
En fin observateur qu’il est de la nature humaine (et de la nature tout court d’ailleurs), Philippe Dubath ne pouvait se résoudre à une «simple» plaquette commémorative lorsque la Fondation des Eglantines lui a proposé de rédiger un texte pour ses 75 ans. L’écrivain de La Tour-de-Peilz et ancien journaliste a donc proposé ce qu’il fait le mieux: un exercice d’immersion.
Dans «Paroles d’Eglantines», le Boéland et chroniqueur de Riviera Chablais Hebdo s’est ainsi livré au jeu du «reportage», comme il le dit lui-même, celui qu’il a pratiqué toute sa carrière. Du hall d’entrée à la cafétéria, de la chambre d’un bénéficiaire au domicile d’une maman, d’une salle de soins au bureau du directeur, il a su cueillir un florilège de sentiments, de ressentis, de souvenirs et autres petits bonheurs qui disent tout.
En une centaine de petites pages à peine, on lit par bribes le quotidien des résidents, fixes ou de passage, qui ont trouvé aux Eglantines leur maison. Un lieu où confier leurs peurs et leurs doutes, où pouvoir dire «qu’ils en ont marre». Un lieu de travail aussi, d’épanouissement. D’éclosion.
Un métier qui a évolué
En alternance, les témoignages de membres du personnel donnent à découvrir leur engagement. Ils sont 150 aujourd’hui à s’investir pour ceux qu’on dénommait les «paralysés» au début de l’aventure, en 1950, cette époque de pionniers où le directeur portait lui-même à l’étage l’un ou l’autre des cinq premiers résidents. À dire aussi les cadeaux de la vie reçus de leurs protégés. Au fil des pages, trois quarts de siècle d’évolution d’un métier et d’une perception de la différence défilent.
Enfin, l’auteur livre ça et là son propre regard, celui d’un homme valide soudain confronté au handicap, à ses propres limites de communication, aux silences qui obligent à développer une autre forme de langage le temps d’un regard gêné, d’un poème ou d’un dessin offert.
Au terme de ce «passionnant reportage», Philippe Dubath exprime sa reconnaissance à ceux qui mènent cette mission aux Eglantines. Dans les étages du numéro 26 de l’avenue de la Prairie, il a découvert «un grand églantier solide dont les fleurs sont des humains qui y trouvent la meilleure paix possible en s’appuyant sur les branches d’autres arbres attentifs à leur bien-être et à leurs possibilités d’épanouissement, malgré l’âpreté de leur destin».
