 10 et 66 litres par seconde.
Plutôt que d’être acheminées directement à la STEP, les eaux usées feront d’abord tourner une turbine, comme dans une petite centrale hydroélectrique, avant d’être traitées. «En améliorant le traitement des eaux usées et en valorisant nos déchets, nous préparons l’avenir», résume Maude Allora, municipale chargée de l’assainissement et présidente du comité de direction de l’Association intercommunale pour l’épuration des eaux usées de la région d’Aigle (AERA).
Avant de valider ce projet, les ingénieurs ont analysé les débits, afin d’évaluer le potentiel et la rentabilité énergétiques de l’installation. «Nous avons étudié le débit en entrée de la STEP et les variations saisonnières ainsi que journalières. Les résultats ont été convaincants», détaille Mathieu Vuillermoz, chef de projet au sein de RWB SA, entreprise chargée du projet.
Portée par l’AERA, la nouvelle STEP régionale regroupe les eaux de cinq communes – Aigle, Leysin, Ollon, Corbeyrier et Yvorne – soit de 52’000 équivalents-habitants (tient compte des industries, tourisme etc). Elle vise à mutualiser le traitement des eaux usées et à répondre aux nouvelles exigences fédérales sur les micropolluants. Une partie de l’installation est déjà en service et traite les eaux d’Aigle, Yvorne et Corbeyrier, tandis que les conduites reliant Leysin sont en voie d’achèvement. Une fois celles-ci terminées, la station de turbinage pourra aller de l’avant.
De quoi alimenter 400 ménages
Le bâtiment qui abritera la turbine sera construit sur une parcelle communale viticole au bas de la route des Ormonts (voir photo). Avant d’y parvenir, les eaux subiront un prétraitement, afin d’éliminer les déchets solides susceptibles d’endommager les pales de la turbine. «Cela permet de réduire la charge en matières solides, tandis que la pollution dissoute sera traitée à la STEP», relève l’ingénieur. Ce prétraitement sera réalisé en amont, à Leysin, à côté de la station d’épuration actuelle, qui sera, elle, mise hors service.
Selon les estimations, l’installation produira environ 1’500’000 kWh/an, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 400 ménages. Cette électricité sera réinjectée dans le réseau, sans pouvoir être utilisée directement par la STEP en raison de la distance entre les deux installations.
Une opposition à lever
Prévue pour 2027, la construction a suscité une opposition d’un riverain, inquiet du bruit de la turbine. «On est tout à fait dans les normes et le bâtiment sera bien isolé», assure l’édile. L’opposition n’ayant pas encore été levée et le permis de construire cantonal n’ayant pas été délivré, le projet reste, pour l’heure, en attente.
De forme cylindrique et réalisée en béton teinté de couleurs naturelles, la structure a été réfléchie pour s’intégrer au paysage en s’inspirant des vignes et des murs en pierres. «Compte tenu de sa proximité avec le château, nous avons particulièrement soigné son esthétique», précise Maude Allora.
Sur les 70 millions de francs pour la STEP, 1,7 million est prévu pour le turbinage, dont 660’000 devraient être financés par des subventions fédérales.
