
Maud Royole et Matthieu Cousin ont travaillé sur la base des idées des enfants. | Paint a Smile
«Savez-vous ce qu’est une fresque? Et reconnaissez-vous ces objets magiques?» Dans la salle de bricolage du collège de la Part-Dieu, en cette matinée de septembre, Maud Royole et Matthieu Cousin, artistes professionnels, initient un petit groupe de 2P à la découverte du monde pictural. L’atelier participatif s’inscrit dans la mission confiée par la Ville de Vevey à la Fondation Paint a Smile avec le financement de Nestlé, dans le cadre d’un partenariat établi en 2023 visant à soutenir la communauté locale à travers l’art et l’éducation: créer des fresques pour égayer les préaux scolaires, en impliquant élèves et enseignants dans leur conception.
Les objets magiques? Des craies, un mélangeur, des éponges, un mètre, un rouleau patte de lapin, des bidons de peinture étiquetés «orangeade», «cochon» ou encore «pomme verte». Sur une maquette de la fresque, les peintres en herbe choisissent tour à tour l’élément qu’ils aimeraient mettre en couleur: tête du rhinocéros, corolle d’une fleur, veste et sac à dos de l’un des enfants sur le dos du dinosaure… Dans quelques minutes, revêtus de blouses «comme le peintre Corot», ils iront, tout comme leurs autres camarades tour à tour, apporter leur touche de couleur sur l’œuvre en création à l’entrée de leur collège, sous la supervision des artistes, et avec la plus grande application.
De la joie pour aller à l’école
«C’était trop bien de faire la peinture.» «Ça nous donne de la joie pour aller à l’école.» «Avant, quand il n’y avait pas la fresque, on ne voulait pas lâcher sa maman.» Aujourd’hui, cinq mois après l’expérience, les jeunes élèves se sentent tout fiers d’avoir contribué à embellir leur préau. Ils en gardent quelques jolis souvenirs: la salle de sport où, au début de l’aventure, ils ont partagé et dessiné leurs idées. «Quand on nous a expliqué des trucs sur un grand écran dans le couloir.» «Quand on nous a montré les couleurs.» Les ateliers par petits groupes «parce que si on est beaucoup, on n’a pas assez de place et on va se mélanger les pinceaux» ou «faire trop les foufous». L’un de leurs moments préférés? «La peinture!»
Pour Paint a Smile, il s’agit du premier projet d’art participatif dans des écoles publiques, la fondation œuvrant habituellement au sein des hôpitaux et autres lieux de soins médicalisés. «Pour les hôpitaux, les thèmes sont conçus en fonction des espaces choisis, adaptés au service concerné, et après avoir recueilli les attentes du personnel soignant notamment. Dans ce projet pour les écoles, nous avons en plus la chance de pouvoir travailler sur la base des idées de leurs usagers, les enfants», commente Matthieu Cousin. Maud Royole partage l’enthousiasme de son collègue. «J’aime rencontrer leur univers naïf et spontané, faire un travail vraiment adapté à leurs envies, et leur transmettre ma passion. Il est intéressant aussi que les enfants puissent laisser leur empreinte sur ce mur qu’ils voient tous les jours pour aller à l’école, comme une trace de cet apprentissage avec nous.»
Tout bénéfice
Chargé de projet pour cette fondation, Jérôme Cousin relève pour sa part plusieurs bénéfices. «Cela stimule la pratique réflexive, en amenant les enfants à imaginer ce qu’on allait représenter, à exprimer ce qui pour eux avait de l’intérêt. À la Part-Dieu, on a parlé du vivre-ensemble, de l’apprentissage, de l’école. En fait, cela permet de les interroger sur d’autres domaines que ceux qu’ils étudient à l’école, autour d’un projet graphique. Les enfants se sentent aussi acteurs d’un projet collectif, avec un bel objectif: créer un environnement d’apprentissage positif et inspirant.»
Début mars, les prochains ateliers seront lancés au collège de Plan. «L’idée est d’intégrer cette fois l’ensemble des classes et des productions issues des ateliers participatifs», annonce Jérôme Cousin. Le thème? Les animaux de la région. «C’est un souhait des enseignants, en concertation avec les enfants. Ils avaient envie que ceux-ci découvrent ou apprennent à mieux connaître les différentes espèces et leurs biotopes. Les ateliers seront adaptés à chaque classe d’âge et feront beaucoup appel à la coopération et à l’intelligence collective.»
Pour la municipale veveysanne Laurie Willommet, ce type de projet revêt dans tous les cas une importance particulière. «Les enfants et les jeunes ont toujours leur mot à dire. De manière générale, on oublie trop souvent de les faire participer. Pour la Municipalité, promouvoir cet aspect citoyen en leur donnant la parole est essentiel, et la réalisation des fresques s’inscrit vraiment dans cette perspective.»
L’art participatif est apparu au début des années 1990. Ses caractéristiques: une création hors atelier dans l’espace social, une collaboration entre artistes et participants, et de multiples formes possibles, écrit Estelle Zhong dans la revue Techniques & Culture. Les fresques participatives scolaires, en particulier, ont le vent en poupe. Quelques exemples récents près de chez nous:
– Fresque géante sur le terrain de basket du collège Jean Kratzer à Vevey, un projet initié par le secteur sport de la Ville. Elle est l’œuvre d’un groupe d’élèves des cours à option, sous la responsabilité d’une enseignante en arts visuels, le tout supervisé par l’artiste urbain Serge «Lowrider» Nidegger.
– Fresque de l’école primaire du Botzet à Fribourg. D’une longueur de 22 mètres, elle a été élaborée par l’artiste fribourgeois Robin Braendli sur la base de dessins des enfants. Le thème: la cour de récré imaginaire.
– «Chaque goutte compte» à Grimisuat en Valais. 357 enfants ont peint sur une toile de 80 m2, que l’artiste Jasm One a reproduite sur une façade du centre scolaire.
– Fresque du collège des Jordils à Yverdon-les-Bains, réalisée par les classes et leurs enseignants dans le cadre d’un projet de médiation culturelle. Chaque classe a travaillé sur une famille d’animaux s’échappant d’une maison. Le projet s’inscrit dans la stratégie de la Ville pour améliorer ses cours d’école en les transformant en espaces publics ouverts.
