«Les promoteurs viennent, construisent et repartent»

La Municipalité boélande, emmenée par la syndique socialiste Sandra Pasquier, n’a pas beaucoup de marge de manœuvre face aux grues.| C. Dervey – 24 heures

La Tour-de-Peilz
Depuis plusieurs années, la cité boélande fait face à une explosion de chantiers immobiliers sur son territoire. Les explications – non sans agacement – de sa syndique Sandra Pasquier.

Sandra Pasquier, certains de vos concitoyens inquiets parlent d’une «frénésie» des constructions. Qu’en pensez-vous?
-Je peux comprendre cette inquiétude, nous la partageons tous. C’est clair qu’à chaque fois que l’on voit une nouvelle grue, ça questionne. Mais la LAT a été acceptée et elle prévoit la densification des périmètres urbains. Notre commune en fait pleinement partie. Si l’on ne densifie pas les villes, alors qu’est-ce que l’on densifie? La question, c’est de savoir comment on construit. Il faut le faire intelligemment.

Selon vous, ça construit trop et trop vite à La Tour-de-Peilz?
-J’aurais préféré que ça aille moins vite, histoire que nous puissions anticiper les besoins en infrastructures et que nous ne devions pas toujours courir après. Mais je comprends aussi les petits propriétaires dont le terrain a pris une plus-value. Nous ne pouvons pas leur interdire de vendre.

À quoi est due au juste cette «fièvre» immobilière?
-Nous sommes l’une des seules communes loin à la ronde à être dotée du Plan général d’affectation répondant aux exigences de la LAT. Il est entré en force en 2019. Nous savons donc quelles zones nous pouvons densifier ou non.

Faut-il en déduire qu’en élaborant ce Plan général d’affectation (PGA), les autorités de la précédente législature ont été trop laxistes?
-Je ne parlerais pas de laxisme. Peut-être qu’elles n’ont pas réellement anticipé ce que cela pouvait signifier. Alors que j’étais conseillère communale à cette époque, j’ai moi-même voté pour ce PGA, sans forcément me rendre compte de ses implications.

Et il n’y pas de retour en arrière possible?
-Non, nous sommes pour ainsi dire pieds et poings liés. Ce que nous vivons, c’est un peu le combat de David contre Goliath. Pour autant, la Municipalité en place depuis 2021 n’est pas restée les bras ballants. Nous avons voulu instaurer un moratoire sur les constructions, le temps d’identifier les besoins en infrastructures. Mais le Canton nous a dit que notre plan d’affectation était trop jeune. Aujourd’hui, la seule «arme» qu’il nous reste est de revoir le règlement qui accompagne ce PGA. Nous prévoyons de le soumettre au Conseil communal fin 2025, début 2026.

Qu’est-ce que cela pourrait changer?
-De manière générale, nous ne pouvons pas ajouter de nouvelles contraintes. Par contre, il est possible de favoriser les logements d’utilité publique, les commerces dans certaines zones et la qualité énergétique des bâtiments. Nous pouvons aussi préciser certaines règles de construction.

Dans l’immédiat, qu’est-ce qui est prévu pour pallier les besoins urgents en termes d’infrastructures, comme les écoles par exemple?
-Nous avons déjà dû les réorganiser, jouer en quelque sorte aux chaises musicales avec les salles de classe. À plus long terme, il est prévu d’agrandir certains établissements. Le collège de Bel-Air devrait ainsi doubler de capacité d’ici à 2028. Tout ceci fait partie d’une stratégie immobilière dévoilée le mois dernier. Nous prévoyons d’investir 135 millions de francs d’ici à 2040. Pour les écoles, mais aussi pour les crèches ou encore les seniors.

Beaucoup de petites maisons sont rasées pour laisser place à des bâtiments de trois ou quatre étages. La densification doit-elle vraiment aller jusque-là?
-C’est la loi qui le veut. Et on ne peut pas empêcher un propriétaire de vendre sa maison à un promoteur pour construire un immeuble, tant que c’est conforme à la réglementation. Cette loi a un sens, mais lorsqu’une jolie bâtisse que l’on apprécie est détruite, je comprends que ça fasse mal au cœur. Des fois, je rêverais de pouvoir dire «non», mais c’est impossible. Ce qui est problématique à mon avis, c’est que les promoteurs viennent, construisent et repartent. Le reste, ils s’en fichent. Pour moi, c’est peut-être ça le plus rageant.

Un grand nombre de ces logements flambant neufs sont destinés à être vendus à des prix qui oscillent entre 12’000 et 20’000 francs le mètre carré. Ce n’est pas vraiment donné…
-Non, effectivement, mais c’est lié à l’offre et la demande. Ces nouveaux appartements n’ont aucune peine à trouver des acquéreurs, bien au contraire.

La Municipalité n’a-t-elle pas le pouvoir d’équilibrer l’offre, par exemple en exigeant davantage de locatifs abordables ?
-Nous devrions pouvoir l’inciter grâce à un bonus de construction prévu dans le règlement à venir.

Est-ce que les communes voisines qui s’apprêtent à se doter d’un nouveau PGA doivent s’attendre à cette ruée?
-C’est clair, elles vont subir ce que nous subissons. D’autant plus que tout est bloqué actuellement au niveau des constructions.

Quel conseil donneriez-vous à vos homologues qui feront face à cela?
-D’être prêts et d’avoir un bon règlement pour accompagner le PGA. Pour nous, il y avait une méconnaissance de ce qui allait se passer. Je ne pense pas que l’on aurait pu imaginer cet embrasement. Nous étions très fiers d’être les premiers dans la région à boucler ce plan. Et aujourd’hui, nous apprenons.

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