
Laurent Belissa impute les difficultés de son établissement à un manque de considération des autorités en lien avec les travaux passés, présents et futurs sur la place du Marché. D’autres établissements disent aussi en avoir souffert. | K. Di Matteo
Si la saga du réaménagement de la place de l’Hôtel de Ville s’est terminée le 30 novembre dernier pour les autorités d’Aigle, avec un oui à 61%, les travaux passés, en cours ou à venir sont un calvaire pour les restaurateurs de la place.
Bruit, poussière et autres nuisances se sont ajoutés à la période Covid, à une baisse de fréquentation générale et, aux dires de certains, aux conséquences de la suppression des places de parc dans le quartier. Résultat: plusieurs enseignes se disent à la limite et s’attendent à de nouvelles difficultés lors des futurs travaux de pavage de la place.
Lien rompu
Si certains préfèrent passer leurs critiques sous silence, d’autres ont franchi le Rubicon. Voilà plusieurs mois que Laurent Belissa, gérant de la Pinte communale (dont les murs sont propriété de la Ville), pointe les nuisances des travaux passés et actuels. Le bâtiment est cerné d’échafaudages jusqu’à fin juillet.
Grues, routes barrées, chutes de gravats, cacophonie de machines enregistrée en salle sur son smartphone, notamment entre midi et 14h, litiges divers. Pour le tenancier, le manque de considération des autorités serait la raison principale de la perte substantielle de revenus enregistrée depuis son entrée en fonction à l’automne 2023 (50% à ses dires), ainsi que du fait d’avoir dû se séparer de la moitié de son personnel.
Si ses messages virulents sur les réseaux sociaux ne sont pas du goût de tout le monde, même au sein du cercle commerçant, il n’en a cure. «Ma société est au bord de la faillite et moi au bord de la faillite personnelle, lance-t-il. Voilà des mois que je suis sans salaire. Si je me lève encore, c’est parce que j’ai des employés à payer et heureusement qu’on a des clients habitués. Mais je n’ai qu’une envie, c’est de partir!»
Même si le bail court jusqu’en 2028, la Commune n’aurait rien non plus contre son départ… «Une tentative de conciliation n’a rien donné et on ne communique plus que par avocats interposés, admet le municipal Fabrice Cottier. Certains de ses propos sont même proches de la diffamation.»
«Nous étions prêts à résilier le bail, même sans repreneur, continue-t-il, et nous lui avons fait une proposition de dédommagement, mais il demandait le triple. C’est un peu facile de nous rendre responsables de tout. Bien sûr, de tels travaux ont un impact, mais on peut raisonnablement se demander s’il n’y pas d’autres raisons à sa perte de chiffre… Une procédure est en cours, nous attendons une décision du préfet.»
Serrer les dents
Au-delà du caractère belliqueux du cas particulier, les autres établissements du quartier disent également souffrir. Juste à côté, par exemple, au Café du Marché, Silvestre Morais et Carolina Carvalho admettent que «c’est dur de tenir». «Il y a énormément de bruit et de poussière, explique Carolina, tout en s’efforçant de rester philosophe. Voir les clients venir, nous dire qu’on a une belle terrasse, se lever et repartir, c’est un crève-cœur. Mais on est en bons termes avec la Commune, on aime ce métier, ça fait trente ans qu’on est à Aigle, on connaît les gens, alors on tient… jusqu’au jour où on tombera.»
Le couple ne peut s’empêcher de faire allusion à la disparition des places de parc et glisse qu’un petit geste financier de la Ville n’aurait pas été de refus. «On nous a dit qu’il y avait eu les bons commerçants vendus avec rabais pour les acheteurs, mais ils n’ont que très peu profité aux restaurateurs.»
À peine plus loin, Chez Marie, la terrasse est bien garnie, mais la patronne Marie Jaccard peine à s’en réjouir outre mesure. «C’est très difficile depuis des mois, l’histoire des places de parc a fait du mal, explique celle qui a fait partie des référendaires opposés au projet de réaménagement. Lors des futurs travaux, j’hésite à renoncer à la restauration et je risque de devoir me passer de personnel (ndlr: dont font partie ses filles). Je me serais attendue à un geste de la Commune, par exemple ne pas facturer la terrasse durant cette période, mais non… On avance tant bien que mal.»
