
Chanteuse et compositrice, Lila Mabiala apprécie la régularité de la scène libre. | 579 Production
Le percolateur fuse, la sonnerie du téléphone ne cesse de retentir, cafés et limonades se croisent dans un ballet millimétré. Rouvert depuis bientôt deux ans, le Cep d’Or attire une clientèle multigénérationnelle et nombreuse. Depuis quelques mois, à son offre de café-restaurant, il faut y ajouter une programmation plus nocturne, qui se trouve sous les pieds des clients.
Entre stand-up, DJ-set et musique, les caves du Cep d’Or sont un lieu d’expérimentation. «L’ancien gérant ne les exploitait pas, détaille la directrice actuelle Céline Wagen. Or, c’est un lieu qui a un énorme potentiel!» Résultat: après trois mois d’ouverture, elle décide d’investir le sous-sol avec son partenaire Rémy Cholet, batteur et percussionniste, pour y proposer notamment des «jam sessions», soit une soirée d’improvisation musicale, chaque vendredi soir depuis plus d’une année. «On a commencé avec trois ou quatre musiciens, se remémore-t-elle. Aujourd’hui, nous avons environ 200 artistes qui viennent régulièrement se produire dans nos caves.»
Favoriser les collaborations
À l’origine de cette nouvelle scène se trouve l’envie de poursuivre l’esprit des improvisations du Montreux Jazz Festival. «Avec mon partenaire, nous sommes fans de ces soirées, poursuit la directrice. Nous avons voulu pérenniser ces rendez-vous pour dynamiser la scène culturelle de Vevey. Nos objectifs? Convier encore plus d’artistes et agrandir notre public pour créer un tremplin musical.»
Percussionniste professionnel résidant à Clarens, Carlos Acioli est un des habitués des lieux. Impliqué dans l’organisation de telles soirées à Lausanne, au Bleu Lézard, et plus récemment au nouveau club de jazz «Les Jumeaux», il préfère désormais s’investir pour la scène locale. «Les jam sessions donnent de la motivation pour la relève. C’est formateur. Les artistes montent sur scène et se confrontent à un public. C’est d’ailleurs comme ça que se sont formés les grands musiciens!»
Ces soirées sont désormais le rendez-vous des musiciens de la région, qui aiment se retrouver pour partager des instants de musique, chaque semaine ou presque. À l’image du pianiste veveysan Xavier Silva Ferreira, un assidu depuis l’été dernier. «Grâce à ces sessions, je découvre de nouveaux horizons musicaux! J’apprends aussi à bosser avec d’autres musiciens, comme leur laisser de la place et à me lancer dans des solos.» Ce lieu favorise aussi les synergies. «Avec Aïda Dos Santos, on est en train de préparer un morceau pop un peu jazzy qui doit sortir à la fin du mois de juin.»
«Comme à la maison»
Violoniste de formation classique, «mais touche-à-tout», la Veveysanne Marie Heck s’est tout de suite sentie bien accueillie dans le sous-sol du Cep d’Or. Une atmosphère conviviale, propice à la découverte. «En parallèle de mes concerts, j’aime venir écouter, mais aussi monter sur scène. Cela me permet de m’inspirer d’autres sonorités et de me stimuler, musicalement parlant. C’est un lieu empreint de respect, j’ai l’impression d’être à la maison.»
Dernière arrivée sur la scène locale, la scène libre complète l’offre existante (lire encadré), une pluralité qui ravit les artistes. Pour avoir fréquenté d’autres «Jam» dans la région, dont celles du Bout du Monde et du Café des Argiles, la chanteuse et compositrice veveysanne Lila Mabiala apprécie la régularité hebdomadaire des caves du Cep d’Or. «Cela renforce la familiarité croissante entre les différents musiciens.» Être «baignée» dans cette atmosphère de musique «live», un acte générateur de créativité: «Lorsque j’ai commencé à fréquenter avec assiduité ces soirées l’été dernier, cela a coïncidé avec la sortie de deux singles!»
À l’est de la ville, les musiciens peuvent se réunir depuis toujours au bar-scène le Bout du Monde pour une soirée de scène libre. «Cela marche toujours! Tous les derniers jeudis du mois, entre 20 et 30 artistes peuvent se réunir pour partager des moments de musique», détaille Frédéric Vallotton. Les «jams» font partie de l’ADN de l’enseigne depuis ses débuts. Pour le tavernier, il s’agit d’une vieille tradition veveysanne. «Historiquement, ça avait commencé avec Les Temps Modernes, puis le Local.» Avoir un lieu de rencontres et un espace libre pour jouer: il y a toujours eu cette demande émanant des musiciens régionaux. «Plus ce type de scène se multiplie, mieux c’est! Ce sont des plateformes complémentaires, qui permettent des rencontres musicales.» Du côté du Café des Argiles, place au jazz manouche deux fois par mois. Des soirées organisées par Lucian Marcel Caceres depuis quelques années.
