Les musulmans du Chablais se cherchent une nouvelle mosquée

La mosquée d’Aigle se trouve actuellement au premier étage de l’ancien bâtiment du Moulin-Neuf. Les musulmans du Chablais se cherchent un nouveau local, car le bail échoit le 31 janvier 2028.  | K. Di Matteo

Aigle
Contraints de quitter l’ancien bâtiment du Moulin-Neuf d’ici à fin janvier 2028, les fidèles de la région lancent une fondation en vue d’acquérir un lieu, qui reste à trouver.

Al-Nibras, la chandelle en arabe. Comme une lueur d’espoir dans la pénombre, d’où le nom donné à la fondation créée récemment à la demande de l’Association Socio-culturelle des Musulmans du Chablais, et ce, dans un but bien précis: acquérir un lieu de culte à Aigle, car le temps leur est compté concernant l’actuel. 

Le compte à rebours a en effet commencé fin 2024 pour la mosquée de la rue de la Gare, située dans un local loué au premier étage de l’ancien bâtiment du Moulin-Neuf, vétuste et décrété non conforme sur le plan de la sécurité anti-incendie. Dès lors, le propriétaire a, sur pression des autorités, résilié à l’époque les baux de ses locataires, essentiellement des artistes. Parallèlement, il ne cache pas ses intentions de démolir le bâtiment pour y construire de nouveaux logements.

Après discussions avec lui et les autorités, la mosquée a procédé à plusieurs aménagements à ses frais pour que les locaux soient conformes en matière de normes anti-feux de l’ECA, et ainsi pouvoir y demeurer. Reste que le bail à durée déterminée actuel échoira au 31 janvier 2028, sans garantie de prolongation, raison pour laquelle les musulmans chablaisiens se cherchent un nouvel endroit.

Priorité au centre-ville

Pour Abderrahim Benkortbi, président de la Fondation Al-Nibras, le temps presse donc, mais il se dit optimiste. «Dès la création de l’association, il y a une quinzaine d’années, nous avions déjà dans l’idée de posséder un jour notre propre lieu, plus confortable que l’actuel, et où nous serions moins à l’étroit qu’aujourd’hui, explique le médecin généraliste aiglon de 76 ans toujours en activité, d’origine algérienne, depuis 60 ans en Suisse, dont une vingtaine à Aigle. Les problèmes du bâtiment et la date butoir nous obligent à accélérer.»

En termes de localisation, la priorité reste le centre-ville d’Aigle. «Il existe une mosquée en zone industrielle – ainsi qu’à Monthey, Martigny, Sion, mais un local au centre d’Aigle serait plus facile d’accès, reprend Abderrahim Benkortbi. Parmi la centaine de personnes qui fréquentent la prière du vendredi, beaucoup n’ont pas de véhicule.» 

Idéalement, la fondation aimerait trouver une surface de 200 à 300 m². «Un terrain, un ancien local, une vieille bâtisse. Nous avons déjà des plans et avons visité quelques endroits, collecté des fonds. Nous espérons récolter un total d’environ 500’000 francs. La forme juridique de la fondation nous a paru la plus appropriée pour réunir cette somme et s’assurer qu’elle ne serve que notre objectif de départ.»

Des surfaces plus grandes s’imposent également du fait que la prière n’est pas la seule activité de la mosquée. «L’association, à but non lucratif et apolitique, donne aussi des cours d’arabe à nos enfants, via notre école <An-nour>, qui signifie <la lumière>, et qui compte une centaine d’élèves. Trop souvent, ils apprennent le français à l’école, eux-mêmes l’apprennent à leurs parents, et finissent par ne pas connaître leur propre langue. Il faut maintenir cette double culture, qui est par ailleurs un plus en termes d’intégration.»

Pour favoriser cette dernière, il y a aussi les sorties de loisirs et sportives organisées pour réunir une communauté aux origines multiples (européenne, africaine et asiatique notamment). «Notre action vise à donner des repères, afin d’éviter l’isolement», conclut Abderrahim Benkortbi.

Abderrahim Benkortbi

Président de la Fondation Al-Nibras

"Nous avons déjà des plans et avons visité quelques endroits, collecté des fonds. Nous espérons récolter un total d’environ 500’000 francs”